Dans les murs de la Cathédrale St James

Article : <strong>Dans les murs de la Cathédrale St James</strong>
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24 juillet 2025

Dans les murs de la Cathédrale St James

En ce 25 juillet 2025, nous célébrons les James ! Et pour cause, c’est la fête de Saint James. A cette occasion, découvrons ensemble la Cathédrale St James à Port-Louis !

Découvrons la Cathédrale St James, le plus ancien lieu de culte anglican de l’Ile Maurice. Photo: CR

James. Voici un prénom qui sonne très anglo-saxon à toute oreille francophone. Qui ne connaît pas le fameux James Bond ? Ou encore l’acteur James Dean ? Or, les James francophones célèbres, avouons-le, il y en a peu. Ceci est peut-être dû à l’étymologie du prénom James. Saviez-vous que James en français se traduit par le prénom Jacques? Les deux prénoms proviendraient du latin Iacobus, qui serait ensuite devenu Yaakov ou Jacob en hébreu.

Saint James et Saint Jacques sont donc une et même personne. Il a certes une dénomination différente, mais il est célébré des deux côtés de la Manche : c’est-à-dire à la fois par l’Eglise anglicane et par l’Eglise catholique romaine. Aujourd’hui, je vous invite du côté de l’Eglise anglicane. Découvrons ensemble la Cathédrale St James, le plus ancien lieu de culte anglican de l’Ile Maurice. L’édifice se situe à la rue La Poudrière, à Port-Louis, la capitale.

La ville de Port-Louis fut fondée par Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur de l’Isle de France de 1735s à 1747. L’écrivain Albert Pitot, dans son livre L’Île de France; esquisses historiques (1715-1810), publié en 1899, explique que La Bourdonnais fit construire des infrastructures névralgiques à toute colonie digne de ce nom. Pitot en fait la liste : un Hôtel du Gouvernement, des Casernes, un hôpital militaire, des salines à Caudan, des moulins à farine et à poudre – pour la fabrication de la poudre à canon. Il y avait jadis deux poudrières: l’une à côté de l’hôpital militaire, et une autre sur un petit îlot de la rade.

Poudrière à cathédrale

Sous le Gouverneur Decaen (1803 – 1810), ces deux structures laissèrent place à une nouvelle poudrière sise à une rue qui prit rapidement le nom de… rue La Poudrière ! Voici ce que détaille Albert Pitot: « Une nouvelle poudrière; fut construite un peu au-dessus du Jardin de la Compagnie, derrière la salle de spectacle, au milieu d’un vaste terrain vague qui fut entouré de murs. Bâtiment dont l’épaisseur même fait de suite deviner la destination première, remanié tant bien que mal, agrémenté d’un clocher en pain de sucre, sert actuellement de temple protestant. » De poudrière à cathédrale, quel fabuleux destin me diriez-vous !

La voici donc notre fameuse Cathédrale St James. Le Révérand J. Chapman la consacra en 1850, soit il y a 175 ans ! L’inscription 1850 figure fièrement au-dessus de la porte d’entrée de la cathédrale. C’est un autre univers et un bond dans l’histoire qui se sont offerts à moi dès que j’en ai franchi le seuil. En levant la tête dans le vestibule, nous découvrons des blocs de corail, qui étaient jadis utilisés comme matériau de construction à l’Ile Maurice. Le contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique représente bien cette terre mauricienne que j’aime bigarrée. 

Contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique.
Contraste entre le blanc du corail et le gris anthracite de la pierre volcanique. Photo: CR

Patrimonial exceptionnel

Bien qu’elle soit à l’Ile Maurice, la Cathédrale St James est toujours en communion avec l’Eglise de Canterburry. Ce lien se matérialise, entre autres, à travers une Croix de Canterburry, qui est l’un des symboles de l’anglicanisme et de la Communion anglicane. En 1932, l’Eglise de Canterburry conçoit le projet de fabriquer près de 90 Croix de Canterburry avec des pierres de la région, et de les offrir à chacune des cathédrales anglicanes de l’Empire britannique, afin de symboliser cette union spirituelle. Le projet s’échelonnera sur plusieurs années. La Cathédrale St James recevra sa Croix de Canterburry en 1935.

La Croix de Canterburry symbolise la Communion anglicane. Photo: CR

La Cathédrale St James possède également une croix faite de clous issus de la Cathédrale de Coventry. Celle-ci fut bombardée par les Nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Outre ces objets, la Cathédrale St James présente un intérêt patrimonial exceptionnel pour sa valeur historique. L’édifice est un illustre témoin de la période anglaise de l’Ile Maurice. Le pays était sous administration coloniale britannique de 1810 à 1968. Les nombreuses plaques commémoratives qui ornent les murs de la cathédrale témoignent de l’établissement d’une communauté anglicane. Les représentants de ce groupe occupaient à l’époque les plus hautes fonctions de l’administration coloniale. Ils étaient Gouverneur de l’Ile, Evêque, Capitaine de la marine, Inspecteur de police, collecteur des impôts, etc. De plus, le suffixe « Esq » (esquire en abrégé) succédant à certains noms dénote que ces personnes étaient des notables de leurs temps.

La plaque commémorative dédiée à un certain Frederick Henry Barnard m’a particulièrement touchée. Elle se démarque avec une inscription trilingue : en anglais, en français et en latin, caractéristique d’une Ile Maurice en constante mutation linguistique.

La plaque commémorative trilingue de Frederick Henry Barnard m'a beaucoup touchée.
La plaque commémorative trilingue de Frederick Henry Barnard m’a beaucoup touchée. Photo: CR

Murs de 3 mètres

La France n’est pas uniquement présente à travers la langue. Le bâtiment de la cathédrale en lui-même garde des caractéristiques de son passé de poudrière de l’époque française. Les murs de la bâtisse, qui sont ceux de l’ancienne poudrière, mesurent… 3 mètres d’épaisseur ! Une telle épaisseur était nécessaire pour défendre la poudrière de tout pillage externe, mais aussi pour protéger la ville. En effet, ces épais murs se devaient de contenir toute déflagration qui pourrait survenir en cas d’explosion à l’intérieur du bâtiment.

Les murs de la bâtisse sont ceux de l’ancienne poudrière, et mesurent… 3 mètres d’épaisseur !
Les murs de la bâtisse sont ceux de l’ancienne poudrière, et mesurent… 3 mètres d’épaisseur ! Photo: CR

Par ailleurs, un pan de mur de la cathédrale contient trois meurtrières datant de l’époque française. En architecture, le terme « meurtrière » désigne une ouverture percée dans les murs d’une fortification et par laquelle on peut tirer à couvert sur les assiégeants. Ces trois meurtrières permettaient donc l’observation et la défense de la poudrière. Leurs formes circulaires portent à croire qu’elles étaient utilisées pour les armes à feu de l’époque, telles que des arquebuses ou des mousquets.

J’ai adoré regarder à travers les meurtrières datant de l’époque française! Photo: CR

Si l’expression « parler à un mur » signifie parler à quelqu’un qui ne vous écoute pas, parler aux murs de la Cathédrale St James est une toute autre expérience ! Ces murs vous écoutent. Ces murs vous parlent. Ils racontent tout un pan de l’histoire mauricienne, bien visible et bien tangible ! Toucher les murs épais de 3 mètres datant de la poudrière, lire les plaques commémoratives, découvrir la vie de tous ces gens, regarder à travers les meurtrières… tout cela fut pour moi une expérience unique et emplit d’émotion !

Souhaitons que les murs de la Cathédrale St James murmurent leur passionnante histoire pendant longtemps encore!

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