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Ile Maurice : le Réduit grandeur nature

La Maison Blanche, l’Elysée, le Kremlin… autant de Palais présidentiels qui sont connus de la planète entière ! S’il y en a un qui est peu connu, c’est bien le Château du Réduit, résidence officielle de la Présidente de la République de Maurice. Suivez-moi pour découvrir le Réduit en grandeur nature !

Siège de la présidence de la République mauricienne, le Château du Réduit est aussi appelé la State House. Sachez toutefois qu’à l’origine, le Réduit, n’était pas destiné au pouvoir et au recevoir, bien au contraire ! Il était destiné au refuge et au secret…

C’est en juin 1747, alors que l’Ile Maurice est une colonie française, que le Gouverneur Barthélémy David visite la région de Moka. Il décide alors d’y construire un refuge pour femmes et enfants en cas d’attaque des Britanniques, et choisit un lieu caché et difficile d’accès : entre cascades, forêts et rivières. La construction du Réduit fut achevée en 1748. C’est bien des années plus tard, soit en octobre 1767, que le Gouverneur Dumas réquisitionne le Château du Réduit pour résidence. Dès lors, le Réduit sera la résidence officielle de tous gouverneurs, puis celle de tous les présidents de la République.

Niché au Bout du Monde, le Réduit est aussi connu pour ses splendides jardins et son écrin de nature verdoyante. Quand le premier gouverneur britannique, Robert Farquhar, y prend ses quartiers en 1810, il décide de poursuivre sur la lancée de ses prédécesseurs français et portera une attention particulière au jardin d’acclimatation.

Outre les plantes exotiques, il y aussi une ferme d’animaux, une piscine désaffectée et un court de tennis (que je n’ai pas réussi à retrouver!). Les différents résidents qui se sont succédé au Réduit ont chacun laissé leur emprunte sur ce lieu chargé d’histoire. J’aime m’y promener, quand l’occasion se présente, et je vais jusqu’au Bout du Monde. Là, je contemple la cascade, cette même cascade paisiblement puissante qui façonne inlassablement la terre mauricienne depuis des siècles…

D’autres avant moi l’ont contemplée, d’autres après moi la contempleront. Tous ressentiront cette fierté d’être, le temps d’un instant ou le temps d’une vie, dans la continuité de l’histoire Mauricienne.

Bonne fête Nationale à tous les Mauriciens !


L’Ile Maurice a accueilli le Commonwealth of Learning

La Malaisie, Malte, le Qatar et l’Ile Maurice ! Ces quatre pays ont chacun eu le privilège d’accueillir
les consultations régionales organisées par le Commonwealth of Learning (COL) et l’Unesco. Ces consultations ont pour but d’informer les gouvernements et les dirigeants du secteur de l’éducation sur le potentiel des Ressources éducatives libres (REL).

La consultation régionale pour le continent africain s’est tenue du 2 au 3 mars 2017 à l’Ile Maurice. Une quarantaine de participants de 25 pays ont ainsi réfléchi, discuté et échangé sur les grands enjeux des REL. Parmi ces enjeux, nous retrouvons, entre autres, la réelle gratuité des REL, l’intégration des pratiques liées aux REL et la création de cadres politiques favorables.

Selon une documentation du Commonwealth of Learning,  »les REL offrent la possibilité unique d’améliorer les résultats scolaires, de réduire les coûts et de perfectionner la qualité de l’enseignement en contribuant à un partage efficace ». L’organisation préconise que les caractéristiques innovantes et rentables des REL participeront à l’émergence d’une éducation de qualité accessible, équitable et inclusive.

A l’issue de cette rencontre à l’Ile Maurice, deux autres consultations régionales sont prévues. L’une se tiendra au Brésil en avril 2017 et l’autre, en Nouvelle-Zélande, en mai de cette même année. Ces consultations régionales culmineront au 2ème Congrès Mondial sur les REL, qui se tiendra en septembre 2017 en Slovénie.

