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L’Ile Maurice célèbre l’abolition de l’esclavage : oui, mais…

Les chaînes de l’esclavage ont été symboliquement brisées le 1er février 1835, mais les chaînes physiques, elles, sont toujours là en 2015 !

 

Le soleil jaillit sur l'esclave nouvellement líbéré.
Le soleil jaillit sur l’esclave nouvellement líbéré.

En ce dimanche 1er février, mon pays célèbre l’abolition de l’esclavage. En effet, cela fait 180 ans que les chaînes de l’esclavage ont été brisées. Cette décision prise en 1835 par le pouvoir colonial britannique découle du Slavery Abolition Act de 1833. Elle marqua un tournant dans l’histoire et le futur de l’Ile Maurice.

Bien qu’aboli depuis 1835 l’esclavage, et ses séquelles demeurent présents dans la mémoire collective locale. En témoignent plusieurs ségas aux paroles explicites:

Cassiya -Rev nou zancet : disan lesklavaz monte desan dan mo lekor, sa fer mwa rapel tou bann kriyote ziska bliyé langaz ki ti pe koze*

* Le sang de l’esclavage monte et descend dans mon corps, cela me rappelle toutes les cruautés [subies] jusqu’à en oublier notre langue

 

– Nwar nwaresklavaz enkor dan memwar,  nou descendans ti derasine zot ti pren depi dan l’Afrik, condition missié la ki ti imposé, bokou disan finn  koule, nu gran fami finn soufer**

** l’esclavage est encore dans les mémoires, nos [ancêtres] ont été déracinés de l’Afrique. Les conditions du maître étaient imposées, beaucoup de sang a coulé, nos ancêtres ont souffert.

Sans oublier la fameuse chanson Alimé Difé de Carino qui mentionne si bien la montagne du Morne :  « Si montayn le Morne ti ena la bous, li tia rakont nou kombien disan ki finn koule, kombien esklav finn swiside dan le passe*** »

***Si la montagne du Morne avait une bouche, elle nous raconterait combien de sang a coulé et combien d’esclaves se sont suicidés dans le passé.

Le Morne

La montagne du Morne, haut lieu lié à l'esclavage.
La montagne du Morne Brabant, haut lieu lié à l’esclavage.

Située à l’extrême sud-ouest de l’Ile Maurice, la majestueuse montagne du Morne Brabant est étroitement liée à l’esclavage. L’histoire raconte que les esclaves marrons (donc en fuite) s’étaient réfugiés au sommet de la montagne afin d’échapper aux traitements inhumains infligés par leurs maîtres. Ils vivaient ainsi dans les sommets – une vie dure et dangereuse, mais qui néanmoins avait un léger goût de liberté. Selon la légende, au moment de l’abolition de l’esclavage, des soldats vinrent annoncer la nouvelle aux fuyards. Ces derniers, pensant que les soldats étaient venus pour les emprisonner et les ramener à leurs maîtres, se seraient jetés du haut de la montagne, préférant la mort à l’esclavage… De par sa richesse culturelle, historique et archéologique, la montagne du Morne fut décrétée patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 2008.

Un patrimoine mondial interdit d’accès!

Cependant, le Morne est patrimoine mondial depuis 7 ans, mais il est inaccessible aux… Mauriciens!! En effet, ce sont principalement les touristes et les clients des hôtels de luxe des alentours qui ont accès à la montagne.

Il existe malheureusement un litige au sujet du Morne. Les terrains aux alentours de la montagne avaient été loués à bail à des particuliers, mais ceux-ci refusent de retourner ces terrains à l’Etat. Ils préfèrent maintenir leur accès exclusif à la montagne, tout en le monnayant à travers un cercle fermé de moniteurs de randonnée ou d’hôtels de luxe. Ces derniers capitalisent sur le fait que la montagne soit inscrite à l’Unesco, mais ils se gardent souvent de mentionner la tragique histoire de l’esclavage, mettant plutôt en avant le côté pittoresque du site.  Ceci fait le bonheur des touristes étrangers et autres privilégiés qui peuvent jouir de ce patrimoine.

En tant que Mauricienne lambda, j’y suis allée et je n’ai pas pu accéder à la montagne. Voilà ce que j’ai vu :

Impossible pour moi d'accéder à la montagne, qui est pourtant classé patrimoine mondial de l'Humanité de l'UNSECO.
Impossible pour moi d’accéder à la montagne, qui est pourtant classée patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco

Profit v/s Patriotisme

J’ose espérer que ceux qui ont la mainmise sur l’accès à la montagne privilégieront un jour le patriotisme au profit, et laisseront leurs compatriotes accéder à ce lieu riche de mémoire et d’histoire.

