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Dans les murs de la Cathédrale St James

En ce 25 juillet 2025, nous célébrons les James ! Et pour cause, c’est la fête de Saint James. A cette occasion, découvrons ensemble la Cathédrale St James à Port-Louis !

Découvrons la Cathédrale St James, le plus ancien lieu de culte anglican de l’Ile Maurice. Photo: CR

James. Voici un prénom qui sonne très anglo-saxon à toute oreille francophone. Qui ne connaît pas le fameux James Bond ? Ou encore l’acteur James Dean ? Or, les James francophones célèbres, avouons-le, il y en a peu. Ceci est peut-être dû à l’étymologie du prénom James. Saviez-vous que James en français se traduit par le prénom Jacques? Les deux prénoms proviendraient du latin Iacobus, qui serait ensuite devenu Yaakov ou Jacob en hébreu.

Saint James et Saint Jacques sont donc une et même personne. Il a certes une dénomination différente, mais il est célébré des deux côtés de la Manche : c’est-à-dire à la fois par l’Eglise anglicane et par l’Eglise catholique romaine. Aujourd’hui, je vous invite du côté de l’Eglise anglicane. Découvrons ensemble la Cathédrale St James, le plus ancien lieu de culte anglican de l’Ile Maurice. L’édifice se situe à la rue La Poudrière, à Port-Louis, la capitale.

La ville de Port-Louis fut fondée par Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur de l’Isle de France de 1735s à 1747. L’écrivain Albert Pitot, dans son livre L’Île de France; esquisses historiques (1715-1810), publié en 1899, explique que La Bourdonnais fit construire des infrastructures névralgiques à toute colonie digne de ce nom. Pitot en fait la liste : un Hôtel du Gouvernement, des Casernes, un hôpital militaire, des salines à Caudan, des moulins à farine et à poudre – pour la fabrication de la poudre à canon. Il y avait jadis deux poudrières: l’une à côté de l’hôpital militaire, et une autre sur un petit îlot de la rade.

Poudrière à cathédrale

Sous le Gouverneur Decaen (1803 – 1810), ces deux structures laissèrent place à une nouvelle poudrière sise à une rue qui prit rapidement le nom de… rue La Poudrière ! Voici ce que détaille Albert Pitot: « Une nouvelle poudrière; fut construite un peu au-dessus du Jardin de la Compagnie, derrière la salle de spectacle, au milieu d’un vaste terrain vague qui fut entouré de murs. Bâtiment dont l’épaisseur même fait de suite deviner la destination première, remanié tant bien que mal, agrémenté d’un clocher en pain de sucre, sert actuellement de temple protestant. » De poudrière à cathédrale, quel fabuleux destin me diriez-vous !

La voici donc notre fameuse Cathédrale St James. Le Révérand J. Chapman la consacra en 1850, soit il y a 175 ans ! L’inscription 1850 figure fièrement au-dessus de la porte d’entrée de la cathédrale. C’est un autre univers et un bond dans l’histoire qui se sont offerts à moi dès que j’en ai franchi le seuil. En levant la tête dans le vestibule, nous découvrons des blocs de corail, qui étaient jadis utilisés comme matériau de construction à l’Ile Maurice. Le contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique représente bien cette terre mauricienne que j’aime bigarrée. 

Contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique.
Contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique. Photo: CR

Patrimonial exceptionnel

Bien qu’elle soit à l’Ile Maurice, la Cathédrale St James est toujours en communion avec l’Eglise de Canterburry. Ce lien se matérialise, entre autres, à travers une Croix de Canterburry, qui est l’un des symboles de l’anglicanisme et de la Communion anglicane. En 1932, l’Eglise de Canterburry conçoit le projet de fabriquer près de 90 Croix de Canterburry avec des pierres de la région, et de les offrir à chacune des cathédrales anglicanes de l’Empire britannique, afin de symboliser cette union spirituelle. Le projet s’échelonnera sur plusieurs années. La Cathédrale St James recevra sa Croix de Canterburry en 1935.

La Croix de Canterburry symbolise la Communion anglicane. Photo: CR

La Cathédrale St James possède également une croix faite de clous issus de la Cathédrale de Coventry. Celle-ci fut bombardée par les Nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Outre ces objets, la Cathédrale St James présente un intérêt patrimonial exceptionnel pour sa valeur historique. L’édifice est un illustre témoin de la période anglaise de l’Ile Maurice. Le pays était sous administration coloniale britannique de 1810 à 1968. Les nombreuses plaques commémoratives qui ornent les murs de la cathédrale témoignent de l’établissement d’une communauté anglicane. Les représentants de ce groupe occupaient à l’époque les plus hautes fonctions de l’administration coloniale. Ils étaient Gouverneur de l’Ile, Evêque, Capitaine de la marine, Inspecteur de police, collecteur des impôts, etc. De plus, le suffixe « Esq » (esquire en abrégé) succédant à certains noms dénote que ces personnes étaient des notables de leurs temps.

La plaque commémorative dédiée à un certain Frederick Henry Barnard m’a particulièrement touchée. Elle se démarque avec une inscription trilingue : en anglais, en français et en latin, caractéristique d’une Ile Maurice en constante mutation linguistique.

La plaque commémorative trilingue de Frederick Henry Barnard m'a beaucoup touchée.
La plaque commémorative trilingue de Frederick Henry Barnard m’a beaucoup touchée. Photo: CR

Murs de 3 mètres

La France n’est pas uniquement présente à travers la langue. Le bâtiment de la cathédrale en lui-même garde des caractéristiques de son passé de poudrière de l’époque française. Les murs de la bâtisse, qui sont ceux de l’ancienne poudrière, mesurent… 3 mètres d’épaisseur ! Une telle épaisseur était nécessaire pour défendre la poudrière de tout pillage externe, mais aussi pour protéger la ville. En effet, ces épais murs se devaient de contenir toute déflagration qui pourrait survenir en cas d’explosion à l’intérieur du bâtiment.

Les murs de la bâtisse sont ceux de l’ancienne poudrière, et mesurent… 3 mètres d’épaisseur !
Les murs de la bâtisse sont ceux de l’ancienne poudrière, et mesurent… 3 mètres d’épaisseur ! Photo: CR

Par ailleurs, un pan de mur de la cathédrale contient trois meurtrières datant de l’époque française. En architecture, le terme « meurtrière » désigne une ouverture percée dans les murs d’une fortification et par laquelle on peut tirer à couvert sur les assiégeants. Ces trois meurtrières permettaient donc l’observation et la défense de la poudrière. Leurs formes circulaires portent à croire qu’elles étaient utilisées pour les armes à feu de l’époque, telles que des arquebuses ou des mousquets.

J’ai adoré regarder à travers les meurtrières datant de l’époque française! Photo: CR

Si l’expression « parler à un mur » signifie parler à quelqu’un qui ne vous écoute pas, parler aux murs de la Cathédrale St James est une toute autre expérience ! Ces murs vous écoutent. Ces murs vous parlent. Ils racontent tout un pan de l’histoire mauricienne, bien visible et bien tangible ! Toucher les murs épais de 3 mètres datant de la poudrière, lire les plaques commémoratives, découvrir la vie de tous ces gens, regarder à travers les meurtrières… tout cela fut pour moi une expérience unique et emplit d’émotion !

Souhaitons que les murs de la Cathédrale St James murmurent leur passionnante histoire pendant longtemps encore!


Initiales Béké

La littérature a ce fabuleux pouvoir de nous faire voyager. De livre en livre, la Béké se dévoile.