La consultation régionale pour le continent africain.
Ile Maurice: la consultation régionale sur les REL pour le continent africain.


Fake news : démêler le faux du faux

Fake news. Fake news ! FAKE NEWS ! Impossible d’échapper à cette expression tant elle a été martelée par le Président Donald Trump. Aujourd’hui, il semble même qu’il y ait un effet de mode fake news. Pour preuve, fake news est actuellement une des expressions les plus utilisées sur les réseaux sociaux.

D’ailleurs, parlons-en des réseaux sociaux où pullulent les fake news. Dans quelle mesure des réseaux dits sociaux, sont-ils (devenus) des réseaux asociaux ? Cette question s’est imposée à moi suite à la conférence donnée, hier mardi 21 février, par l’ancien journaliste et actuel député européen, Jean-Marie Cavada.

Jean-Marie Cavada lors de sa conférence à l'Ile Maurice.
Jean-Marie Cavada lors de sa conférence à l’Ile Maurice.

Selon l’homme politique, les réseaux sociaux sont les premiers médias qui séparent. En effet, là où la radio unissait, Internet trie et cible. Et nous, accros à Facebook, à Twitter, aux Likes, aux Notifications, nous sommes comme des escargots agglutinés et gluants : nous laissons des traces à qui veut bien les exploiter…

En d’autres mots, nous produisons nous-mêmes l’information à laquelle nous serons exposés et que nous consommerons, au plus grand bonheur des pro du marketing et des redoutables algorithmes. Vous le sentez, ça tourne trop rond pour tourner rond, n’est-ce pas ?

Nos vies numériques sont aujourd’hui gouvernées par de puissants et obscures algorithmes. Ces redoutables intelligences artificielles ont le pouvoir de nous maintenir dans une  »bulle cognitive », concept développé par l’américain Eli Pariser. Selon lui, à force d’être entouré d’informations filtrées par des algorithmes en fonction de ses amis et précédents choix numériques, un internaute est plongé malgré lui dans une « bulle cognitive » qui renforce sa perception du monde et ses propres convictions.

Cependant, aussi redoutables soient-ils, les algorithmes ne savent pas distinguer le vrai du faux. Et voilà comment les réseaux sociaux, qui doivent être nourris en permanence, s’agitent, vivent et grandissent, souvent aux moyens de rumeurs et de contre-informations relayées par on ne sait trop qui.

Les politiques l’ont bien compris. Les réseaux sociaux sont aujourd’hui devenus un moyen de faire pression sur les choix des électeurs par le biais de contre-nouvelles.

Les extrémistes, les assoiffés de pouvoir et d’instabilité l’ont plus que bien compris. Beaucoup d’entre eux utilisent les nouveaux médias et les fakes news dans un seul but : celui du désordre du monde. L’émergence d’une fachosphère ou encore Florian Philippot, le vice-président du Front National en France, qui qualifie l’AFP de « fake news » en sont quelques exemples.


Dysorthographie aiguë sévère

Je partage aujourd’hui un extrait du texte de Guillaume Fanio, slammeur mauricien. La dysorthographie est ici drôle, réaliste, mordante. Bonne lecture !

Dysorthographie aiguë sévère

Madame, 
prenez votre argent et laissez ma gosse tranquille,
Laissez-la se la couler douce, 
laissez-la téter son pouce.
Laissez la pénarde dans la mesure où elle ne dérange personne,
N’insulte pas ses supérieurs, 
ni n’agace ses camarades de « classe » inférieure,
Moyenne, 
classe affaire, 
business, tant qu’à faire.

Madame, 
mon enfant (…) a l’âge des bacs à sable, 
des toboggans,
L’âge des premiers Lamoureux.

Ne vous inquiétez pas pour son avenir,
Je me démène au quotidien pour qu’elle devienne une brebis noire et galeuse.
Moi ? 
Commettre les mêmes « erreurs » que la masse à sucettes ?
Omettre la vérité apparente comme ma parente,
Les parents de ma parente,
Les parents des parents de ma parente (…)

Petite parenthèse, 
que mes parents se taisent,
Car j’exclame ma thèse.