Les chaînes de l’esclavage ont été symboliquement brisées en 1835, mais les chaînes physiques, elles, sont toujours là en 2015!


L’ethnicité ou la complexité de la société mauricienne

Dans le cadre des prochaines législatives à l’Ile Maurice, ce 24 novembre est le Nomination Day. Concrètement, il s’agit du dépôt officiel de candidature de ceux qui brigueront les suffrages le 10 décembre. C’est la première fois depuis 1968 les Mauriciens peuvent déposer leur candidature sans être contraints de déclarer leur appartenance ethnique.

Les vagues d’immigration successives à l’Ile Maurice ont poussé l’administration coloniale britannique à créer et imposer des classifications ethniques artificielles. Ces catégories ont été maintenues après 1968, année de l’accès à l’Indépendance. La Constitution de 1968 reconnaît officiellement quatre « communites » (traduit en « communautés » à l’Ile Maurice) ou ethnies :

1. les Hindous,
2. les Musulmans,
3. les Sino-Mauriciens
4. la Population générale (qui semblerait inclure tous ceux présents sur l’île avant l’arrivée des britanniques).

L’Ile Maurice des années 60 et 70 était fortement marquée par la division culturelle du travail. C’est à dire “l’assignation d’individus à des types d’emplois et de rôles spécifiques sur la base de traits culturels observables » (Poutignat et Streiff-Fenart, 1995). C’est ainsi que chaque “ethnie » s’est quelque peu constituée une sorte de niche, par exemple le commerce pour les Sino-mauriciens ou la presse écrite pour la Population générale. Ces niches étaient toutefois en interdépendance. Cependant, loin d’estomper les frontières ethniques, le contact inter-ethnique les maintient en tant que  » fondations mêmes sur lesquelles sont bâtis des systèmes sociaux plus englobants” (Barth, 1995).

Une 'laboutik sinwa' (boutique chinoise) typique dans les rues de la capitale, Port-Louis.
Une ‘laboutik sinwa’ (boutique chinoise) typique dans les rues de la capitale, Port-Louis. Crédit: Ile Tropicale.

Le casse-tête des ethnonymes

Comme il existe officiellement non pas deux, mais quatre ethnies à l’Ile Maurice, les notions de frontières ethniques sont fortement présentes dans la société mauricienne. Chaque groupe a besoin de co-exister avec les autres, mais aussi de se différencier afin d’exister face aux autres.  L’ethnonyme est le nom donné à une entité ethnique qui constitue une population (Carpooran, 2010 ).  Nous pouvons faire la  distinction entre l’auto-ethnonyme et l’hétéro-ethnonyme :

« (…) on peut distinguer l’auto-ethnonyme, le nom par lequel un groupe s’auto- désigne, de l’hétéro-ethnonyme, terme par lequel un groupe est désigné de l’extérieur. Il y a encore lieu ici de faire la nuance entre l’hétéro-ethnonyme officiel, reconnu ou imposé par l’Etat, et l’hétéro-ethnonyme populaire, utilisé dans le parler courant, mais n’ayant pas de reconnaissance officielle. » (Carpooran, 2010) (Gras de CR).

A l’Ile Maurice, les ethnonymes actuels sont des hétéro-ethnonymes car ils ont été imposés par le pouvoir colonial britannique. Il existe des hétéro-ethnonymes officiels, ceux de la Constitution, et des hétéro-ethnonymes populaires, avec toutes les connotations péjoratives que ces derniers peuvent véhiculer. Toutefois, nous pouvons mettre en avant l’artificialité de ces ethnies et remettre en question les critères sur lesquels elles ont été établies le lieu d’origine ? La religion ?

Le cliché de la publicité mauricienne: représenter plusieiurs 'ethnies' sur un même cliché. Crédit: MNIS Mauritius.
L’exemple type de la publicité mauricienne: représenter plusieiurs visages et plusieurs ‘ethnies’ sur un même cliché. Crédit: MNIS Mauritius.