Qui es-tu Béké ? Tu me sembles à la fois étrangère et familière, présente en filigrane mais insaisissable. Je me revois, enfant, observant la couverture lilas de ce livre, posé sur la première étagère de notre petite bibliothèque. C’était le fameux Jane Eyre de Charlotte Brontë, que ma sœur étudiait au collège. Une Charlotte en cachant une autre, j’avais, quelques années plus tard, regardé Jane Eyre à la télé, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle titre.

Puis, est venu le temps de l’adolescence. Ma prof est Britannique, sans poitrine, grande et décharnée. Avec des cheveux blonds bouclées en afro, elle ressemble à une immense tige de maïs qui trône dans les champs, coiffée de sa barbe. Ses cours sont d’un ennui sans nom. Ligne après ligne, elle nous lit le roman Wide Sargasso Sea de Jean Rhys. Bercée au son de la lecture monocorde de la tige de maïs, je glisse allègrement dans une douce torpeur.

Je voyage alors vers les Caraïbes et les Antilles. La Sargasso Sea (Mer des Sargasses en français), tient son nom de l’algue sargasse. Cette dernière recouvre toute l’eau, si bien que la Mer des Sargasses est aussi appelée « prairie marine ». De plus, cette étendue d’eau a la particularité de n’avoir point de cote ou de rivages. De l’Ile Maurice, je nage. Or, comment se donner rendez-vous dans un infini ? Viens à moi Béké.

L'algue sargasse recouvrant la mer aux Caraïbes. Photo: Wikicommons.
L’algue sargasse recouvrant la mer aux Caraïbes. Photo: Wikicommons.

Canne à sucre et préjugés

De somnolence, en somnolence, nous progressons léthargiquement dans la lecture du livre de Jean Rhys. Cependant, une information suffit à me réveiller. Ma prof nous explique que le personnage d’Antoinette Cosway de Wide Sargasso Sea n’est nul autre que Madame Bertha Rochester, la dite folle du grenier, de Jane Eyre ! Le lien est donc là ! En un instant, Wide Sargasso Sea devint, pour moi un roman captivant !

Je découvre Spanish Town et déambule dans la Jamaïque coloniale des années 1830s. J’ai l’impression d’être à l’Ile Maurice. La société sucrière et esclavagiste, Coulibri Estate, Antoinette, des relations stratifiées, le mélange des langues, la canne à sucre, les préjugés. Tout m’est familier. Wide Sargasso Sea décrit aussi le malaise face aux mulâtres ou gens de couleur, fruits d’un mélange interdit et honni à l’époque. Ce passage du roman m’a particulièrement marquée :

« Le garçon avait environ quatorze ans, il était grand, et grand pour son âge. Il avait la peau blanche, d’un blanc terne et laid couvert de taches de rousseur, sa bouche était une bouche de nègre et il avait de petits yeux, comme des morceaux de verre vert. Il avait les yeux d’un poisson mort. Le pire, le plus horrible de tout, c’est que ses cheveux étaient frisés, des cheveux de nègre, mais d’un rouge vif, et ses sourcils et ses cils étaient rouges. »

Cet extrait retranscrit la malédiction et la folie attribuées aux mulâtres ou créoles. Tout cela serait lié à l’Obeah, pratiques dites surnaturelles et occultes, et à sa stigmatisation aux Caraïbes par la société coloniale. J’ai ressenti une profonde tristesse pour le personnage d’Antoinette, la future Bertha Rochester. Celle-ci est une Créole des îles présentée comme une dangereuse aliénée dans Jane Eyre. Mulâtres ou créoles. Pas assez blancs, pas assez noirs. Ni Blanc, ni Noir. Alors que toi, Béké, tu es Blanche.

Béké malin comme le diable

Le personnage insaisissable de mon enfance se dévoile au gré de ma lecture de Wide Sargasso Sea. Je découvre que « Si Béké dit que c’est une bêtise, alors c’est une bêtise. Béké est malin comme le diable. Plus intelligent que Dieu. ». J’ai été à la fois fascinée, dégoûtée, et rebutée par cet être que Rhys décrivait comme malin comme le diable. Barre-toi Béké. C’est ainsi que je t’ai laissé s’estomper dans les méandres de ma mémoire de lycéenne…

Les années ont passé. Nous sommes en 2025. La radio joue machinalement, histoire de me donner un bruit de fond. Et soudain, je suis frappée par un mot précis. Béké. L’actualité du jour : l’écrivaine martiniquaise Marie-Reine de Jaham sort un nouveau livre L’héritière de la grande Béké. Cet ouvrage est la suite de son best-seller de 1990 : La grande Béké. Il est là le rendez-vous ! Je n’en ai cure de l’héritière, il me faut découvrir la grande Béké elle-même.

A des kilomètres d’intervalle, je la rencontre enfin. Elle, c’est le personnage de Fleur de Mase de La Jouquerie, surnommée La Grande Béké, descendante d’une riche famille de colons établie en Martinique depuis des siècles. Le roman se déroule en Martinique. Cependant, une fois de plus tout me rappelle l’Ile Maurice : la grande case, les vastes propriétés sucrières, les champs de canne à sucre, la da (l’équivalente martiniquaise de la nénènne mauricienne, soit la nounou), la langue créole et le thème du métissage, entre autres.

Goutte de sang noir

Comme dans Wide Sargasso Sea, la fameuse goutte de sang noir est honnie : «  André était amoureux d’une jeune fille à la paume des mains sombre. Pas un béké n’ignore ce que signifient les paumes sombres, les gencives foncées ou la sclérotique jaunâtre. C’est «la goutte» qui ressort. La goutte de sang noir qui souille irrémédiablement une lignée de békés. » Et là, je me revois en cours magistral à la fac. Le prof d’Histoire des Etats-Unis nous explique ce qu’étaient le One-Drop Rule, le Racist South…

Louisiane, Paris, Maurice. Champs Elysées. Champs de coton. Champs de cannes à sucre. Tout se mélange. Que l’on soit de l’Océan Indien ou des Caraïbes, la traite négrière fait que l’on partage tous une histoire commune. A l’Ile Maurice, les esclaves marron se sont refugiés au sommet de la montagne du Morne. Certains d’entre eux se sont jetés du haut de cette montagne, dans un ultime geste de liberté. J’ai été surprise de lire un récit quasi similaire dans La grande Béké. Voici ce que décrit Fleur:

« Mon regard remonte vers l’abrupt de la falaise. C’est de là-haut que, préférant la mort à la servitude, se sont jetés les derniers Caraïbes, poursuivis par les troupes du roi de France. Et la fortune des colons s’est bâtie sur ce premier crime. »

Premier crime, qui a été suivi de plusieurs. Fleur de Mase en a été, de près ou de loin, l’instigatrice. «Béké est malin comme le diable. Plus intelligent que Dieu», lisais-je adolescente dans Wide Sargasso Sea. J’en ai eu la démonstration dans La grande Béké. Cependant, les temps ont évolué et les mœurs ont changé. Béké, Béké, es-tu toujours plus intelligente que Dieu ? L’héritière de la grande Béké nous le dira…


Au revoir pape François

En cette fin du mois d’avril, le monde est bouleversé par le décès du pape François. À l’heure des prières et des hommages, voici cinq choses que je retiens de François et de ce moment de l’entre-deux que nous vivons.

Le pape François est décédé le Lundi de Pâques. Crédit : Wikicommons

Visite de François à l’lle Maurice

C’est le 9 septembre 2019 que l’Ile Maurice a eu l’immense honneur d’accueillir le pape François. Cette visite d’un jour s’inscrivait dans le contexte d’une tournée africaine. François est le deuxième pape à fouler le sol mauricien. Le premier est Saint Jean-Paul II, qui visita le pays le 14 octobre 1989.