Je pense être remonté,
Très remonté jusqu’à la racine primitive de mes ancêtres,
Les esclaves.

Je ne peux m’empêcher de repenser à mes aïeuls…,
Eux aussi étaient jadis sous les coups-bas ;
À la pointe de la technologie de leurs doigts,
De la sueur de leurs fronts, 
 ainsi que la force de leurs corps.

Eux, travaillent hier manuels, 
dans les champs de canne et de thé ;
Ils avaient la radio et la télé. (…)

Te souviens-tu de l’avènement de l’EPZ ;
Zones franches d’exportation ? 
Ouai, l’ancienne version améliorée du carcan !
C’était « swag », 
branché comme travailler à la chaîne. 
Ils étaient pareils que nous.
Sauf qu’ils avaient le baladeur stéréo, 
CD-K7, chaînes de radios,
A la place du Smartphone. (…)

J’ai qu’à fermer mes yeux d’adulte,
Pour revoir ma mère et ses sœurs ; 
mes prédécesseurs.
J’ai qu’à rouvrir mes yeux d’enfant,
Pour me remémorer ma mère et mes tantes ;
Jeunes, aussi belles que maintenant,
Malgré les traits tirés par ces 40 interminables heures de doux labeur;
En prime, les suppléments ères en classe économique ;
Le tristement célèbre Boom Eno-comique.

C’était comme des matchs de foot avec prolongation ;
Ça finissait à tout bout de champ après le temps règlementaire.
12 heures de boulots ; 6 jours par semaine, 
7 si tu souhaites te faire une petite offrande. (…)

Certes, 
ce n’était pas obligatoire, sans aucun doute.
Mais bon nombre étaient contraints de suivre ce train de mort.
Maman, c’est quand qu’on vit, 
C’est qu’en con va à la mer ?
(…)

La maison qu’on louait était tel un dispensaire,
On n’avait que les premiers soins, 
le strict minimum.
Maintenant ; 
Comment fait-on pour le pécule de loyer
De vivre, de manger, de boire, de respirer…
Expirez… laissez-moi spéculer…
Collocation-nous. 
Charmons, fréquentons, fiançons,
Fréquentons-nous encore un peu, 
Plus fort…

Marions nous et s’il n’y a pas assez d’argent,
Ou l’approbation de l’un des deux parents, du voisinage ;
Voire de toute la famille. 
Bien, barrons-nous, concubinons-nous ;
Oui, Marie, marions-nous à la colle.
Aliénation nous afin de joindre les deux bouts de la banane.
La rampe est raide, la pente glissante (…)

Mes chers tontons, 
et tendres tantes que j’aime tant ;
Sachez qu’il n’y a pas de demain, ni de roue imaginaire qui tourne.
Vous n’avez guère fait fortes thunes, 
car vos faillites sont purement fortuites.
Bonne ou mauvaise fortune ??? 
Y a point de suspension de réponse sans question.

Quoi qu’il en soit en « soi »,  vous êtes à coup sûr vivants.
Survivants de ces foutus travaux manuels usants et lassants.
Parait que c’est « la santé », 
je vous souhaite de vivre ivre de joie jusqu’à l’infiniment grand.
Nous voilà, des armées désormais désarmés dans l’ère de l’Outsourcing,  
L’externalisation,
Non je dirais plutôt l’internalisation.

Mauvais yeux de mots…

Je crois que nous sommes finalement en phase d’abomination.
L’exter-nana-mination, 
beaucoup comme nos amis les dodos, 
ou les solitaires si tu préfères.(…)
Dès ores et déjà, 
Faut compter jusqu’à rien ou sur une liste d’amis,
Afin de reconnaître les moments difficiles.
Yeah, 
le mieux-être nous malmène en radeau, 
vers des Eldorados.
Mieux vaut ne pas être car nous nous accostons de la faim des temps ces tant ci.

