Facebook, l’Ile Maurice et les pauvres

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Facebook, la nouvelle soupape de bonheur pour les pauvres à l’Île Maurice ? Cette question s’est posée, suite à la lecture d’un article publié dans un hebdomadaire mauricien intitulé Le bonheur malgré la précarité.

A première lecture, rien ne cloche, au contraire. Cela fait du bien de lire un article sur la pauvreté qui ne verse pas dans le larmoyant, les clichés ou encore le fatalisme. Check ! Cela fait du bien de lire, dans Le Mauricien, que les gens sont heureux, malgré la pauvreté et des conditions de vie difficiles.

Cependant, à un second niveau de lecture, il y a bien quelque chose qui fait tiquer et réfléchir. Et pour cause, la source de ce bonheur incommensurable serait de… pianoter sur Facebook ! Photos et citations à l’appui, l’article nous décrit le vécu de femmes qui vivent dans des conditions précaires mais qui survivent grâce à Facebook. Certaines de ces femmes n’ont pas d’électricité chez elles, mais trouvent les moyens d’acheter des forfaits internet afin de partager et diffuser sur le réseau social. Une des intervenantes va même plus loin, sans Facebook, elle ne serait au courant de rien: ni des commérages, ni de l’actualité.

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Facebook, la panacée pour le bonheur ?

Mais quelqu’un a-t-il dit à cette femme qu’elle pouvait aussi consulter les sites internet des journaux et autres sites d’information pour connaître les nouvelles ? Vraisemblablement, non. Pour elle, comme pour bien d’autres, Facebook serait un moyen de s’évader, de s’informer, de s’amuser… Bref, Facebook serait la panacée ! « Je ne veux plus penser qu’aux problèmes. Je veux profiter de chaque moment. C’est pour cette raison que je suis sur Facebook », lance Maryline, une des femmes interviewées dans l’article.

Et c’est là qu’on peut dire avec effroi que l’entreprise de Mark Zuckerberg a réussi son incroyable pari. Celui de convaincre les gens qu’Internet se résume à Facebook ! Et que Facebook c’est Internet. Or rien n’est plus faux et rien ne serait plus dangereux.

Heureusement, certains s’y refusent. Lana, 28 ans, nous a expliqué qu’elle a décidé de fermer son compte Facebook car elle ne voyait plus rien de social à ce réseau. La jeune femme indique aussi que la réaction des personnes est parfois surprenante : «Depuis que je n’ai plus de compte, les gens me disent souvent des choses comme : Comment ça ? Tu ne sais pas qu’elle a eu trois bébés ? Qu’il a mangé du biryani de poulet hier soir ? Les photos sont partout sur Facebook pourtant ! Tu vis sur quelle planète ?!», raconte Lana.

En 2017, est-on donc une sorte d’extraterrestre quand on n’est pas sur Facebook ? En clair, est-ce aujourd’hui anormal de pas avoir de compte Facebook?  Ce réseau social serait-il devenu LA norme, LA condition sine qua none pour exister, non seulement sur internet, mais pour exister tout simplement ?

Un article de Quartz publié en 2012 en parlait: tel l’air que nous respirons ou tel un virus qui  aurait contaminé l’humanité entière, Facebook vise l’omniprésence. La nouvelle cible du réseau serait les pays émergeants et les pauvres. Et pour cela, nul besoin d’un smartphone dernier cri, une version zéro de Facebook a su s’adapter aux plus anciens des téléphones, histoire de mieux toucher les marchés cibles…

A l’heure des fake news  en tous genres, l’idée que de nombreuses personnes puissent croire qu’Internet se résume à Facebook est effrayante. La pensée que de plus en plus d’individus construisent leur vision de la société et du monde en fonction des calculs de redoutables algorithmes est affolante. Basculerait-on vers une sorte de dystopie ?

3 commentaires sur “Facebook, l’Ile Maurice et les pauvres

  1. « En clair, est-ce aujourd’hui anormal de pas avoir de compte Facebook? » Je pense que la réponse est tout simplement oui. Tiens, ma sœur par exemple n’utilise plus facebook depuis 3 ans. Et ça se ressent dans ses rapports avec ses amis, qui, eux sont connectés quotidiennement. Elle est un peu comme la paria du groupe quand la conversation se focalise sur ce qu’on a « vu » sur facebook. Et je trouve ça très dommage. Sinon j’ai bien aimé ton billet 🙂

    1. Merci pour ce commentaire! En effet, je pense aussi que la réponse est oui, à mon grand regret. J’ai tenté la même expérience que ta soeur et c’est vrai qu’on est considéré comme la paria, non seulement parmi les amis, mais aussi chez la famille (mais pour la famille, je pense que c’est propre à l’Ile Maurice, à cause de la petitesse du territoire).

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