Visite de François à l’lle Maurice. Crédit : Diocèse Port-Louis

François nomme un Cardinal mauricien

François était un pape missionnaire. Il se faisait un point d’honneur d’aller vers les périphéries – qu’elles soient économiques (pauvres, exclus, etc) ou géographiques (hors des grandes villes, pays pauvres, etc). C’est ainsi qu’il a nommé des Cardinaux issus de ces périphéries géographiques, dont un Cardinal… mauricien ! En effet, Maurice Piat, alors Évêque de Port-Louis, a été nommé Cardinal par François lors d’un consistoire qui s’est tenu le 19 novembre 2016 au Vatican.

François et le Cardinal Maurice Piat. Capture d’écran : CR

Le pape et la COVID19

La pandémie de la COVID19 est l’une des plus graves crises que notre société contemporaine ait traversé. On célébra la Pâques 2020 en plein confinement. Alors qu’il aurait pu se terrer dans ses appartements, François s’est présenté seul, devant une Place Saint-Pierre déserte pour la bénédiction urbi et orbi. Ces images sont à la fois poignantes et saisissantes…

Deux papes

Il est plutôt rare d’avoir deux Souverains pontifes, mais ce fut le cas de 2013 à 2022 ! En effet, d’un côté nous avions François, pape en fonction, et de l’autre, Benoit XVI, pape émérite. Ce dernier avait renoncé à ces fonctions pontificales en 2013. La dernière renonciation d’un pape fut celle de Grégoire XII en… 1415 ! Et la modernité a du bon, car plus inédit encore : il existe plusieurs photos des deux papes réunis, tout de blanc vêtus. Un pape aux côtés de son successeur. C’est du jamais vu !

François et Benoit XVI. Crédit : Wikicommons

Sedes Vacans et protocole ecclésiastique

Bien qu’elle soit emplie de tristesse, la mort d’un pape constitue toujours un évènement. C’est toute la machinerie du Vatican qui se met alors en branle. Les jours et semaines qui suivent le décès d’un souverain pontife sont marqués par un protocole ecclésiastique très stricte. Le moment est solennel. Le Saint-Siège est littéralement vacant, d’où l’expression latine Sedes Vacans. Les armoiries du défunt pape sont alors remplacées par les armes du siège apostolique, qui incluent les clefs d’or et d’argent remises à Saint Pierre, soit les fameuses clefs du paradis.

Le Saint-Siège est littéralement vacant, d’où l’expression Sedes Vacans. Capture d’écran : CR

Le monde s’apprête désormais à dire un ultime adieu à François, dont les funérailles se tiendront ce samedi au Vatican. Les catholiques diront donc au revoir à un pape populaire, aimé, et qui a puisé dans ses dernières forces pour être auprès de son peuple. Nul besoin de clefs, les portes du paradis lui sont grandes ouvertes.


Le Code Noir hors des tiroirs

Cela fait 340 ans que le Code Noir fut promulgué par le roi Louis XIV. Il légiféra ainsi la pratique de l’esclavage avec une réglementation. Malgré toute l’horreur qui sous-tend ce texte, découvrons-le avec nos yeux de 2025.

Louis IV promulgua le Code Noir il y a 340 ans, en 1685.
Louis XIV promulgua le Code Noir il y a 340 ans, en 1685. Photo: Wikicommons.

Mars 1685 – mars 2025. Le roi Louis XIV promulgua le Code Noir il y a 340 ans. Le titre complet de cette ordonnance royale est « Code Noir ou Édit du Roi servant de règlement pour le Gouvernement et l’Administration de la Justice et la Police des Iles françaises de l’Amérique, et pour la discipline et le commerce des nègres et esclaves dans le dit pays ». Mais qu’est-ce donc que le Code Noir ? Faisons un bond dans le temps.

En 1685, Louis XIV, dit le Roi Soleil, est à l’apogée de sa gloire. La France est relativement prospère et « en ordre ». Cela, nous le devons à Jean-Baptiste Colbert, l’un des principaux ministres de Louis XIV. Afin de mieux asseoir la monarchie absolue, Colbert édicte de nombreux règlements dans les secteurs économiques et commerciaux, incluant les… colonies ! Dans le droit fil de la tradition administrative, il se devait de combler le vide juridique dans lequel évoluaient jusque-là les esclaves et leurs maîtres. Colbert mit donc sur pied une commission, mais mourut en septembre 1683. Le travail de la commission aboutit à la promulgation du Code Noir, en mars 1685, pour les colonies des Antilles.

Jean-Baptiste Colbert, l’un des principaux Ministres de Louis IV. Photo: Wikicommons.
Jean-Baptiste Colbert, l’un des principaux ministres de Louis XIV. Crédit : Wikicommons

Ce premier document fut suivi par deux autres édits, quasi similaires : celui de 1723 pour les Mascareignes (Océan Indien) et celui de 1724 pour la Louisiane (aujourd’hui territoire des États-Unis d’Amérique). Le Code Noir consiste en 60 articles qui régissent la vie des esclaves pendant plus d’un siècle. Nous en apprenons beaucoup sur leurs effroyables conditions de vie. Nous découvrons aussi le sort des enfants nés d’un maître et d’une esclave, ceux nés d’un esclave et d’une affranchie, ceux nés de deux parents esclaves, entre autres.

Ainsi, l’Article 12 du Code Noir prescrit que « les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents ».

L’alimentation des esclaves

Le Code Noir prescrit aussi l’alimentation des esclaves dans l’article 22 : « Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, (…), avec 2 livres de bœuf salé, ou 3 livres de poisson (…) et aux enfants, depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus. »

La mesure de Paris et la livre sont d’anciennes unités de mesure française. La mesure de Paris équivaudrait à approximativement 500 grammes de nos jours. La livre équivaut également à 500g. Ce terme est d’ailleurs toujours d’usage à l’Ile Maurice. On peut ainsi se rendre au bazar et acheter par exemple, une livre de pommes de terre (500g) et une demie-livre de poisson salé (250g).

Certes, le texte de loi prévoit que les maîtres seront tenus de nourrir leurs esclaves chaque semaine. Or l’application de la loi est tout autre. En effet, dans son livre Voyage à l’Isle de France, l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre décrit que les maîtres ne suivaient point cette obligation à l’Ile Maurice.

« Cette loi favorable (ndlr : le Code Noir) ordonne qu’à chaque punition ils (ndlr : les esclaves) ne recevront pas plus de trente coups ; qu’ils ne travailleront pas le dimanche ; qu’on leur donnera de la viande toutes les semaines, des chemises tous les ans; mais on ne suit point la loi. Quelque fois, quand ils sont vieux , on les envoie chercher leur vie comme ils peuvent. Un jour j’en vis un, qui n’avait que la peau et les os, découper la chair d’un cheval mort pour la manger ; c’était un squelette qui en dévorait un autre. »

Déshumanisation

Le Code Noir étant en lui-même un texte monstrueux, les réalités du terrain l’étaient encore plus. L’esclave n’était ni plus ni moins qu’un objet, tel une table ou une chaise. L’Article 40 du Code Noir fait de l’esclave un « meuble », une simple commodité que l’on peut acheter, échanger, revendre, etc. C’est avec effroi que nous lisons l’article 44 :

« Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté […] »

Cependant, l’un des passages les plus glaçants du Code Noir est l’article 38, soit celui qui prescrit les châtiments réservés aux esclaves en fuite, les fameux esclaves marrons :

« L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort. »

Un lourd héritage

Le Code Noir sera abolit une première fois en février 1794. Cependant, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage en mai 1802. Le Code Noir sera définitivement abrogé en avril 1848. Aujourd’hui, 177 ans après l’abrogation du Code Noir, il semble que les conséquences de l’esclavage sur les sociétés contemporaines perdurent. Le Code Noir et l’esclavage ont engendré le préjugé de couleur, soit une hiérarchie des couleurs qui aurait à son sommet la couleur blanche.

