Ile Maurice : violence et harcèlement sur mon lieu de travail

Article : Ile Maurice : violence et harcèlement sur mon lieu de travail
Crédit: Anete Lusina / Pexels
3 avril 2022

Ile Maurice : violence et harcèlement sur mon lieu de travail

Balance ton porc. Je fais partie de la génération MeToo. Cette génération qui est témoin de la chute du prédateur Weinstein, cette génération pour qui Balance ton quoi d’Angèle est un hymne. J’ai travaillé à New York, au siège des Nations Unies, où j’ai côtoyé de nombreux diplomates, ambassadeurs et chefs d’organisations internationales. Dans ce contexte, j’ai contribué et participé à la Commission de la condition des femmes (CSW), qui est le principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes.

On aurait donc pu croire que j’étais préparée, avertie ou aguerrie. Et bien non ! Puisqu’en tant que jeune femme, on ne se prépare jamais à ce genre de chose. S’y préparer, ce serait implicitement le concéder, le banaliser, le normaliser. Or, subir la violence et le harcèlement sur son lieu de travail n’a absolument RIEN de NORMAL, au contraire ! J’en parle ouvertement ici, sans tabou, car j’en suis actuellement victime et que je crains pour ma vie, pour ma sécurité, ainsi que pour celle de ma famille et de mes proches.

Dans son rapport intitulé Des milieux de travail sûrs et sains exempts de violence et de harcèlement, l’Organisation Internationale du Travail (OIT), définit la violence et le harcèlement dans le monde du travailcomme étant «un ensemble de comportements et de pratiques inacceptables, ou de menaces de tels comportements et pratiques, qu’ils se produisent à une seule occasion ou de manière répétée, qui ont pour but de causer, causent ou sont susceptibles de causer un dommage d’ordre physique, psychologique, sexuel ou économique ». Toujours selon l’OIT, la violence et le harcèlement dans le monde du travail peuvent être des actes physiques, psychologiques ou sexuels. En voici quelques exemples : contacts physiques non-consentis, violence verbale, harcèlement, harcèlement moral, cyberharcèlement, harcèlement psychologique, chantage sexuel, avances sexuelles, commentaires fondés sur le sexe, remarques désobligeantes sur le sexe de la cible, entre autres.

Ces définitions sont importantes. Elles posent des mots sur une grande partie de ce que j’ai vécu et que je vis encore, aujourd’hui en 2022 à l’Ile Maurice, sur mon lieu de travail, au siège d’une institution située à Phoenix. Dans mon cas, il ne s’agit pas de violence horizontale (entre collègues de travail), ni de violence verticale (entre un supérieur et un subalterne), mais plutôt de violence causée par un tiers collaborateur. Le pire, est que ce prédateur m’a agressée physiquement sur MON lieu de travail, le jeudi 31 mars 2022, après une réunion. Et je tiens ici à préciser, qu’il n’y a pas de petite ou de grande violence. Tout acte de violence EST VIOLENCE. Tout contact physique non désiré, non consenti – dont touchers, pincements, étreintes, frôlements, tapotements importuns – constitue un acte de harcèlement et de violence.

Dénigrée, vilipendée et persécutée

Cette agression physique dont j’ai été victime ce jeudi de mars 2022 n’a pas surgi d’un coup. Elle n’est pas un acte isolé. Elle a été précédée, en amont, de violences psychologiques constantes, persistantes et répétées contre ma personne, mon intégrité personnelle et professionnelle. L’agresseur-collaborateur, que je n’avais pas vu depuis septembre 2021, continuait systématiquement à me dénigrer, me vilipender et me persécuter lors de réunions auxquelles je n’étais pas présente, et où je ne pouvais donc pas me défendre. Comme l’explique clairement l’OIT, « le harcèlement psychologique au travail peut notamment consister à manipuler la réputation d’une personne, isoler une personne, la diffamer et la ridiculiser ».

Or, ce ne sont pas uniquement la productivité et la réputation de la victime qui sont menacées, mais bien celles de l’institution et de l’organisation. Ces dernières le savent particulièrement bien. C’est pour cela que beaucoup d’entre elles préfèrent rapidement étouffer les cas de violence et de harcèlement, plutôt que d’adresser le problème à la source et sanctionner les agresseurs. Mais cela ne résout rien, et encourage les prédateurs à opérer et harceler en toute impunité.

Pour ma part, je revendique ma liberté de m’exprimer, de réfléchir et de prendre le contrôle sur MON récit, sur MON vécu. Ce n’est pas parce qu’il est un homme et moi une femme, que je vais me taire. Ce n’est pas parce qu’il est Britannique et moi Mauricienne, que je vais me taire. Ce n’est pas parce qu’il est à la tête d’une institution connue de tout le monde que je vais la fermer.

Bien au contraire, poser ces lignes me rend plus forte. J’écris pour le courage et l’énergie, et pour contribuer à un avenir meilleur. J’écris pour qu’une fois devenues grandes, mes petites douces comprennent que le combat contre la misogynie, la violence et le harcèlement au travail n’est ni gagné ni terminé.

Pour moi, la bataille ne fait que commencer. Appelez-le Goliath. Mais surtout, appelez-moi David.

Partagez

Commentaires