Ile Maurice : Kaya, 20 ans après

Kaya. 20 ans se sont écoulés, mais rien n’efface ni le talent ni le traumatisme. Deux décennies après la mort brutale du chanteur Kaya en cellule policière, et les émeutes qui en ont découlé, les souvenirs sont toujours là. Indélébiles.

Je fais partie de ce que j’appellerai aujourd’hui la Génération Kaya : ces millenials qui étaient encore sur les bancs de l’école en février 1999, lors de la mort du seggaeman. 20 ans après, c’est l’occasion pour moi de faire une petite psychanalyse de ce drame et de replonger dans mes souvenirs. Le décès de Kaya, vraisemblablement victime de violence policière, ainsi que les émeutes qui en ont découlé ont été un profond traumatisme pour l’Ile Maurice. Mais à l’époque à l’école, personne ne nous a rien expliqué.

Photo: CR
Photo : CR

Kaya avait été tué. Il y avait eu des émeutes. On avait fini l’école plus tôt. Et un ou deux jours plus tard, on avait repris l’école comme si de rien était. Comme si ce qui venait de se passer n’était qu’évanescence. Cependant, personne à l’école ne nous a parlé des droits de l’Homme et de l’injustice. Personne ne nous a parlé du racisme ou de la fracture de la société mauricienne. Personne ne nous a parlé des bagarres raciales. Personne !

Le point de cette réflexion a posteriori est que les évènements tragiques de février 1999 mériteraient de figurer dans les manuels d’histoire, car ils font partie de l’histoire de l’Ile Maurice moderne. Et il y a tellement d’enseignements à en tirer, tellement de pistes de réflexion, tellement d’abcès à crever. L’ironie de cette tragédie est que Kaya, déjà une star de son vivant, est à jamais entré dans la légende.

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Kaya est à jamais entré dans la légende. Photo : CR

Plusieurs évènements, des concerts et une table-ronde sont prévus afin d’honorer la mémoire de l’artiste et de célébrer son œuvre. L’un des évènements phare est une exposition consacrée à Kaya qui se tient au Blue Penny Museum, à Port-Louis, pendant les mois de février et mars 2019.

Exposition en hommage au chanteur Kaya! Photo: CR
Exposition en hommage au chanteur Kaya ! Photo : CR

Je m’y suis rendue et la galerie était remplie ce jour là – preuve que Kaya fédère et que les Mauriciens n’ont pas oublié. Pour de nombreuses personnes, venir à cette exposition est une forme de thérapie, mais pour certains, le traumatisme est bel et bien vivant. « Ce qui est arrivé est révoltant ! Ces gens ont tué Kaya et ils sont encore en liberté ! », s’insurge Simona, 62 ans. Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à contenir mes larmes en regardant la vidéo qui retraçait les tristes évènements de février 1999. Outre le drame, cette exposition est aussi l’occasion de célébrer l’héritage musical de Kaya.

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Pour de nombreuses personnes, venir à cette exposition est une forme de thérapie, mais pour certains, le traumatisme est bel et bien vivant. Photo : CR

20 ans après, personne n’a oublié les chansons de Kaya, et elles sont aujourd’hui des classiques du répertoire mauricien. Pour moi, cet artiste est un génie. Ses idées, sa musique, ses pensées et son regard sur le mauricianisme et la société mauricienne font de Kaya un avant-gardiste. Les paroles et mélodies de Kaya sont des intemporels car ils touchent l’essence même de notre condition humaine.

Kaya n’a eu de cesse de chanter l’amour : l’amour de son pays, l’amour de son peuple, l’amour de l’humanité.

2 commentaires sur “Ile Maurice : Kaya, 20 ans après

  1. Ti frer avec le séga et Kaya avec le seggae sont inscrits dans le patrimoine mauricien de manière indélébile. A charge aux générations futures de mauriciens de le faire vivre, de les faire connaître et ce d’autant plus qu’il touche des valeurs concernant tout comme le Morne le patrimoine de l’humanité. Dommage il n’y a pas d’unesco d’artistes ! Le livre de Sedley Assonne sur Kaya, autopsie d’une légende est fait pour conscientiser les Mauriciens tout comme ce très bel article qui lui irrigue la toile « lor sime lalimier ».

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