Cette idéologie subsiste. Preuve en est, l’expression «suprématisme blanc » a fait un retour en force dans les média et en politique, surtout aux Etats-Unis. À chaque élection présidentielle outre-Atlantique, les commentaires évoquent dans leurs analyses les fameux WASP, les White Anglo-Saxon Protestants. Un autre exemple pourrait être la polémique autour du dernier Blanche-Neige de Disney, dont l’actrice ne serait pas assez… blanche !

Mais nul besoin d’aller aussi loin que les États-Unis. Les territoires anciennement colonisés mais qui n’avaient jamais connu de peuplement au préalable mériteraient aussi d’être étudiés. Plus d’un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage, que reste-t-il du Code Noir et de ses conséquences dans ces sociétés ?


Ile Maurice: l’esclavage vu par Eugène de Froberville

1835 – 2025. L’Ile Maurice célèbre aujourd’hui les 190 ans de l’abolition de l’esclavage. A cette occasion, pleins feux sur la collection Froberville.  

Photos de la collection Froberville, un trésor d’une grande valeur! Photo: CR

Avouons-le. Je ne connaissais pas Eugène de Froberville. Oui comme tout le monde, j’étais passée devant l’ancien hôpital militaire de Port-Louis, appelé à devenir l’actuel Musée intercontinental de l’esclavage. Comme tout le monde, j’avais vu ces têtes sur le panneau géant qui annonçait l’emplacement du musée. Okay, c’est sympa toutes ces têtes, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Alors oui, avouons-le, je ne m’étais pas cassé… la tête !

Comme tout le monde, j’étais passée devant l’ancien hôpital militaire de Port-Louis, et j’avais vu ces têtes sur le panneau géant. Photo: CR

Puis est venu le jour où j’ai appris que le Château musées de Blois tenait une exposition autour de l’esclavage à l’Ile Maurice. Quoi ?! A Blois ? Sérieux ? Ayant été Tourangelle dans l’une de mes nombreuses vies, j’ai été profondément interpellée par cette surprenante nouvelle. J’entends encore. Mesdames et messieurs, bienvenue à bord de ce train SNCF à destination de Tours. Ce train desservira les gares de Chateaudun, Orléans, Blois, Saint-Pierre-des-Corps, avant d’arriver en gare de Tours, sa destination finale… Et l’esclavage à l’Ile Maurice dans tout ça ? D’autant plus que l’exposition blésoise mettait en lumière plusieurs visages et que certains d’entre eux m’étaient étrangement… familiers! Et comment ! Ces visages ayant traversé siècles et mers étaient ceux que j’avais vus à Port-Louis ! Ah ces fameuses têtes! Comment diable pouvaient-elles se retrouver en plein cœur du Loir-et-Cher ?

Esclavage et ethnographie

C’était sans compter ce cher Eugène. Huet de Froberville, à l’Etat civil. Issu d’une famille aristocratique française, Eugène Huet de Froberville naquit à l’Ile Maurice en 1815. Ses parents et lui rentrèrent en France à la fin 1820. L’enfance de Froberville se passa donc dans une Ile Maurice nouvellement sous administration coloniale britannique. Le sucre y était encore roi et la traite négrière toujours de vigueur. On peut donc penser qu’Eugène de Froberville a du voir de nombreux esclaves venus de Madagascar et des pays d’Afrique. Ce n’est pas surprenant qu’il devint plus tard anthropologue et ethnographe.

Entre 1845 et 1847, Eugène de Froberville fit une enquête ethnographique auprès d’anciens captifs africains qui avaient été déportés aux îles Mascareignes (Ile Maurice et Ile de la Réunion). En résultèrent, de nombreux manuscrits, des dessins, des contributions à certains livres, mais surtout… une série de bustes ! Ce que j’avais prosaïquement appelé des « têtes » étaient en réalité des bustes ! Et pas n’importe lesquels. Il s’agit de ceux des informateurs africains d’Eugène de Froberville.

Ce que j’avais prosaïquement appelé des « têtes » étaient en réalité des bustes ! Photo: CR
Ce que j’avais prosaïquement appelé des « têtes » étaient en réalité des bustes ! Photo: CR
L’enquête ethnographique de Froberville recensait les pays d’origines des anciens captifs. Photo: CR.

En effet, l’ethnographe avait réalisé des moulages en plâtre du visage d’une cinquantaine de ceux qu’il avait interrogés. Ces moulages auraient été faits sur des hommes vivants, ce qui explique que tous les visages ont les yeux fermés. De nombreuses questions me viennent à l’esprit… Etait-ce douloureux en 1846 de se faire ainsi mouler l’intégralité du visage au plâtre ? Comment respiraient ces hommes lors de l’opération ? Etaient-ils d’accord qu’on leur « prennent » ainsi le visage ? Le leur avait-on demandé ?

Etait-ce douloureux en 1846 de se faire ainsi mouler l’intégralité du visage au plâtre ? Photo: CR

Collection Froberville

Hélas, je n’aurais jamais de réponses à ces questions. Par contre, le lien entre Blois et ces bustes mauriciens du 19e siècle a bel et bien une explication. Eugène de Froberville les a fait acheminer en France au terme de son enquête ethnographique. Il les gardera ensuite dans sa demeure du château de la Pigeonnière, à Chailles, à Blois ! La boucle est bouclée, peut-on dire. Pour Eugène de Froberville, certes. Mais quid des bustes ? Ils n’ont connu qu’un aller simple pour l’Hexagone, avant de se dévoiler au Château musées de Blois, après deux siècles. Serait-il temps de ramener les bustes à la maison ? Oui, sans aucun doute. C’est une réalité qui se concrétisera bientôt. Saluons ici l’immense travail de l’historienne Klara Boyer-Rossol qui a mis en lumière les bustes de la collection Froberville, ainsi que leur riche histoire et inestimable valeur.

L’équipe du Musée intercontinental de l’esclavage, à l’Ile Maurice, n’est pas en reste non plus. A défaut d’exposer les bustes eux-mêmes, le musée en propose des images, ainsi qu’une restitution audio de certains des informateurs africains. En attendant de les voir, nous pouvons découvrir le parcours individuel de ces hommes devenus, malgré eux, les visages de l’esclavage.


Ile Maurice : Balaclava, comptoir de l’Histoire

En ce début de l’année 2025, j’ai choisi de vous emmener en balade. Direction le nord de l’Ile Maurice, pour découvrir un lieu riche d’histoire. Cap sur Balaclava !

Photo: Historic Mauritius, Flickr, CC.
Vue des ruines de Balaclava. Crédit : Historic Mauritius, Flickr, CC

Balaclava. Voilà un nom qui détonne, dans une Ile Maurice à la toponymie principalement francophone. Située au nord de l’Ile Maurice, Balaclava est une région riche d’histoire. Ce serait autour de la fin des années 1850 que son nom aurait été trouvé. Il s’agirait d’une référence à la bataille de Balaklava, en Ukraine. Celle-ci eut lieu en octobre 1854, entre l’armée russe et une coalition franco-britanno-ottomane, dans le contexte de la guerre de Crimée.

Cependant, l’histoire de la baie de Balaclava remonte au début des années 1700, du temps de la période hollandaise à l’Ile Maurice. Les capitaines de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales connaissaient déjà cette baie. Ils venaient s’y ravitailler en eau fraîche, fruits et viandes. Ils baptisèrent les lieux Baie-aux-Tortues, fort semblablement en raison du nombre important de tortues marines qui y vivaient. Les forêts d’ébène qui recouvraient le nord de l’Ile représentaient également un attrait pour les navires hollandais. Après avoir tenté d’y établir une colonie, les Hollandais abandonnèrent définitivement l’Ile Maurice en 1710.