(…)

Madame, regardez vouer à l’échec,
Regardez nouer à la chute, 
Regards d’émois ces enfants ;
Que vont-ils devenir ? (…)
Je sais que vous êtes prof, pré et très voyante.
Oui, ça vous arrive de flairer l’avenue du succès, 
ou de l’échec de vos domestiques.

Hein, l’avenir, madame la Maîtresse.
Bon, ça, c’est votre dogme, mystique. 

Celui-ci fini Rat mâcon, 
Celui-ci vole rit ce qui leur à part (…)

Celui-ça ; 
Le chouchou là, à l’auréole; Lauréat…
Parce qu’il le veau bien, Meeeeuh. 

Stop, stop, ne balbutiez plus (…).

Je vous fais quand même la remarque…
Oui, je vous fais la remarque ; 
Puisque vous sommes nous aussi dans le même Titanic,
La même salle de classe sale, de crade.

Source: ici.


L’Ile Maurice: deuxième passeport le plus puissant d’Afrique

118. C’est le nombre de pays que les détenteurs d’un passeport mauricien peuvent visiter sans visa. Le passeport mauricien est ainsi le deuxième passeport le plus puissant d’Afrique.

Les Mauriciens ont déjà un des meilleurs aéroports du continent Africain. Voilà qu’ils ont maintenant un des meilleurs passeports. En effet, selon le Passport Index 2017 d’Arton Capital, le passeport mauricien est le deuxième passeport le plus puissant d’Afrique. A l’heure où le décret Trump interdit l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans, les voyageurs Mauriciens sont, quant à eux, exemptés de visa dans 118 pays.

En pôle position du classement africain se trouve un autre pays de l’Océan Indien que j’affectionne particulièrement : les Seychelles. Mes chers Dallons peuvent quant à eux visiter la bagatelle de 126 pays sans visa. Le top 3 du continent africain est complété par le pays de Nelson Mandela. En effet, le passeport sud-africain permet de visiter 90 pays sans visa.

Pour ce qui est du classement mondial, tout comme au football, ce sont les Allemands qui sont les champions ! Si vous êtes Allemand, vous pourrez visiter 158 pays au monde sans avoir recours à un visa. Sont aussi bien lotis, les Suédois, les Singapouriens, les Danois, les Français et toute une ribambelle de pays européens.

Quid de l’autre pôle ? Quels sont les pays qui ont les passeport les moins puissants ? Au niveau mondial, ils sont l’Iraq, le Pakistan et l’Afghanistan. Au niveau du continent noir, vous n’irez malheureusement pas bien loin avec un passeport sud-soudanais, éthiopien ou somalien…

Par ailleurs, avec Donald Trump qui a interdit pendant trois mois l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen), la circulation des peuples et des migrants est un thème qui cristallise toutes les attentions, contestations et consternations.

Ironique, quand on sait que l’Homme est un nomade depuis la nuit des temps!


Ile Maurice : lé rwa bwar en fête

Pour commencer l’année 2017, j’ai choisi de vous parler d’une tradition de l’Ile Maurice : celle de lé rwa bwar (expression créole qui pourrait littéralement être traduite ainsi, le roi boit). Qu’est-ce donc que ce fameux lé rwa bwar ?

Il s’agit tout d’abord d’une date : soit une semaine après le 1er janvier de chaque année. Normalement fêté le 8 janvier, lé rwa bwar marque la clôture des festivités de Noël et du Nouvelle an. Un parallèle peut ici être fait avec la fête chrétienne de l’Epiphanie. Lé rwa bwar en tire probablement ses origines.

Selon la coutume mauricienne, le 8 janvier, les gens se réunissent en famille chez soi ou à la plage. Au programme : baignades, repas, grillades, boissons et ségas. Lors du lé rwa bwar, tous les excès sont permis.

