12 mars 2021

Citoyens

En ce 12 mars 2021, l’Ile Maurice reconfinée célèbre le 53e anniversaire de son indépendance. Si j’ai souvent écrit sur le pays lui-même, force est de constater que j’évoque rarement la principale richesse et les principaux bâtisseurs de l’île : ses citoyens.

Citoyen_Ile Maurice-Mauritius_Mondoblog
Action citoyenne pour la sauvegarde d’une plage à l’Ile Maurice. « Citoyen », ici écrit en créole : sitwayen !

Citoyen. Voilà un mot que nous entendons de plus en plus depuis l’année 2020. Outre la pandémie du Coronavirus, dont l’Ile Maurice traverse actuellement la deuxième vague, le pays a aussi été marqué par de nombreuses marches nommées “marches citoyennes”. Ces évènements sont d’autant plus à être soulignés, du fait que la nation mauricienne est d’ordinaire très calme et que des manifestations de masse dans les rues est un acte rare et inédit pour l’Ile Maurice récente.

Plateforme citoyenne, marche citoyenne, débat citoyen, mobilisation citoyenne, citoyens engagés, activistes citoyens, militants citoyens… Ces expressions font désormais partie du paysage audiovisuel des Mauriciens. Ces locutions marquent une certaine rupture, car nous avions plutôt l’habitude, jusqu’à récemment, d’entendre des expressions telles que simple citoyen, citoyen lambda, voire encore citoyen ordinaire. Cependant, l’ironie de l’histoire veut que le citoyen, dès l’apparition de ce terme, n’ait rien d’ordinaire. Bien au contraire !

En effet, le mot citoyen vient de la Rome antique et du latin « civitas ». Il servait à dénommer ceux qui avaient droit de cité. Un individu libre, ayant des droits et prenant part à la vie religieuse et politique de la cité romaine, contrairement aux esclaves. La notion de participation des citoyens nous renvoie aussi au terme démocratie, qui nous vient du grec ancien demos (peuple) et kratos (pouvoir). Donc, le pouvoir au peuple, par opposition à l’aristocratie, qui est l’exercice d’un pouvoir réservé à une élite (aristos veut dire « meilleur » et kratos « pouvoir »).

Il est pertinent de souligner qu’outre le mot citoyen, les termes citadin, civique et civisme, entre autres, tirent leur racine du même latin « civitas ». Le civisme consiste en l’apprentissage à vivre avec les autres, semblables ou radicalement différents de soi, et à agir et construire pour le bien commun, dans le respect de tous. En France, l’Education Nationale a mis en place un Parcours citoyen. Il « vise à la construction, par l’élève, d’un jugement moral et civique, à l’acquisition d’un esprit critique et d’une culture de l’engagement dans des projets et actions éducatives à dimension morale et citoyenne’‘. Les élèves font ainsi l’expérience du pouvoir d’agir des citoyens.

Le civisme, c’est aussi respecter un ensemble de règles et d’usages admis par le plus grand nombre : la société. L’écrivain français Bernard Epin nous rappelle que le civisme utopique serait une sorte de jeu de société : tous égaux, tous avec le même nombre de cartes, sur la même ligne de départ. Or, la vraie vie n’est pas un jeu de société. Les choses y sont bien plus complexes.

« Les Hommes naisssent libres et égaux en dignité et en droit« ,  indique la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, document fondateur des Nations Unies. Egaux en dignité et en droit peut-être, mais certainement pas en qualité de vie, en accès aux ressources, etc. Certains en profitent plus que d’autres, engendrant ainsi injustices et discriminations qui portent atteinte à la cohésion sociale. Mais la citoyenneté, c’est aussi trouver des réponses et des solutions. Pandémie, récession, chômage, violences faites aux femmes, corruption, drogue, dérèglement climatique, insécurité, pauvreté, les problèmes sont hélas nombreux.

Toutefois, comme l’explique Epin, « au jeu, les règles sont fixées une fois pour toutes. Or, l’histoire de l’humanité montre comment, tout au long des siècles, le fonctionnement des sociétés n’a cessé de se transformer par l’action d’hommes et de femmes à la recherche de plus de bonheur« . Ces hommes et ces femmes, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous, tel que nous sommes. Chacun contribue à la société de demain, chacun façonne et invente aujourd’hui l’Ile Maurice de 2050.

J'ai fièrement mis le quadricolore mauricien dans mon jardin!
J’ai fièrement mis le quadricolore mauricien dans mon jardin!

Par ailleurs, avec la résurgence du Coronavirus et le reconfinement depuis le 10 mars, il revient à chaque Mauricienne et chaque Mauricien de faire preuve de civisme et de respecter les consignes sanitaires, ainsi que les gestes barrières. Avec plus de 90 cas positifs au Covid, nous sommes tous un maillon essentiel, avec une responsabilité immense dans la lutte contre la pandémie.

En ce 12 mars 2021, Fête Nationale d’une l’Ile Maurice troublée et reconfinée, célébrons donc notre principale richesse : nos citoyens ! Ensemble face à l’urgence!

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