Les Français prirent possession de l’île en 1713. Une nouvelle page s’ouvrait alors pour la Baie-aux-Tortues. Mahé de Labourdonnais, Gouverneur de l’Isle de France de 1735 à 1746, décida d’établir la capitale de la colonie plus au nord. Il fonda ainsi la ville de Port-Louis. Situé non loin de là, la Baie-aux-Tortues connut un pic d’activité entre 1735 et 1743 : construction d’un hôpital pour les marins souffrant du scorbut, d’un arsenal, d’une fonderie de fer et d’un moulin à poudre. Les Français construisirent aussi un barrage sur la rivière Citron afin d’alimenter les divers ateliers. La baie portait désormais le nom de « La Baie de l’Arsenal ». C’est de là que le village d’Arsenal tient son origine.

J'ai été emue en voyant les ruines de la minoterie à Balaclava. Photo: CR.
J’ai été emue en voyant les ruines de la minoterie à Balaclava. Crédit : CR
Crédit : CR

Nouveaux propriétaires

À la demande de la Compagnie des Indes, Mahé de Labourdonnais fit construire une batterie de défense le long de la baie. L’histoire raconte qu’en 1748, l’amiral Edward Boscawen de la Royal Navy tenta de prendre l’île aux Français. Cependant, il renonça à la vue des fortifications à la Baie- de-l’Arsenal. Le 21 septembre 1774, une explosion survint à la baie faisant 11 morts et une centaine de blessés. Pour des raisons de sécurité et afin d’éviter tout tir ennemi depuis la mer, les Français construisirent un nouveau moulin à poudre à l’intérieur des terres, au milieu d’une forêt. La baie tomba alors quelque peu dans l’abandon.

Un canon, vestige de la batterie de défense. Photo: CR.
Un canon, vestige de la batterie de défense. Crédit : CR

À partir du début du XIXᵉ siècle, la Baie-de-l’Arsenal connut plusieurs propriétaires et un regain d’activité. Un certain Joseph Dioré, propriétaire d’une minoterie à Port-Louis rencontrait des problèmes d’approvisionnement en eau. Il transférera alors la minoterie à la Baie-de-l’Arsenal. En 1856, George Courson de Villeneuve, Maire de Port-Louis de 1859 à 1861, acheta le domaine, qu’il rebaptisa « Ville Vallio ». Il y organisait de somptueuses réceptions et y conviait le tout Port-Louis. Courson de Villeneuve fit faillite en 1863. C’est après cet épisode que Pierre Adolphe Wiehe, négociant portlouisien racheta Ville Vallio. Il la surnomma Balaclava, comme indiqué plus haut.

Balaclava vue par Nicholas Pike

Nicholas Pike, naturaliste et consul des États-Unis d’Amérique à Port-Louis de 1867 à 1874, visita Balaclava en 1868. En 1873, il publia le récit Sub-Tropical Rambles in the Land of the Aphanapteryx où il raconte en détail sa visite de Balaclava. Il y fut reçut par Pierre Adolphe Wiehe. Voici ce que Pike décrit :

« Nous arrivâmes bientôt à Balaclava, la résidence de campagne d’un des marchands de Maurice. En entrant dans la propriété, vous empruntez un chemin bordé de hautes haies de cassia et passez par une belle porte en fer, construite sur le domaine et recouverte […] de chèvrefeuille anglais. Il y a une route carrossable à travers les beaux jardins jusqu’à la maison, et vous longez des allées d’arbres et d’arbustes exotiques rares, et de chaque côté une richesse de roses et de fleurs délicates charme les sens. C’est ici que se trouve la plus grande partie des arbres indigènes de l’île. Les étangs sont remplis de Gourami et de poissons rouges ; et à une extrémité du jardin se trouve un magnifique banian, qui étend ses bras gigantesques sur les fours de l’ancienne batterie de l’Arsenal, maintenant à peine visibles à travers la masse de plantes grimpantes qui les recouvrent. »

Ruines à peine visibles à travers la masse de plantes grimpantes qui les recouvrent. Photo: CR
Ruines à peine visibles à travers la masse de plantes grimpantes qui les recouvrent. Crédit: CR

Tramway à Balaclava

Outre le pittoresque des lieux, Nicholas Pike raconte aussi la vie trépidante qui se déroule autour de la minoterie et de la distillerie, ainsi que le fonctionnement de ses deux fabriques. On acheminait le blé à Balaclava par bateau. Du débarcadère, on l’amenait à la minoterie au moyen d’un tramway : « Il y a un tramway qui va à la mer pour remonter le blé des bateaux ; un des premiers, je crois, construit dans l’île. Le magasin peut contenir 10 000 sacs de blé et est souvent plein. »

Embouchure de la rivière Citron ou le blé arrivait par bateau. Photo: CR.
Embouchure de la rivière Citron ou le blé arrivait par bateau. Crédit : CR
La rivière Citron fournissait de l'eau aux moulins et a la distillerie. Photo: CR.
La rivière Citron fournissait de l’eau aux moulins et à la distillerie. Crédit : CR

Les infrastructures construites par les Français étaient encore utilisées à Balaclava en 1868. « Les Français ont construit un grand barrage en pierre de taille, en 1743, qui a été surélevé de plusieurs pieds plus haut et qui fournit une abondante réserve d’eau aux moulins et à la distillerie. (…) Il y a une grande roue hydraulique de trente-huit pieds et une de vingt pieds de diamètre, qui entraîne six pierres, capables de broyer 300 sacs de 150 livres chacune par jour. L’ensemble de la machinerie, depuis les seaux auto-alimentés sur une grande roue qui transportent le blé jusqu’au moulin, jusqu’à la séparation des différentes sortes de farine, est des plus complets. »

Une grande roue hydraulique entraîne six pierres capables de broyer 300 sacs de 150 livres de blé chacune par jour, indique Nicholas Pike. Crédit : CR

Rhum et épines

En ce qui concerne la distillerie, voici ce que Pike nous explique : « Dès que le rhum est prêt à être commercialisé, il est soutiré dans des tonneaux, mesurés par une mesure gouvernementale et marqués par l’officier, lorsqu’il est expédié par bateaux à Port-Louis. » Autre anecdote marquante, le consul indique que Pierre Adolphe Wiehe prit l’initiative d’ouvrir une école pour les enfants de ses ouvriers. À l’époque, point de cahier ou de crayon. Les écoliers écrivaient sur des ardoises au moyen de grandes épines des Echinus manullatios… soit des épines d’oursins, abondantes dans la baie ! Cela me ramène à mon enfance, car j’adorais ramasser les épines d’oursins à Poste-Lafayette pour écrire ou dessiner sur les pierres de lave…

L'actuel « Château Mon Désir » a été construit en 2009. Photo: CR.
L’actuel « Château Mon Désir » a été construit en 2009. Photo: CR.

De la lave de Balaclava, subsiste les vestiges d’une riche Histoire. La propriété appartient désormais à l’hôtel Maritim, qui a ouvert ses portes en 1990. L’actuel Château Mon Désir, inspiré de l’architecture coloniale française a été construit en 2009. Les ruines de la minoterie, de la distillerie et du barrage construits par Mahé de Labourdonnais ont été déclarés monuments nationaux. Ils font pleinement partie du patrimoine historique de l’Ile Maurice ! 🙂

Du haut de ces 300 ans d’histoire, Balaclava fait pleinement partie du patrimoine historique de l’Ile Maurice. Crédit : CR.

Ciao 2024, la vie trinque à 2025!

Aurevoir ! C’est le clap de fin pour l’an 2024. Après 365 jours bien remplis, il est temps de se préparer à accueillir la nouvelle année 2025.