En effet, selon nos aînés, lé rwa bwar est aussi l’occasion de boire de l’alcool sans modération. Et pour cause, la réalité et la routine du quotidien reprennent leur droit, passé le 8 janvier. Nul besoin de préciser que la réalité de nos grands-parents était très différente de celle d’aujourd’hui. A l’époque, la pauvreté était légion à l’Ile Maurice. Mis à part une poignée de privilégiés, la plipar dimunn ti miser (la majorité des gens vivait dans la misère).

Gisèle, 65 ans, nous partage ses souvenirs.  »Longtemps, lé rwa bwar ti enn gran zafer. Ti bizin profité amisé, parski apre bizin travay kuma bef enn banane pou donn enn bouse manze zenfan. Même pour le 31 décembre, les choses étaient différentes. Notre réveillon était simple : il fallait nettoyer la maison, cirer le sol à la cire rouge et mettre des nappes et des rideaux neufs. Minwi lakaz ti bizin fini prop. Lerla nou tir petar ek nou al dormi. »

Qu’en était-il du 1er janvier ? Il s’agissait d’un joyeux va-et-vient résume Gisèle.  »Nous allions à la messe et au cimetière, pour honorer nos défunts. Puis, nous allions souhaiter la bonne année à tous nos voisins et ils venaient aussi chez nous. Zot ti donn nu enn fruit ou enn ti kas. Lerla nou al asté surpriz dan la boutik. Aster dimunn pa fer sa », constate-t-elle.

Pour les repas, les choses étaient également bien différentes et plus simples ! Au menu : des macaronis, puis un curry de poulet.  »Longtemps, makaroni ti enn gran zafer. Rar ti manz sa. Nou ti fer frikase makaroni ek corned beef, ou alors mash pom de ter ek corned beef. Après, ti ena kari poule ek pom de ter ti pwa ek salad kokom. Poule ti manze pou enn grand lokazyon. Ti enn zafer rar. Nou ti bwar la limonade Merven », se remémore-t-elle avec nostalgie.

Que de choses ont changé depuis. Toutefois, certaines traditions demeurent. Lé rwa bwar nous l’illustre bien. En attendant la grande reprise, à l’Ile Maurice ou ailleurs, profitez des bonnes choses, mais avec modération 🙂

Puis, en avant 2017 !


Clic sur la francophonie numérique

L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a rendu public, le 3 novembre dernier, un rapport sur la Francophonie numérique. Préparé par l’Institut du Droit de l’Espace et des Télécommunications (Idest), ce document permet de faire un état des lieux du français en ligne en 2016.

Comment se porte la francophonie numérique ? Bien, mais elle aurait pu aller encore mieux si on en croit les auteurs du Rapport sur la Francophonie numérique 2016. Selon eux, des progrès ont été réalisés dans le développement de l’écosystème numérique au sein de l’espace francophone, mais quelques défis subsistent.

En effet, certaines améliorations peuvent être apportées, surtout en matière d’intégration des pays en voie de développement, de sociétés de l’information, de l’intelligence et des biens communs numériques. Selon le rapport, ces défis peuvent être relevés au moyen des quatre axes stratégiques d’intervention suivants :

1. Accompagner l’innovation pour l’intégration des pays en voie de développement (PED) dans l’économie numérique.
L’entrepreneuriat des jeunes dans le secteur du numérique, ainsi que le développement de l’économie numérique devraient être encouragés dans les PED.

2. Édifier des sociétés de l’information ouvertes, transparentes et démocratiques en francophonie.
La mise en place de e-gouvernements et l’émergence de la participation citoyenne ont un rôle important. Par ailleurs, les politiques nationales pour des données ouvertes sur internet devraient être promues. Il est en de même pour la sécurité, les libertés et la confiance dans l’univers numérique.

3. Développer l’intelligence numérique au service de la diversité et du partage.
Il s’agit de soutenir le partage des ressources et la contribution des acteurs francophones. L’intelligence numérique vise aussi à contribuer à l’émergence d’une gouvernance de l’internet qui favorise la diversité culturelle et linguistique. Cette gouvernance requiert que les états soient accompagnés pour la mise à niveau de la réglementation, de la législation et de la régulation du secteur du numérique.