Lascar, Malbar, Blanc-bec

Il subsiste ainsi beaucoup d’ambiguïtés car, par exemple, les Musulmans (hétéro-ethnonyme populaire : lascar) et les Hindous (hétéro-ethnonymes populaires : malbar, indien) sont originaires d’Inde. Notons par ailleurs que le système indien de caste structure également la catégorie « Hindou » de l’Ile Maurice. L’ethnicité et, par ricochet, les castes influencent aussi le système étatique mauricien.

Par ailleurs, la catégorie « Population générale » est encore plus complexe car elle est constituée d’un continuum qui va du « Blanc » (descendant de colons européens) au « Créole » (descendant d’esclaves africains et malgaches). Un hétéro-ethnonyme populaire du Blanc est blanc-bec. Depuis quelques années, un autre ethnonyme plus politiquement-correct a émergé pour qualifier ce groupe : celui de « Franco-mauricien ». Toutefois, ceci pose problème car les familles « blanches » sont pour la plupart d’origine européenne, mais ne sont pas forcément d’origine française uniquement. Par ailleurs, toute personne phénotypiquement blanche n’est pas forcément considérée comme un « Blanc ».

Chacun porte son histoire sur sa peau

Les choses ne sont pas plus simples à l’autre extrême du continuum car il existe plusieurs catégories de Créoles. Nous avons, d’une part, la catégorie « grands créoles » (hétéro-ethnonymes populaires : mulâtres, métisses, créoles-Racing [1], créoles-déclaré [2]) qui se rapprocheraient du pôle Blanc et qui seraient donc plus ou moins clairs de peau, voire qui seraient de phénotype blanc; et d’autre part, les « petits créoles » (hétéro-ethnonymes populaires : créoles malgaches, nation, créoles mazambiques, gros créoles) qui tendraient vers le pôle « Créole » et qui auraient la peau plus ou moins foncée. De plus, les « Chagossiens » (hétéro-ethnonyme populaire : îlois) qui ont été déportés de leur archipel natal par les Britanniques pendant les années 60 et qui ont été contraints de vivre à l’Ile Maurice dans des conditions difficiles, figurent aussi dans la catégorie Créole.

Pour conclure, signalons que la catégorie « Population générale » est aussi le réceptacle de quelques variantes du métissage, par exemple le « Créole-lascar », mélange de Créole et de Musulman, le « Créoles-chinois », mélange de Créole et de Sino-mauricien ou le « Madrass- baptisé », qui peut-être soit un mélange de Créole et d’Hindou originaire de l’état de Tamil Nadu, soit ce même Hindou de foi hindoue qui se serait par la suite converti au christianisme.

Le melting-pot mauricien est bien plus complexe qu’il n’y parrait!


[1] Créoles-Racing : du nom du « Racing Club », club de loisir et de sport crée pour et par les Mulâtres.

[2] Créoles-déclaré : Si l’on devait compléter cette expression créole, ce serait « Kreol deklar Blan », autrement « le Créole qui se prend pour un Blanc ». Ceci met en avant un système de pigmentocratie (Arno & Orian, 1986; Chan Low, 2008) qui tendrait vers un idéal de blanchitude, souvent lié à la francophonie (Robillard, 1993). « Comme chacun porte son histoire sur sa peau, l’on s’obstine par là à tromper la mémoire et à nier la réalité. On finira par se laisser prendre à sa propre tentative de dissimulation : le Noir ne verra plus qu’il est noir, le métis se prendra pour blanc. Quand au Blanc, il sera incité à se prétendre de souche noble. » (Arno & Orian, 1986 ).

Références:

ARNO, T., & ORIAN, C., (1986) : Ile Maurice : une île multiraciale, Paris, L’Harmattan

BAGGIONI, D, et ROBILLARD (de), D., (1990) : Ile Maurice, une francophonie paradoxale, Coll, « Espaces Francophones », L’Harmattan, Paris.

BARTH, F., (1995) : Les groupes ethniques et leurs frontières, PUF, Paris.

CARPOORAN, A., (2010) : « Ethno-glossonymie et gestion des langues à Maurice », Télescope, vol 16, no.3,

CHAN LOW, J., (2008) : « Une perspective historique du processus de construction identitaire à l’Ile Maurice » IN LIVE, Y-S., et HAMON, J-F., (dir), Interethnicité et interculturalité à l’Ile Maurice, Kabaro no. IV, Université de la Réunion, L’Harmattan.

POUTIGNAT, P., et STREIFF-FENART, J., (1995) : Les théories de l’ethnicité, Paris, PUF.

