Île Maurice : les élections générales 2019 en 5 points

Article : Île Maurice : les élections générales 2019 en 5 points
9 novembre 2019

Île Maurice : les élections générales 2019 en 5 points

Ça y est ! L’Île Maurice est passée aux urnes le jeudi 7 novembre 2019. Les résultats des élections ont été proclamés hier, et c’est la formation du Premier Ministre sortant, Pravind Jugnauth, qui a été reconduite au pouvoir. Je laisse le soin à mes confrères journalistes et éditoriaux d’analyser la portée politique du verdict des urnes. 

Pour ma part, c’était la deuxième fois que je votais aux élections générales à l’Île Maurice. Plusieurs faits et évènements m’ont marquée lors de cette campagne électorale. En voici les cinq principaux :

1. Retard du dépouillement 

Incroyable ! Des retards de plus de cinq heures ! Les centres de votes ont fermé leurs portes le jeudi 7 novembre à 18 heures, et à l’Île Maurice, le décompte des voix se fait le lendemain matin à partir de 9h30 (normalement !). Sauf qu’hier, certains centres de dépouillement, à l’instar de celui de la 10e circonscription, ont débuté le décompte aux environs de… 15 heures ! On peut dire que cette journée fut des plus longues et épuisantes, surtout pour ceux travaillant aux centres de dépouillement, les candidats et les journalistes couvrant les élections. Et pour les Mauriciens aussi ! De longues heures à réactualiser les navigateurs web toutes les cinq minutes, à être suspendus aux Facebook live, à MBC1… Bref, c’était une journée marathon pour tout le monde !

2. Filles et fils de… 

C’est leur droit. Ils s’appellent Bérenger, David, Duval, Jugnauth, Koonjoo, Mohamed ou encore Uteem… Ils ont la particularité d’être des filles ou des fils de personnalités politiques mauriciennes : Premier ministres, Président ou ministres. De plus, ils ont en commun le fait d’avoir été élus dans les circonscriptions respectives où ils ont été candidats en 2019.  Pour remettre les choses en perspective, sachez que l’Île Maurice est indépendante depuis 1968. Depuis 51 ans, le poste de Premier ministre a été occupé par deux couples de père-fils, les Ramgoolam et les Jugnauth, et par Paul Bérenger qui a été chef du gouvernement pendant deux ans. Le fait que les citoyens mauriciens retrouvent et élisent les mêmes patronymes 51 ans durant est significatif…

3. Catégorisation ethnique obligatoire

Cette année encore, les candidats du parti politique Resistans ek Alternativ n’ont pu être enregistrés comme candidats aux Législatives. Pourquoi ? Parce que ces candidats se présentent en tant que Mauriciens ! Et oui, pour vous qui me lisez de Manhattan ou d’ailleurs, et qui ne connaissez pas toute la subtilité de la société mauricienne, sachez que le pays a hérité d’un système de classification ethnique datant la période coloniale britannique. Cet héritage, très lourd et loin d’être unificateur, ainsi que la Constitution mauricienne (autre cadeau des Anglais), imposent aux Mauriciens souhaitant briguer les suffrages de déclarer une prétendue catégorie ethnique (elles sont ici et ont été inventées par les Britanniques). Ce qui est tout de même aberrant pour un état indépendant depuis 51 ans et qui cherche encore à construire, avec peine, un mauricianisme unificateur et fédérateur.

4. Aïe, 6,813 votants sur la touche! 

Eh oui, ce serait faux de dire que les élections de 2019 se sont passées sans anicroches ! Et pour cause, selon la presse locale, c’est un total de 6,813 votants qui se sont présentés aux différents centres de votes sans avoir pu accomplir leur devoir civique, car leurs noms ne figuraient pas ou plus sur la liste officielle des votants. À qui la faute? Selon la Commission Électorale, c’était la responsabilité de chaque citoyen se vérifier s’il était bel et bien enregistré sur la liste des votants… Il y a, à l’heure où j’écris ces mots, une pétition qui circule en ligne, dans l’objectif de convoquer de nouvelles élections pour permettre à ces 6,813 citoyens de voter…

5. L’éveil aux réseaux sociaux 

La première grande campagne politique à se faire avec l’aide des réseaux sociaux fut celle de Barack Obama en 2008. On peut dire que c’est avec un retard considérable, soit onze ans plus tard, que l’Île Maurice a connu une campagne électorale sur Facebook (nettement moins sur Twitter) et autres journaux en ligne. Certes, il y a eu le fameux Viré Mam, d’une viralité déconcertante en 2014, mais rien de comparable avec 2019. Cet éveil aux réseaux sociaux a rapidement tourné au champ de bataille, puis au cauchemar. En cause : désinformation, nouvelles fallacieuses, comptes Facebook bloqués, fuites d’informations confidentielles, calomnies et insultes en ligne ont été légions entre les deux principaux blocs politiques qui s’affrontaient. Abject !

Chaque Mauricien aura vécu cette campagne à sa manière. Si les stratégies de certains partis étaient des plus basses et répugnantes, il est néanmoins crucial de saluer le calme et la civilité dont ont fait preuve les Mauriciens sur le terrain lors du jour du vote, ainsi que pendant toute la durée de la campagne. Une amélioration qui fait du bien.  Toutefois, les Législatives bénéficient encore d’une marge de progression, dans le fond comme dans la forme. Rendez-vous en 2024 pour une prochaine joute électorale.

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