4. Produire, diffuser et protéger les biens communs numériques
La production et la promotion de contenus francophones sont ici encouragées, tout comme l’est l’émergence de nouveaux modes d’expression numérique. Il s’agit également de contribuer à la défense du domaine public et des biens communs de la connaissance.

Quid de l’Ile Maurice ?

Mon pays, l’Ile Maurice, s’en sort plutôt bien selon le Rapport sur la Francophonie numérique 2016. Le document avance qu’en Afrique Orientale, Maurice est le seul État membre de l’OIF qui affiche un indice IDI supérieur à la moyenne mondiale (un indice de 5,41 pour Maurice, contre une moyenne mondiale de 5,03). L’indice IDI (soit l’ICT Development Index) est une valeur repère composée de 11 indicateurs, qui a pour objectif de suivre et de comparer les progrès accomplis en matière de technologies de l’information et de la communication.

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Le Rapport sur la Francophonie numérique 2016 commente toutefois que Maurice figure parmi les pays francophones à ne pas avoir amélioré son classement sur l’indice de préparation aux réseaux (en anglais : Networked Readiness Index). Cet indice mesure 143 économies selon leur capacité à se tenir prêtes à utiliser et tirer parti des TIC, et suggèrent que l’écart entre les économies les plus performantes et les moins performantes ne cesse de s’élargir. Les seuls États qui n’ont pas amélioré leur classement sont Maurice (45e), le Caucase et l’Ex-République yougoslave de Macédoine.

Par ailleurs, Maurice a la chance de ne pas pâtir de la fracture numérique qui affecte l’Afrique francophone. Cette dernière, dans son ensemble, présente une fracture numérique régionale avec une concentration de l’activité de l’Internet et de l’infrastructure à Maurice, au Maroc, en Égypte et aux Seychelles.

Cependant, la fracture numérique est bel et bien réelle à l’échelle mondiale. Pour en venir à bout, il nous faut désormais «œuvrer (…) à l’émergence d’une société de l’information démocratique, inclusive, ouverte et transparente où les pays francophones, notamment du Sud, maîtrisent pleinement les transformations induites par les TIC et s’insèrent dans l’économie numérique mondiale dans la perspective du développement durable, équitable et solidaire», préface Adama Ouane, Administrateur de l’OIF.

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Télécharger le rapport ici.


Ile Maurice : parol kreol

La Journée internationale de la langue et de la culture créole est célébrée aujourd’hui, 28 octobre. L’occasion pour moi de poser quelques paroles en créole sur mon blog, sans traduction ou note de bas de page, comme je le fais d’habitude.

Premye fwa mo pe ekrir enn biye en kreol net, me mo krwar li ene bon l’okasyon. Zordi mo l’obsektif li pa ekrir enn lartik pou partaz enn l’opinyon ou enn l’ide. Zordi mo l’obsektif li ekrir en kreol.

Monn touzour kontan observ dimunn koze, exprime ek se kifer monn spesializ mwa en sociolinguistik. Si monn touzour adopte li depi enn pwin de vue frankofon, zordi mo pe fer li depi la lang kreol Moris. Kreol dan Moris li souven enn la lang meprize, devalorize. Bann politik pe mem gagne honte ek enkor pe debatt si kreol bizin rekonet kouma ene lan lang ofisyel dan Parlema.