Amour, joie, santé, prospérité sont les grands classiques au moment des vœux de fin d’année. Photo: pxhere.

Qu’on se le dise! Cette année 2024 a été imprévisible. Tant de masques tombés, de parasites débusqués et de projets détruits. Fort heureusement, c’est ce qu’on appelle l’échapper belle. Au bout du compte, c’est justement l’adversité et l’imprévu qui ont fait de cette année une formidable expérience !

Qu’est-ce qu’une expérience ? Voilà bien un terme qui a plusieurs sens. Essayer ou accomplir quelque chose pour la première fois ? Somme de connaissance que l’on acquiert grâce à la pratique ? Se mettre à l’épreuve de quelque chose ? Prendre des risques ? Oui, c’est un peu de tout cela.

Et faire l’expérience d’une année qui passe, c’est un peu comme toucher un courant d’eau qui s’écoule. Il ne sera jamais le même ! Pour être honnête, ma première idée en commençant l’écriture de ce billet était de faire une liste de tops et de flops de l’année. Mais au lieu de s’appesantir sur une année 2024 qui est déjà passée, et qui ne reviendra jamais, tournons – nous plutôt vers 2025 !

Courage

Ah, 2025, que nous contemplons peut-être avec un soupçon d’appréhension, mais surtout avec joie, espoir et motivation ! Que nous réserve cette année ? Nul ne le sait. Par contre, que réservons-nous à cette année ? Il ne tient qu’à nous d’agir, de réagir, voire… d’abréagir ! J’entends déjà certains dire « Whaaa, abréagir ? Kesako ?! ». Le verbe abréagir, qui vient de la psychanalyse, signifie se libérer de quelque chose qu’on avait refoulé, en réagissant vers l’extérieur de soi. Cependant, je ne suis point psychanalyste, bah wouais. Donc, pour moi « abréagir » signifie simplement avoir le courage d’être soi, de s’exprimer et d’affirmer ses choix et opinions.

Mais avec l’uniformisation des codes et des modes, et avec les dictats des réseaux sociaux où tout le monde suit les mêmes influenceurs, où tout le monde juge tout le monde, il est de plus en plus difficile d’être véritablement soi. De Port-Louis à Paris, les ados sont tous en mode genre « Wesh reuf! Mdr ». Tout tend vers l’uniformisation. Désormais, il semble que ce soit l’image qui parle. C’est la course à qui vivra toujours plus la meilleure vie. C’est le contenu que l’on projette en ligne qui compte.

Alors que réservons-nous à cette année 2025 ? Il existe autant de réponses, que d’êtres humains. Et encore, je n’ai même pas posé la question à ChatGPT (!). C’est vous dire que le champ des possibilités est grand ouvert ! Donc, autant saisir cette opportunité pour être pleinement soi, sans compromis. C’est ainsi que l’on pourra relever les défis, affronter les épreuves, guérir de ses blessures, et grandir de ses échecs.

Osons concrétiser nos projets, poursuivre nos rêves et être à la hauteur de nos ambitions ! Bref, donnons à cette année 2025 le meilleur de nous-mêmes. Je suis certaine qu’elle nous le rendra bien ! 🙂

Bonne et heureuse année à vous tous ! Je trinque à 2025 !


Ile Maurice : élections générales et vague de changement

Le 10 novembre 2024, les urnes mauriciennes ont parlé. Résultat des élections générales : un raz-de marrée pour l’Alliance du Changement qui a fait élire l’ensemble de ses 60 candidats en lice, remportant ainsi tous les sièges !

Raz-de marrée pour l’Alliance du Changement qui remporte l’ensemble des 60 sièges. Crédit : Elorac

Victoire 60-0. Ça y est, les urnes mauriciennes ont enfin livré leur verdict ! C’est une victoire écrasante pour l’Alliance du Changement qui remporte l’ensemble des 60 sièges. Aucun candidat du gouvernement sortant n’a été élu. L’Alliance du Changement, avec Navin Ramgoolam à sa tête, dirigera donc le pays pour le prochain quinquennat, soit jusqu’en 2029.

Par ailleurs, les élections générales de 2024 ont connu un taux de participation en hausse. Ce sont quasiment 80% des citoyens qui ont accompli leur devoir civique. Selon les statistiques de la Commission Électorale, le taux de participation aux précédentes législatives est comme suit : 77.01% (2019), 77.11% (2014) et 77.82% (2010). En outre, après 1982 et 1995, c’est la troisième fois dans l’histoire de l’Ile Maurice qu’un scrutin se solde par une victoire nette (le fameux 60-0).

Le résultat du scrutin de novembre 2024 représente l’épilogue d’une période électorale marquée par deux évènements. D’une part, un scandale d’écoutes téléphoniques et d’autre part, la suspension de l’accès aux réseaux sociaux. En effet, à une vingtaine de jours du scrutin, un certain Missie Moustass (Monsieur Moustache) a défrayé la chronique. Il a publié sur internet des extraits de conversations téléphoniques prétendûment attribuées à des personnalités politiques, des diplomates, des journalistes et des membres de la société civile, entre autres.

Suspension des réseaux sociaux

L’autre événement qui a marqué les élections générales 2024, c’est la suspension de l’accès aux réseaux sociaux. En effet, le vendredi 1 novembre, les Mauriciens se sont réveillés avec stupeur. Selon un communiqué émis par l’Information Technologies and Communication Authority (ICTA), instance régulatrice des technologies de l’information et de la communication à l’Ile Maurice, les fournisseurs d’accès internet ont été enjoints de bloquer l’accès à toutes les plateformes de réseaux sociaux jusqu’au lundi 11 novembre 2024.

Communiqué émis par l’ICTA sur la suspension de l’accès aux réseaux sociaux.

Cette décision a suscité de multiples réactions, tant dans la société civile que dans le monde des affaires. Les entreprises et le commerce dépendent de plus en plus des technologies numériques. Les interruptions des services de communication ont de lourdes répercussions sur de nombreux secteurs économiques. Business Mauritius, association qui représente plus de 1,200 entreprises mauriciennes, au niveau local, régional et international, indiquait que « plusieurs secteurs et activités, dont le secteur touristique, les centres d’appels, les opérations du e-commerce, l’éducation et la formation, le marketing, les influenceurs, et toute autre activité touchant à l’économie digitale », se sont vues touchés par la suspension de l’accès aux réseaux sociaux.

Communiqué de Business Mauritius.

Face au tollé général et à l’indignation locale et internationale, les autorités ont rétabli l’accès aux réseaux sociaux le lendemain, soit le samedi 2 novembre.

Moustass leaks

Et pendant ce temps, le mystérieux Missie Moustass a continué de plus belle la publication d’extraits de conversations téléphoniques, notamment sur Youtube. En effet, ce sont 85 vidéos qui ont été mises en ligne du 19 octobre au 9 novembre :

Capture d’écran de la page Youtube de Missie Moustass.

Devant l’ampleur du phénomène, l’affaire a pris le nom de Moustass Leaks. Certains journaux locaux ont même retranscrit le contenu de ces vidéos :

Extrait du quotidien Le Mauricien du 1 novembre 2024, retranscrivant les videos de Missie Moustass. Crédit : Elorac

Avec sa large moustache, le profil de Missie Moustass nous rappelle beaucoup le masque de Guy Fawkes. Les membres du collectif de cyberactivistes Anonymous utilisent ce masque, qui est devenu un symbole de lutte et de contestation. Qu’on le considère comme un outsider, un troisième homme, ou un trouble fête, qu’on le veuille ou non, il paraît indéniable que Missie Moustass et ses Moustass Leaks ont pesé de tout leur poids dans l’issue des Elections Générales de 2024.