ROBILLARD (DE) D., (1993) : « L’expansion du français à l’Ile Maurice : dynamisme stratificatoire, inhibitions ethniques » IN BENIAMINO, M., & ROBILLARD (DE) D., (Eds), Le français dans l’espace francophone, Tome I Champion-Slaktine.


Le 17 ou Curepipe ma ville

Comme les législatives arrivent à grands pas (le 10 décembre!), les listes des investitures de divers partis politiques ont été dévoilées.  Tous les partis peuvent présenter un maximum de trois candidats par circonscription. C’est l’occasion pour moi de vous présenter ma circonscription et ma ville : Curepipe !

Curepipe, le temps des élections.
Curepipe, le temps des élections.

Dans le cadre de législatives, l’Ile Maurice est divisée en 20 circonscriptions. Celles-ci ont été établies en 1966 (Mauritius [Electoral Provisions] Regulations 1966), soit deux années avant que l’Ile n’ait accédé à son indépendance. Cependant, il semble exister une sorte d’incohérence   autour des critères sur lesquels ces circonscriptions ont été ‘découpées’ et créées : géographie physique, démographie, frontières naturelles ou artificielles, ethnicité ? Si bien que plusieurs rapports ont été publiés dans le but de proposer un re-découpage à jour et équilibré des circonscriptions. Le dernier en date est le Mauritius Electoral Boundaries Commission Report publié  en 2009. Cependant, les recommandations de ce rapport n’ont pas été adoptées.

Conséquemment, nous nous retrouvons avec 20 circonscriptions datant de 1966 et qui sont pour le moins hétéroclites :

Les 20 circonscriptions de l'Ile Maurice. Crédit photo: Le Mauricien.
Les 20 circonscriptions de l’Ile Maurice. Crédit photo: Le Mauricien.

Je suis originire de la circonscription 17 Curepipe-Midlands et ma ville se nomme Curepipe. Elle se situe au centre de l’ile sur les hauts-plateaux. La ville de Curepipe comprends également plusieurs quartiers et cités (Casernes, Forest-Side, La Brasserie, cités Atlee, Joachim, entre autres). Loin du cliché «Ile Maurice-ensoleillée », Curepipe est réputé pour sa grisaille, sa fraîcheur en hiver et sa pluviosité tout le long de l’année ! Et oui ! Curepipe ressemble souvent à ça :

Curepipe sous les eaux! Crédit photo: Cecilia Hurhungee.
Curepipe sous les eaux! Crédit photo: Cecilia Hurhungee.

Une ville chargée d’histoire

Curepipe est aussi une ville chargée d’histoire. En 1867, alors qu’une épidémie de malaria se propageait à Port-Louis, la capitale, les colons français et leurs descendants choisirent de s’établir à Curepipe. Le pouvoir économique de ce temps étant aux mains de ces derniers, Curepipe devint alors une ville riche et prospère. Elle est ainsi la première ville de l’île à bénéficier de l’électricité, d’où le surnom Ville Lumière. Le quartier général du Central Electricity Board se trouve aujourd’hui encore au centre-ville de Curepipe. Outre l’électricité,   Curepipe a été pionnière dans bien des domaines :  première galerie marchande (Magasins Guillemin, aujourd’hui Arcades Currimjee), premier supermarché (Prisunic), premier lycée français, premier KFC, entre autres.

Pour conclure, je vous invite à découvrir quelques lieux incontournables de ma ville :

La municipalité de Curepipe.
La municipalité de Curepipe.

 

L'église Sainte Thérèse.
L’église Sainte Thérèse.
La bibliothèque Carnégie
La bibliothèque Carnégie


Le 10 décembre

Pourquoi titrer un billet 10 décembre, alors que nous sommes au mois de novembre?

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Non, ce n’est pas que je souhaite anticiper les célébrations de la Journée internatinale des droits de l’homme. Quoi qu’en y réfléchissant, bien, ce serait l’occasion pour moi de célébrer le droit au vote… Et cela tombe bien, car  mon pays ira aux urnes le mercredi 10 décembre.

C’est officiel, l’Ile Maurice vivra au rythme de la politique pendant le mois à venir. En ce beau dimanche 9 novembre 2014, je souhaiterais partager avec vous la une des principaux hebdomadaires de mon pays. Voici donc ce que l’on peut lire aujourd’hui :

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Ces hebdomadaires nous donnent un avant-goût des semaines qui suivront. Actualité politique oblige, ils titrent tous sur la liste des candidats de l’alliance Parti Travailliste-Mouvement Militant Mauricien (PTr-MMM). Cette sacro-sainte liste de 60 noms a été dévoilée hier. Sur 23 ministres sortant, 11 n’ont pas reçu de ticket (comme on le dit dans mon île), soit pas d’investiture.