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Me resman, a kote sa, ena dimunn ki pe œuvre pou valoriz kreol. Si avan ene pake dimunn ti pe met dan zar ek la lang kreol, ek avek so bann lokiter, zordi, sitiatyon pe sanze. Kreol dan Moris, li dan enn dinamik promotyon depi plis ki enn vingtenn banane deza. Ena enn diktyoner en kreol,ena bann resers iniversiter ki fer lor kreol ek li enn matyer dan lekol primer par examp. Osi, bann media komens konsyan l’importans kreol dan kominikatyon ek difisyon l’informatyon :

3_mauritius-kreol-ile-maurice-creole-mondoblog-zarMe malgre tou sa la, Moris ena enkor enn retar sirtou vis-à-vis bann vwazin Sesel. La-ba, kreol pleinemen ek ofisyelma rekonett ek li ena mem enn l’Institi Kreol :

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En atendan ki Moris ariv nivo Sesel ou bann lezot zil dan lemonde kot kreol fiermen rekonet, mo kontan ek fyer monn kapav ekrir sa biye la lor mo blog.

A tou dimounn dan zil, ek tou dimounn ki koz kreol : bonn zourne internatyonal lang kreol !

Crédit image à la une: Reshaad Durgahee.


L’hôtel de ville de Curepipe casse sa pipe

Trous béants dans le toit et le plafond, dalle suintante, colonnades rouillées ou en bois pourrissant… L’hôtel de ville de Curepipe se meurt. Datant du XIXe siècle, ce bâtiment colonial jadis imposant et majestueux fait aujourd’hui pâle figure. Pire, il me fait honte.

La déplorable façade de l'hôtel de ville de Curepipe.
La déplorable façade de l’hôtel de ville de Curepipe. Photo : CR

Bâti à son emplacement actuel en février 1902, l’hôtel de ville de Curepipe était à l’origine une somptueuse demeure du district de Moka. Appelée La Malmaison, cette bâtisse fût ensuite démontée et reconstruite à l’identique à Curepipe. L’hôtel de ville témoignait alors de la prospérité de la ville et représentait un des chefs-d’œuvre de l’architecture locale, comme l’illustre cette photo de 1915 :

L'hôtel de ville de 1915. Photo: Vintage Mauritius.
L’hôtel de ville de 1915. Photo: Vintage Mauritius.

Cependant, tout ce prestige a aujourd’hui disparu. Avec des bâches posées maladroitement sur le toit pour contrer les fuites d’eau, le bâtiment est dans un état d’abandon et de décrépitude avancée. Il est aussi devenu un repère pour amateurs de beuveries. Des images qui me font honte en tant que Curepipienne, et surtout qui me font de la peine. Ces photos ont été prises le samedi 15 octobre 2016 :

Bâche et trou béant au plafond. Photo: CR.
Bâche et trou béant au toit. Photo: CR.

Trous béants au plafond. Photo: CR.
Un plafond dans un état déplorable. Photo: CR.

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Bouteilles d’alcool et autres détritus jonchent le sol. Photo: CR

Par ailleurs, je ne suis pas la seule à être attristée par la dégradation de ce bâtiment qui avait autrefois une grande importance dans la vie sociale et culturelle des Curepipiens. Simone, Curepipienne de 62 ans, témoigne. «Cela me fend le cœur de voir l’état dans lequel se trouve l’hôtel de ville aujourd’hui. J’en garde, malgré tout, de très bons souvenirs. Autrefois, mes parents et moi y allions pour des fêtes, telles que le bal de la Fête du printemps, le reposoir de la Fête Dieu, mais surtout pour les mariages. L’intérieur de la salle de fête, avec ces immenses miroirs et luxueux lustres, était magnifique ! Nous en étions fiers car il y avait peu d’infrastructures aussi belles à Curepipe. Aujourd’hui, je suis très triste. Je souhaite que mes petits-enfants découvrent l’hôtel de ville avec sa splendeur d’antan», déclare-t-elle.

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Plaque datant de 1995 commémorant la réouverture de l’hotel de ville après rénovations.

Alvino, sexagénaire de Curepipe, abonde dans le même sens. «L’hôtel de ville est méconnaissable ! Je me souviens des mariages, des bals et des tournois de tennis de table qui y étaient organisés quand j’avais 10 ou 12 ans. Mais là, c’est vraiment dommage. Il est vrai que la maintenance coûte cher et que des réparations avaient été faites, il y a une dizaine d’années, afin de remettre l’hôtel de ville en état. Cependant, sans entretien ça ne sert à rien », conclut-il, désabusé.

