Chombo : la francophonie mauricienne tient bon

En ce 20 mars, nous célébrons la Journée internationale de la Francophonie. Alors, chombo (expression mauricienne du français tiens bon, qui veut aussi dire arrêtez-vous), le temps d’une incursion au sein de la francophonie mauricienne.

Cette francophonie doit, en grande partie, son salut à l’administration coloniale… britannique! En effet, l’acte de Capitulation de 1810 spécifiait que, même si l’île française était désormais devenue une colonie britannique, les colons français pouvaient conserver « leurs religion, lois et coutumes », langue y comprise.

Le français à Maurice a longtemps été associé à l’ancien groupe dominant, Blanc, descendant de colons français, et aux Mulâtres. Il irradiait de cette langue une aura de prestige liée à la position du groupe Blanc : prééminence politique, économique, culturelle et sociale. Ce rayonnement semble avoir défié le temps, car bien que ce groupe ne soit plus dominant au niveau politique et culturel, la langue française à Maurice n’a pour autant rien perdu de sa superbe.

En effet, elle est passée d’un ethnolecte à un sociolecte, synonyme d’ascension ou d’exclusion sociale. Le français est devenu la langue d’un processus d’embourgeoisement, qui aurait pour corollaire l’émergence d’une néo-francophonie mauricienne (Baggioni et Robillard, 1990; Carpooran, 2003). Le paysage francophone mauricien est donc varié, si bien que l’on peut parler de francophonies, au pluriel. Cette diversité s’entend surtout à l’oral, car le français régional mauricien est constitué de plusieurs variations parlées.

Le dernier accent que je m’amuse à identifier est celui des Mauriciens employés dans des centres d’appels français. Ces personnes sont souvent contraintes, par la nature de leur travail, d’adopter (ou devrais-je dire de singer) un accent dit « français », c’est-à-dire de parler « français-comme-on-parle-en-France ». Mais, là encore, quand on connait la diversité linguistique et sociolinguistique de l’Hexagone, qu’est-ce donc le « parler-français-comme-on-parle-en-France » ?

Pour ma part, j’assume mon métissage linguistique, à l’image de mon île métissée. Pourquoi adopter une approche puriste ? Quand les bien-parlants rétorquent :  »En France, on dit arrêt d’autobus et amuses gueules », c’est avec beaucoup de plaisir et de fierté que je dis respectivement « bus-stop et gajack« . Halte à l’uniformisation.

C’est aussi ça la francophonie : créativité, diversité, ouverture et liberté. Libres ensemble, de l’Ile Maurice au Sénégal, en passant par le Vietnam au Québec.

Bonne de fête de la Francophonie !

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