Et lorsque l’on parcourt les journaux, chacun y va de son analyse: réactions, profils, palabres (racontards ou bruits de coulisse, en créole). Cependant, trois axes reviennent dans la presse lors du décryptage de cette liste de potentiels ministrables: ceux qui n’ont pas reçu d’investiture, les nouveaux venus et le nombre de candidats de sexe feminin. 11 femmes bénéficient d’une investiture de l’alliance PTr-MMM. Celle-ci a d’ailleurs organisé un congrès à l’intention des femmes, ce matin.

Alors que la coalition Ttr-MMM a présenté sa liste de candidats, l’Alliance Lepep, ainsi que tous les autres partis, ont jusqu’au lundi 24 novembre, jour du Nomination Day, pour finaliser et officialiser la leur.

Il règnera une ambiance particulière à l’Ile Maurice lors des prochaines semaines!

J -30.


Ile Maurice : de séga en slogan

Le séga représente la culture de mon pays. Tirant ses origines du temps de l’esclavage, le séga mauricien a longtemps souffert de dévalorisation sociale, tout comme l’était la langue dans laquelle il était chanté : le créole. L’histoire du séga est empreinte de douleur, mais aussi de vie et d’espoir.

Aujourd’hui, le séga s’est affranchi des préjugés socio-coloniaux, s’est modernisé, et a même réussi l’exploit de s’exporter. En effet, les Mauriciens et la diaspora mauricienne de par le monde sont friands de soirées ségas. Chantés en créole, les ségas représentent un puissant vivier linguistique, si bien que des paroles de séga peuvent devenir (ou populariser) une expression dans la vie courante (pik so ourit, ar nou non, bater bis, pour en citer quelques-uns). Caméléon, mais unificateur et fédérateur, le séga est partout à l’Île Maurice : aux fêtes, en publicité, en politique.

Le séga et la politique

L’histoire d’amour entre le séga et la politique a commencé aux débuts des années 70, soit peu après que l’ancienne colonie britannique a accédé à son indépendance. Cette période marque également les débuts du Mouvement militant mauricien (MMM) de Paul Bérenger, et du fameux séga Soldat Lalit Militant interprété par Siven Chinien. Depuis sa sortie au début des années 70, ce séga est devenu le chant emblématique du MMM. Il est, aujourd’hui encore, toujours diffusé lors des rassemblements politiques de ce parti, sans oublier le morceau Krapo Kriyer de Nitish Joganah. La mémoire collective mauricienne associera aussi la chanson Celimène de David Martial à Sir Gaëtan Duval du Parti Mauricien Social Democrate (PMSD). Celimène deviendra à l’occasion C’est li mem. Les ségas à la gloire de l’actuel Premier ministre Navin Ramgoolam, sont également populaires : Navin nu liberater, Cozer Navin, Navin pa kile, entre autres.

Avec les Élections générales qui se tiendront bientôt, le pays est actuellement en campagne électorale. Comme à l’accoutumée, chaque campagne produit son cru de ségas – les partis politiques rivalisant d’ironie, de créativité et d’humour… et oui, il en faut bien!! Et cette année, c’est l’Alliance Lepep (MSM- PMSD- ML) qui a lancé les hostilités avec le séga Viré Mam. Celui-ci est en passe de devenir un slogan de campagne.

La réplique de l’Alliance de l’unité et de la modernité (PTR-MMM) ne s’est pas fait attendre, et elle s’est faite par le biais de l’organe de presse du PTR, Advance :

Plusieurs spin-offs font également leur apparition, à l’instar de cette vidéo publiée aujourd’hui. Celle-ci est toujours dans l’esprit Viré Mam, mais reprend cette fois le séga d’Alain Ramanisum Viré, viré mama :

https://www.youtube.com/watch?v=cxdlmVVz-P4&feature=youtu.be

Nous sommes au tout début de la campagne électorale, et d’autres ségas nous attendent ainsi que de nouvelles surprises musicales.

Souhaitons que ces viré, déviré, révirer, re-dévirer ne mènent pas à la dérive!