Un sentiment que je partage. Certes, il est malheureux de le dire, mais après une histoire très riche et avec ses portes aujourd’hui barricadées, l’hôtel de ville de Curepipe casse sa pipe.


Ile Maurice : le rêve d’une certaine démocratie

En ce 15 septembre 2016, le monde célèbre la journée internationale de la démocratie. Lancée en 2007 par l’Organisation des Nations Unies (ONU), cette journée a pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les valeurs de la démocratie et de promouvoir celles-ci.

Selon l’ONU, ‘La démocratie est une valeur universelle qui suppose que les peuples choisissent leur propre système politique, économique, social et culturel, en exprimant librement leur volonté, et qu’ils aient voix au chapitre en ce qui concerne tous les aspects de leur existence ».

En tant que citoyenne et membre de la société civile, je me devais d’écrire ces quelques lignes. Non pas que je veuille gloser sur ce qu’est ou sur ce que devrait être une démocratie en 2016. Encore moins que je veuille pavaner et archi-présenter mon pays en exemple de démocratie ou en contre exemple de démocratie. Mes collègues journalistes le font déjà très bien, en double, triple ou quadruple lecture. Mon propos sera donc une opinion en toute subjectivité.

Démocratie. La dernière fois que j’ai utilisé ce mot remonte à juin 2016, lors d’échanges avec des amis Britanniques sur le Brexit. J’avais alors été émerveillée par leurs propos et par le sentiment de fierté qui en émanait: «Ce choix marque le retour de la démocratie au Royaume-Uni» ou encore «C’est la démocratie qui s’est exprimée». Je me suis alors demandé s’il m’était déjà arrivé de m’exprimer de la sorte. La réponse: non.

Certains pourront, certes, mettre en avant l’exemple des élections législatives mauriciennes. Mais est-ce bien là le résultat d’un véritable exercice démocratique ? Quand on sait que les primaires sont quasi inexistantes dans le système politico-électoral mauricien et que ce sont les leaders des partis politiques qui choisissent les candidats aux législatives (bien souvent selon leur nom et/ou appartenance ethnique), on peut se permettre quelques questions…

Un petit détour par l’étymologie nous rappelle que le mot démocratie vient du grecque dêmos (« peuple ») et kratos (« pouvoir »). Dans le cas mauricien, le peuple dispose-t-il réellement du pouvoir? Ou se contente-t-il simplement de transvaser, au gré de ses griefs, ce pouvoir aux récipiendaires autoproclamés (souvent peste ou choléra)? La nuance entre ces deux questions est subtile. Peut-être l’est-elle un peu moins aux Mauriciens familiers aux expressions  »pouvwar dan nou la main » et  »pa less pouvwar sap dan nu la main ».

«Ce choix marque le retour de la démocratie à l’Ile Maurice». Cette phrase illustre, à mes yeux, le rêve d’une certaine démocratie. Si je ne l’ai, jusqu’ici jamais prononcée, je souhaite bien le faire un jour. Espérer si fort et rêver quelque fois d’un… référendum ! Ça y est, le gros mot est lâché. Oui, pourquoi ne pas laisser les Mauriciens s’exprimer et décider d’eux mêmes sur des thèmes relatifs à l’avenir de leur pays.

Cependant avant de monter sur mes grands chevaux, une étude analytique de la constitution locale s’impose, et des questions se posent. La société civile mauricienne est-elle, dans son ensemble, suffisamment mature et consciente de son pouvoir pour se lancer dans un exercice de référendum?

Mieux, notre système politico-électoral sclérosé, avec ses symptomatiques et dynastiques papa-piti (comprenez par là père-fils, ou quand le poste de Premier ministre serait une affaire d’héritage familial), bénéficierait-il d’un tel exercice? Oui. Non. Le débat est ouvert.