Avec sa moustache, le profil de Missie Moustass nous rappelle le masque de Guy Fawkes et Anonymous. Photo: Anroir, Flickr, CC.

Et voilà, les jeux sont faits. La victoire 60-0 de l’Alliance du Changement restera dans les annales, tout comme le phénomène Missie Moustass. L’Ile Maurice entame désormais la suite de son histoire, avec une nouvelle page qui s’écrit. Pour conclure, saluons l’ensemble du peuple mauricien qui a été conscient de son devoir de citoyen. Vive les Mauriciens ! Vive l’Ile Maurice !


« Ni chaînes ni maîtres », film en mémoire au marronnage

Marronnage. Ce corollaire de l’esclavage a bénéficié d’un regain d’intérêt avec la récente sortie du film Ni chaînes ni maîtres. Le réalisateur franco-béninois Simon Moutaïrou a ainsi choisi de mettre en lumière une facette peu connue de l’esclavage du 18e siècle. Nous sommes en 1759, à l’Ile Maurice, alors appelée l’Isle de France…

Le marronage, une facette peu connue de l’esclavage du 18e siècle. Photo: Elorac.
Le marronage, une facette peu connue de l’esclavage du 18e siècle.
Crédit : Elorac.

Massamba et sa fille Mati sont esclaves dans la plantation d’Eugène Larcenet, qui les appelle respectivement Cicéron et Colette. Massamba rêve que sa fille soit affranchie et devienne couturière. Mati, quand à elle, pense à sa mère, morte lors de la traversée sur le bateau négrier, et ambitionne de quitter l’enfer de la plantation. Une nuit, alors que Larcenet ordonne que l’on sépare Mati de son père, celle-ci s’enfuit et devient une marronne. Le maître engage alors Madame La Victoire, redoutable chasseuse d’esclaves pour traquer et tuer Mati. Massamba, qui souhaite sauver sa fille, se résout à briser ses chaînes et à s’évader de la plantation. Il devient aussi un marron…

Avec un tel scenario, et un tournage à l’Ile Maurice, je me devais de voir ce film. Ni chaînes ni maîtres porte à l’écran une catégorie d’individus que l’histoire mauricienne a tut : les esclaves marrons. Le terme marron proviendrait de l’espagnol cimarrón, qui faisait référence à un animal domestique redevenu sauvage. Les esclaves marrons sont ceux qui ont eu le courage de dire non au système. Ils s’évadaient des plantations et se battaient, au péril de leur vie, pour leur liberté. Ils étaient obligés de se cacher dans les ronces et les denses forêts de la Rivière-Noire, traqués comme du gibier par des hommes armés, mais pas que… En effet, le film fait la part belle à une femme, qui aurait été l’une des plus grandes chasseuses de marrons de son temps : Madame La Victoire.

Chasses à l’homme

La principale antagoniste de Ni chaînes ni maîtres a bien existé. Voici ce qu’en dit Mgr Amédée Nagapen dans son livre Le marronnage à l’Isle de France :

« Le Conseil francilien fit de cette affaire de marrons une question de vie ou de mort. Dès 1726, fut créée une milice spéciale pour protéger et défendre la vie et la propriété des colons. Cette milice intérieure composée de détachements (…) Un chef de détachement qui a laissé un nom dans l’histoire de l’Isle de France fut Madame La Victoire, du Grand-Port (…). »

Née en 1724 en Dordogne, Michelle Christine Bulle (future Madame La Victoire), arriva à l’Isle de France avec sa famille en 1727, d’où elle repartit peu après. La fillette de six ans y retourna en 1730, mais en 1731, elle fut violée par un soldat. Plus tard, elle épousa un certain Monsieur La Victoire, et ils eurent deux fils et quatre filles. Selon les écrits de Mgr Nagapen, Madame La Victoire était victime d’incursions de pillards sur son exploitation et résolut de le défendre. Habile cavalière, elle décida de monter des expéditions et déclara la guerre aux marrons. Avec le concours de ses deux fils, elle entraîna une douzaine de ses esclaves et se lança dans de véritables chasses à l’homme.

Son initiative fut couronnée de succès et elle s’était fait un nom dans la capture des noirs fugitifs. C’était LA chasseresse de marrons. Madame La Victoire acquit ainsi de la notoriété. Elle rencontra Bernardin de Saint Pierre. Elle reçut même les félicitations du gouverneur Desroches pour ses battues au nom du «bien public». Le gouverneur fit le récit des prouesses de la chasseresse dans une correspondance au ministre de la Marine. Ce dernier obtint alors du roi Louis XV honneurs, financements et récompenses pour Madame La Victoire. Elle décéda le 12 février 1793, à 69 ans.

Diversité linguistique

Mais Ni chaînes ni maîtres c’est bien plus que cette mercenaire, aussi hors norme soit-elle. Pour ma part, j’ai énormément apprécié la diversité linguistique du film. Massamba et Mati parlent wolof, leur langue maternelle. Massamba parle aussi la langue des maîtres. Madame La Victoire persécute Massamba en wolof. Les marrons issus de communautés ouest africaine et de l’océan Indien – des Bambaras, Malgaches, Peuls, Wolofs, Yorubas – cohabitent, parlent leurs langues maternelles et communiquent en… créole ! Avec le système esclavagiste et l’afflux de ressortissants de Madagascar, d’Inde, de diverses régions d’Afrique, il y avait la nécessité d’une lingua franca. Maîtres, esclaves, marrons : tous devaient comprendre et se faire comprendre.

C’est ainsi que le créole s’imposa rapidement comme langue de survie pour les esclaves et langue véhiculaire pour une population cosmopolite et en continuelle expansion. Avoir une langue commune était une question de survie pour les marrons également, car ils devaient être capables de donner l’alerte en cas de danger, de se coordonner, de s’aider, se soutenir, se reconstruire. Quelle fut donc ma joie en entendant l’un des personnages du film s’exprimer en créole mauricien ! L’adjectif « marron » fait, aujourd’hui encore, pleinement parti du vocabulaire créole mauricien. Il dénote quelque chose d’illégal ou de sauvage, ex. taxi marron, cochon marron, sat marron, etc.

Les langues et la transmission orale ont joué un rôle prépondérant dans le marronnage. Par ailleurs, des langues ce sont aussi des cultures, et par extension des musiques. C’est donc en toute logique que Ni chaînes ni maîtres se conclut en chant, tout en dignité et en fierté. Ne pas parler, mais chanter.Plonger, corps et âme, vers la liberté. La parole, quand à elle, est à jamais gravée dans les entrailles du Morne Brabant. Cette montagne du sud-ouest de l’Ile Maurice, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, est un lieu que l’on associe aujourd’hui à l’esclavage. Les ségas, musique traditionnelle de l’Ile Maurice, se font souvent écho de cette montagne. Voici deux ségas qui évoquent Le Morne et l’esclavage, et dont des extraits ont été traduits du créole au français :

Alime dife de Carino.

Si montagne Le Morn ti ena la bouss, li ti a rakont nou kombien disan ki finn koule, kombien esklav finn swiside dan le passe.

Si la montagne du Morne avait une bouche, elle nous aurait raconté combien de sang a coulé, combien d’esclaves se sont suicidés dans le passé.

Le Morne de Cassiya

Leritaz nou anset, nou oule, nou pa oule tou le temps pou ena valer sa. Nou pren nou ravann, si sega zoli zordi se parski nounn pann less li tombe. Parey kouma Le Morne, zot finn tann dir li menase, somey gran dimounn ki ti ape repose la-ba, la rivier disan pe fer tourbiyon dan mo lespri pe fer mwa rapel. Kombien ena ti monte lao Le Morne la-ba, prefere zete, akoz kontan liberte. Fodre pa nou bliye non na pa finn zete pou nanye, listwar ena valer, et li la pou fer reflesi.