L’Ile Maurice se fait belle pour Divali

Aujourd’hui est jour de fête dans mon île ! En effet, ce soir l’Ile Maurice se parera de lumières pour célébrer comme il se doit la fête de Divali.

Divali représente symboliquement la victoire du bien sur le mal, celle de la lumière sur les ténèbres.
Divali représente symboliquement la victoire du bien sur le mal, celle de la lumière sur les ténèbres. Crédit photo: PhotoPin.

J’ai la chance d’être née et de vivre dans une île multiculturelle où se métissent les traditions venues d’Afrique, d’Europe et d’Asie.  Et aujourd’hui sera célébrée l’une des plus importantes fêtes hindoues : le Divali.

Divali, Diwali ou Deepavali est sans doute l’une des fêtes les plus connues et les plus populaires. Elle est célébrée chaque année par la diaspora indienne à travers le monde. Mot d’origine Sanskrit deep signifie lumière et avali signifie rangée, donc littéralement série de lumières.

Aussi connue comme la Fête de la lumière, Divali représente symboliquement la victoire du bien sur le mal, celle de la lumière sur les ténèbres. Cette définition est pour le moins rapide, j’en conviens, et je m’en excuse. Pour ceux et celles qui souhaitent en apprendre davantage sur la signification de Divali, je vous invite à cliquer ici.

A l’Ile Maurice, Divali est jour férié. Les familles se préparent bien avant le moment tant attendu : grand nettoyage de la maison, achat de vêtements neufs, confection de gâteaux traditionnels et autres sucreries. Ici, un des incontournables est sans doute le gâteau patate ! Il s’agit d’une succulente galette de patate douce fourrée de noix de coco.  Ce soir les maisons seront illuminées de guirlandes électriques, mais aussi de diyas (lampes traditionnelles en terre cuite, qui ont malheureusement tendance à être oubliées, modernité oblige!).

Divali à Maurice se célèbre dans la joie, le partage et la douceur. Le partage des sucreries entre familles, amis et voisins reste un des moments forts des célébrations.

A tous mes amis de l’Ile Maurice et d’ailleurs, je vous souhaite Happy Divali !


Ile Maurice: meetings et bataille des foules!

Hier, 12 octobre, n’était pas un dimanche comme les autres à l’Ile Maurice! Hier était jour de meeting!

En effet, cette journée a marqué le lancement de la campagne électorale! Les deux principaux blocs politiques qui s’affronteront lors de la prochaine joute électorale ont rassemblé leurs partisans respectifs afin de se livrer à une bataille des foules… A savoir lequel des deux blocs à rallié le plus  grand nombre de personnes!

Les affiches des deux meetings.
Les affiches des deux meetings.

Le PTR-MMM était à la ville de Quatre-Bornes et l’Alliance Lepep à celle de Vacoas. Et en ce lundi matin, les principaux groupes de presse de l’île s’en donnent à coeur joie. Pour évaluer en nombre l’assistance aux deux meetings, tous les moyens sont bons!

Comparatif de photos aériennes pour l’express:

Crédit photo: L'Express.
Crédit photo: L’Express.

Comparatifs de l’assistance pour le Défi:

Crédit photo: Le Défi Media Group
Crédit photo: Le Défi Media Group

Après près de 24 heures des deux meetings, un petit coup d’oeil sur les pages Facebook s’impose. Les photos y seront certainement différentes de celles des groupes de presse. Voici ce qu’on y voit:

Photos sur le Facebook du PTR-MMM.
Photos sur le Facebook du PTR-MMM.
Photos sur le Facebook de l'Alliance Lepep.
Photos sur le Facebook du MSM, l’un des partis d’Alliance Lepep.

Pour conclure, il semble que le but des meetings d’hier n’était que de tater le pouls, le terrain, l’ambiance, le mood… Bref, qu’une entree en matière!

J’ai hâte que l’on annonce la date des prochaines élections, ainsi que la liste de tous les candidats qui brigueront les suffrages!


Île Maurice: en campagne électorale!

Du nouveau et pas des moindres!

L’Assemblée Nationale mauricienne a officiellement été dissolue aujourd’hui, lundi 6 octobre 2014.

Que cela signifie-t-il ? Et bien, selon la Constitution mauricienne, le Premier ministre dispose d’un délai de 6 mois pour la tenue de nouvelles élections générales.

