Tchad: Espoir après la dictature d’Hissène Habré

Henri Thulliez, de Human Rights Watch et Clément Abaifouta Président de l'Association des victimes du régime d'Hissène Habré.

Une fois n’est pas coutume, ce billet sera consacré à un événement hors des côtes mauriciennes. Le procès contre l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré se tient actuellement à Dakar, au Sénégal. Mes amis Mondoblogueurs et moi avons écouté le témoignage d’un rescapé de cet enfer.

Clément Abaifouta, Président de l'Association des victimes du régime d'Hissène Habré.
Clément Abaifouta, Président de l’Association des victimes du régime d’Hissène Habré.

Le fossoyeur. C’était le surnom de Clément Abaifouta pendant ses quatre années d’emprisonnement sous le régime dictatorial d’Hissène Habre. Son rôle quotidien : enterrer les nombreux détenus morts victimes de tortures, de violence, de maladie ou de faim, entre autres. La machine à tuer d’Hissène Habré aurait fait 40, 000 morts selon les estimations d’une commission d’enquête tchadienne.

Clément Abaifouta est aujourd’hui le Président de l’Association des victimes du régime d’Hissène Habré. En compagnie d’Henri Thulliez, Chargé de mission à Human Rights Watch, Clément Abaifouta est courageusement et dignement revenu sur les atrocités que ses semblables et lui ont vécues dans les geôles de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), police politique et répressive d’Hissène Habré. Le régime dictatorial a duré huit ans, soit entre 1982 et 1990.

Les séquelles de l’horreur sont à jamais gravées dans l’âme et l’existence de Clément Abaifouta. «Je suis un homme complètement brisé. Les cauchemars suite à ma détention persistent jusqu’à aujourd’hui», raconte-t-il. Clément Abaifouta estime parfois être comme un mort-vivant. Il avoue qu’il ne se souvient parfois même pas du nom de ses propres enfants. «Hissène Habré a utilisé le tissu social pour diviser et subdiviser la population tchadienne. Et cela persiste, les gens sont devenus très méfiants», témoigne l’ancien prisonnier.

Mais l’homme ne compte pas vivre dans le passé et se bat pour la justice. «Je reviens de très loin. Cette lutte nous la faisons pour l’Afrique et aussi au-delà de l’Afrique, nous la faisons pour l’Histoire», déclare Clément Abaifouta avec détermination. Il projette de publier un livre et attend la fin du procès de l’ex-dictateur pour l’achever.

Ce procès s’est ouvert à Dakar le 20 juillet 2015. Selon Human Rights Watch, il s’agit d’un tournant historique, car «c’est la première fois au monde qu’un ancien chef d’État est poursuivi par des juridictions d’un pays étranger pour graves violations des droits de l’Homme». «Ce procès peut être vu comme un test qui pourrait mener à la création d’une cour panafricaine», estime Henri Thulliez, Chargé de mission à Human Rights Watch pour l’affaire Hissène Habré.

Pour lui la tenue même de ce procès est synonyme de réussite. «Ce qui est fort, c’est que des gens du fin fond du Tchad ou du fin fond de leur cellule comme Clément ont réussi à faire de sorte à ce que ce procès ait lieu. Ils témoignent et rappellent à Hissène Habré, ainsi qu’à tous les dictateurs du monde qu’un jour ou l’autre, ils risquent de faire face aux personnes qu’ils ont tenté d’assassiner. C’est déjà une bonne leçon de justice», déclare Henri Thulliez.

Le message de Clément Abaifouta pour la jeunesse africaine et mondiale est également orienté vers la justice. «Le moment est venu pour la jeunesse de bâtir une stratégie et de s’engager afin que l’impunité, ou qu’elle se trouve, soit éradiquée. La jeune génération doit contribuer à réécrire l’histoire», conclut-il.

Pour ma part, bien que je vive loin des réalités tchadiennes, je ne peux rester insensible aux atrocités du régime d’Hissène Habré. Je salue le courage de tous les rescapés qui ont témoigné lors du procès. Je remercie également Clément Abaifouta pour son témoignage.

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