L’héritage de nos ancêtres, que nous le voulions ou pas, aura toujours de la valeur. Prenons notre ravanne, si le sega est beau aujourd’hui c’est parce que nous ne l’avons pas laissé tomber. Tout comme Le Morne, nous avons entendu que le sommeil de nos aïeux qui y reposent était menacé. La rivière de sang tourbillonne dans mon esprit et me permet de me souvenir. Combien d’entre eux sont montés en haut du Morne ? Ils ont préféré se jeter car ils aiment la liberté. N’oublions pas, ils ne se sont pas jetés pour rien. L’histoire a de la valeur, elle est là pour faire réfléchir.

La montagne du Morne, un haut lieu du marronnage. Photo: Wikicommons.
La montagne du Morne, un haut lieu du marronnage. Crédit : Wikicommons.

Commémorations

En effet, l’histoire nous permet d’éclairer le présent, de le remettre en perspective. Aujourd’hui, chaque 1er février, l’Ile Maurice commémore l’abolition de l’esclavage à la montagne du Morne. Cependant avec Ni chaînes ni maîtres, une question s’impose: pourquoi ne pas célébrer Le Morne pour ce qu’il a authentiquement été ? C’est-à-dire, non pas un espace d’esclavage, mais à l’inverse, un haut lieu du marronnage. Commémorons les marrons, ces symboles de résistance, de résilience et de refus de l’oppression !


Avec Bartholdi, de New York à Belfort

Auguste Bartholdi. Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant ses sculptures sont parmi les plus populaires au monde. Suivez-moi de New York à Belfort, sur les traces de l’un des plus célèbres sculpteurs français !

Portrait d’Auguste Bartholdi. Crédit : Wikicommons

Il y a 120 ans, le 4 octobre 1904, disparaissait Frédéric Auguste Bartholdi. Natif de Colmar, commune alsacienne de l’est de la France, Bartholdi était un sculpteur de génie. En effet, il est l’auteur de nombreuses œuvres incontournables que l’on peut admirer aux États-Unis d’Amérique et en France, entre autres. De New York à Belfort, j’ai eu l’immense chance de découvrir quatre d’entre elles !

La statue de la Liberté

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La Statue de la Liberté est l’oeuvre la plus connue de Bartholdi ! Crédit photo : Mathieu Garreau, avec son accord

Lady Liberty, comme nous l’appelons à New-York, est sans doute l’œuvre la plus connue d’Auguste Bartholdi. La statue de la Liberté est l’un des monuments les plus visités de la planète. De Bowling Green au sud de Manhattan, où l’on prend le ferry, à Liberty Island, la découverte de la statue de la Liberté est toujours un moment de grande émotion ! Bartholdi commença à travailler sur la conception du monument en 1871, avec l’aide d’un autre Français, et non des moindres, puis ce qu’il s’agit de Gustave Eiffel.

Clin d’oeil à Bartholdi sur Liberty Island. Crédit : Wikicommons

La statue de la Liberté fut inaugurée 15 ans plus tard, en octobre 1886. L’icône new-yorkaise a de nombreuses petites sœurs en France. En effet, nous pouvons admirer plusieurs répliques de la statue de la Liberté à Paris, à Colmar et à Châteauneuf-la-Forêt, entre autres.

Lafayette à Union Square

Après Liberty Island, retournons à Manhattan, direction Union Square Park. L’immense statue de Washington qui trône sur la place centrale est certes un incontournable. Mais saviez-vous qu’il y en a plusieurs autres, notamment une signée Auguste Bartholdi ? Cette fois, le sculpteur français rend hommage à l’un de ses illustres compatriotes : le Marquis de Lafayette ! Inauguré en septembre 1876, ce bronze fut un cadeau offert par les résidents français de New York à l’occasion du 100ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis d’Amérique.

Hommage au Marquis de Lafayette à Union Square Park. Crédit : Wikicommons

Fidèle à l’esprit de Lafayette, il a y toujours un air de liberté à Union Square Park. J’adore ce lieu pour ses grands arbres, ses espaces où l’on mange al fresco l’été, son esplanade où l’on se donne rendez-vous et aussi pour l’ambiance branchée et dynamique qui y règne. Danses, parades, spectacles de rue, manifestations, expo-vente, il y a toujours quelque chose à faire à Union Square ! 🙂

Le Lion de Belfort

Traversons maintenant l’Atlantique pour rejoindre la France !  C’est à Belfort, en Franche-Comté, que nous pouvons admirer l’une des œuvres les plus spectaculaires de Bartholdi : le Lion de Belfort ! Long de 19,06 m et haut de 10,56 m, le monument en haut relief représente un lion digne et imposant, avec la pâte posée sur une flèche. Il fut construit de 1875 à 1880. La sculpture monumentale symbolise la résistance héroïque menée par le colonel Denfert-Rochereau pendant le siège de Belfort par l’armée prussienne, de décembre 1870 à février 1871.

Le Lion de Belfort est l’une des œuvres les plus spectaculaires de Bartholdi
Le Lion de Belfort est l’une des œuvres les plus spectaculaires de Bartholdi ! Crédit : Christophe Benoist, Wikicommons

Lieu incontournable et fierté des Belfortains, le Lion de Belfort domine la ville du haut de sa citadelle. Celle-ci est l’une des nombreuses fortifications édifiées par le célèbre architecte militaire Vauban. J’aime beaucoup Belfort, et j’adore le Lion. On y accède facilement et surtout, la vue est imprenable du haut de la citadelle ! Grâce à ce lion, Bartholdi est à jamais associé à Belfort. Au fil du temps, le lion est même devenu l’emblème de la ville !

Photo prise sous le lion en haut relief! Photo:CR
Photo prise sous le lion en haut relief ! Crédit : Elorac
Passages a travers la citadelle menant au Lion! Photo: CR
Passages à travers la citadelle menant au Lion ! Crédit : Elorac
Magnifique vue sur la ville de Belfort! Photo: CR.
Magnifique vue sur la ville de Belfort ! Crédit : Elorac

Le lion de Denfert-Rochereau

Toutefois, ce n’est pas uniquement à Belfort que l’on peut voir le lion de… Belfort ! En effet, une réplique du monument de Bartholdi se trouve dans le 14ᵉ arrondissement de Paris, à la place Denfert-Rochereau. La place éponyme est toujours en hommage au fameux colonel Denfert-Rochereau. Mais pour être honnête, lors de mes jeunes années, Denfert-Rochereau c’était pour moi surtout une station de la 6, sur mon trajet vers Glacière, en plein hiver.

Bartholdi est aussi present a la place Denfert-Rochereau! Photo: CR.
Le colonel Denfert-Rochereau est célèbre pour avoir défendu Belfort. Crédit : Elorac
Réplique du Lion de Belfort à la place Denfert-Rochereau sous la grisaille parisienne ! Crédit : Elorac

Ce n’est que plus tard que j’ai pris le temps de contempler la réplique parisienne de l’œuvre de Bartholdi. Trônant au beau milieu du trafic parisien, le lion de Denfert-Rochereau est trois fois plus petit que son frère de belfortain, mais tout aussi majestueux ! Il représente une bonne alternative si vous n’avez pas prévu d’aller à Belfort. 😊

Et voilà, de New York, à Belfort en passant par Paris, les magnifiques œuvres d’Auguste Bartholdi sont nombreuses et multiples ! Je les trouve sublimes, uniques et émouvantes. Grâce à elles, Bartholdi a décrit et écrit l’histoire en marche, l’Histoire avec un grand H. Par la même occasion, il s’est à jamais inscrit dans cette histoire ! Vive le lion Bartholdi !