L’Ile Maurice est donc officiellement en campagne électorale! Deux principaux blocs s’affrontent:  d’un cote une alliance composée du Parti Travailliste (PTR) et du Mouvement Militant Mauricien (MMM) et de l’autre, l’Alliance Lepep, composée du Mouvement Socialiste Mauricien (MSM), du Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) et du Mouvement Liberater (ML).

Pour résumer, c’est donc le PTR-MMM v/s le MMM-PMSD-ML.

Prochaine étape : les grands rassemblements respectifs des deux blocs, ce dimanche 12 octobre 🙂


Bonne gouvernance: l’Ile Maurice en tête de l’Indice Ibrahim.

L’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique ( IIGA ) fournit une évaluation annuelle de la qualité de la gouvernance dans les pays africains . L’Ile Maurice se classe en première place.

Port-Louis, capital de l'Ile Maurice.

Compilé en combinant plus de 100 variables à partir de plus de 30 institutions africaines et mondiales indépendantes, la IIGA évalue la gouvernance en Afrique. Avec un score de 81.7 points sur 100, l’Ile Maurice serait un modèle de bonne gouvernance dans la région africaine. Trois autres pays francophones font partie du Top 10. Ils sont le Cap-Vert (76.6 points), la Tunisie (66 points) et le Senegal (64.3 points).

La Fondation Mo Ibrahim

La Fondation Mo Ibrahim a été crée en 2006 par Mohamed Ibrahim, Anglo-Soundanais et entrepreneur dans le domaine de la télécommunication. L’Indice Ibrahim ambitionne d’évaluer objectivement la gouvernance des États. L’Indice est construit autour de quatre principaux axes : Sécurité et souveraineté du droit, Participation et droits de l’homme, Développement économique durable et Développement humain.


Bienvenue chez moi

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Chez moi c’est petit ! Beaucoup trop petit pour nous, car nous sommes nombreux. Il y a des jours où nous avons chacun notre chambre, d’autres pas. Nous avons tous la même mère, mais il paraît que nous avons chacun des pères différents ! Cela se voit et surtout, cela s’entend. Donc entre nous, bonjour la (non)ressemblance et les différences! Au sein de la fratrie, on se bagarre souvent. Mais qu’importe, nous sommes tous issus de la même matrice !

La fête des pères ? Pas pour moi, je ne connais pas le mien. Je sais juste qu’il a traversé les mers pendant des mois, avant de tomber sur… ma mère ! Non, ce n’était pas le coup de foudre. Non ce n’était pas l’amour au premier regard. C’est plutôt un regard hagard qu’il a posé sur elle. C’était ma mère, c’était mon père ; le résultat c’est donc moi ! Et une ribambelle de frères et sœurs. Ensuite d’autres pères sont arrivés, et il y a eu encore d’autres rencontres et d’autres enfants. Ainsi va la vie ! Cela a duré pendant des années. Et oui, ma mère a beaucoup travaillé ! Vous comprenez donc pourquoi c’est petit chez moi !

Parlons maintenant de mes frères et sœurs ! Etant chacun de pères différents, nous nous ressemblons que très peu ! Couleur noir, blanc, café au lait, caramel, cannelle, marron, crème brûlée, mousse au chocolat… – bref de toutes les couleurs que vous imaginez – nous nous déclinons en une multitude infinie de teintes ! Si bien que l’on demande souvent à ma mère : ‘Ou bann zenfan tou sa la ?’* Ah oui, j’ai oublié de vous dire ! Nos pères respectifs parlaient tellement de langues différentes, qu’on ne se comprenait plus ! Il fallait jongler entre les langues européennes, africaines, malgaches, indiennes, chinoises ! De ce melting-pot linguistique est née une langue créole. La nôtre ! Un savoureux cari-melanz des quatre coins de la planète : mo pou montre zot dans ene prosain biye !** C’est la langue que parle ma mère.

Ma mère, ma mère… que dire d’elle ? Elle en a vu – littéralement – de toutes les couleurs : l’esclavage, la colonisation, les inégalités et la corruption, en passant par les affrontements dits-ethniques. Les enfants sont parfois ingrats envers leurs mères. Comme toutes les femmes, ma mère s’est adaptée et a évolué au fil du temps. Elle est aujourd’hui indépendante. Nous vivons tous chez elle, dans ses 1 865km2!

Chez moi, c’est chez ma mère. Chez moi, c’est l’Ile Maurice !

* Ils sont à vous tous ces enfants?
** Je vous montrerai dans un prochain billet