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Île Maurice : quand le sucre se met à table

Usines, gâteaux doux, vastes champs de cannes. Le sucre fait partie du quotidien et du vécu collectif des Mauriciens. La culture de la canne à sucre et l’industrie sucrière constituent la genèse de l’Île Maurice. Elle a façonné la société mauricienne, avec ses injustices et ses passions. Aujourd’hui encore, le sucre se réinvente et se met A Table, pour mieux séduire. 

Champs de cannes à sucre :-)
Champs de cannes à sucre 🙂

« La canne à sucre, son parcours et son devenir ». Tel était le thème de la récente édition du cycle de conférences A table avec, qui s’est tenue la semaine dernière. Jean-Claude Autrey, Secrétaire général de l’International Society for Sugar Cane Technologists et Devesh Dukhira, Chief Executive Officer du Syndicat des sucres, étaient les conférenciers du jour. Tour à tour, ils sont revenus sur l’histoire de la canne à sucre à l’Ile Maurice, sur les défis auxquels fait face l’industrie sucrière et sur ce qui pourrait être son avenir. 

C’est en 1639 que les Hollandais ont introduit la canne à sucre à l’Ile Maurice, de Java. A partir de 1680, la production de l’arack se diffuse au sein de la colonie. L’arack est une eau-de-vie tirée de la distillation de la canne à sucre. En 1710, ce sont 6000 L d’arack et 1000 kg de sucre qui sont produits. Ces chiffres peuvent sembler dérisoires en comparaison avec l’ampleur que prendra la culture de la canne à sucre sous la colonisation française. 

En effet, sous l’impulsion du Gouverneur Mahé de Labourdonnais, l’étendue des terres mises sous culture de canne à sucre ne cesse de s’accroître. En 1789, il y a dix usines et 1000 arpents de canne à sucre. Ces chiffres passeront à 80 usines et 10 000 arpents au début des années 1800, et d’autres cultures s’ajouteront à celle de la canne à sucre, notamment celles du manioc, du café, du maïs, du blé et du coton. C’est ainsi que l’Isle de France prospéra.   

La prise de l’île en 1810 par les Britanniques ne changera rien à l’essor de la culture de la canne à sucre. Bien au contraire, le taux de production de sucre ira crescendo, avec pas moins de 456 691 tonnes de sucre produites en 1959 ! La période britannique verra aussi la création de plusieurs institutions de recherche agronomique. En voici quelques exemples : la Chambre de l’agriculture créée en 1853, la Station Agronomique en 1890, le Mauritius Sugar Syndicate en 1919, le Mauritius Agricultural College en 1923 et le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) en 1953.

Sucre et centralisation

Depuis l’indépendance du pays en 1968, la production de sucre a atteint des nombres astronomiques, avec un record de 706 839 tonnes produites lors des années 1970. Cependant, ce chiffre est en déclin depuis les années 1990, notamment à cause de la fin de l’accès à certains marchés à des taux préférentiels, mais aussi à cause d’un manque de compétitivité. En effet, de nombreux autres pays comme le Brésil ou l’Inde ont un coût de production nettement inférieur à celui de l’Ile Maurice.  

En conséquence, des régimes de retraite anticipée volontaire (voluntary retirement scheme – VRS) ont été établis pour les employés de l’industrie sucrière et de nombreuses usines ont mis la clé sous le paillasson. Quand à celles qui ont continué à opérer, elles se sont ensuite progressivement regroupées. Avec la centralisation, il ne reste aujourd’hui à l’Ile Maurice plus que trois usines sucrières en opération : Terra, Alteo et Omnicane. 

Cependant, même si certaines usines n’opèrent plus en tant que productrices de sucre, elles n’en demeurent pas moins toujours actives dans le paysage économique local. En effet, pour ne pas disparaître, ces établissements ont du diversifier. Elles se sont donc tournées vers d’autres secteurs : hôtellerie, immobilier de luxe, création de centres commerciaux, de villages universitaires, et récemment, de « smart cities ». Cette diversification a si bien réussi que certaines usines se sont graduellement métamorphosées en puissants conglomérats, opérant dans tous les principaux secteurs économiques du pays. 

Outre les usines, une autre catégorie de producteurs de sucre est aujourd’hui menacée de disparition : il s’agit de ce que l’on appelle à l’Île Maurice les petits planteurs. Ces derniers sont des propriétaires de petites parcelles de terre sur lesquelles ils cultivent de la canne à sucre. Selon les conférenciers, ces planteurs font face à deux défis. D’une part, une main d’œuvre vieillissante, et d’autre part, la culture sur de petites parcelles de terre ne peut être mécanisée. Pour être efficace et rentable, la mécanisation doit se faire sur de vastes étendues. Face à ces défis, les petits planteurs doivent se réunir pour ne pas disparaître.

Demerara, muscovado, low gi

Vieille d’une existence de près de 300 ans, l’industrie sucrière à l’Ile Maurice est désormais appelée industrie cannière. Même si on parle de diversification et de réinvention, le cœur de cette industrie demeure la production de sucre. C’est ainsi que l’industrie, en quête d’un nouveau souffle, mise aujourd’hui sur la production et l’importation de sucres spéciaux. Cette appellation regroupe des sucres peu raffinés, avec une forte teneur de jus de canne et de mélasse, d’où leur couleur foncée. Quelques exemples sont la vergeoise (demerara ou cassonade) et le muscovado. Outre les sucres spéciaux, le Syndicat des sucres surfe aussi sur la tendance santé et bien-être. Il propose des sucres à faible indice glycémique (low GI) destinés aux diabétiques de l’Ile Maurice et d’ailleurs. 

Sucres aux faible taux glycémique ou riche en antioxidants, le sucre mauricien surfe sur la tendance santé bien-être
Sucres au faible taux glycémique ou riche en antioxydants, le sucre mauricien surfe sur la tendance santé bien-être.

Mais avant de s’exporter, ces sucres spéciaux se sont invités à table, pour un menu aux saveurs mauriciennes sucrées salées. Pour moi qui avais fait un plaidoyer pour « mauricianiser » ce qui vient de l’Ile Maurice, on peut dire que j’ai été servie ! De l’entrée au dessert, tous les plats étaient construits autour du sucre. Laquage à la mélasse, braisage au muscovado brun, dessert au muscovado clair, il y en avait pour tous les sucres ! Pour ma part, mention spéciale pour la saumurade de saumon, salade de quinoa et vinaigrette au fangourin. Un véritable délice !

Avant de s’exporter, les sucres spéciaux se sont invités à table, pour un menu aux saveurs mauriciennes sucrées salées.

 

Saumurade de saumon
La saumurade de saumon au fangourin, un vrai régal ! 🙂


Ile Maurice: les Salines au soleil

Ce 17 août 2021, le célèbre poète mauricien Robert Edward Hart aurait fêté ses 130 ans. Si sa demeure de Souillac, La Nef, est très connue, il en est moins pour le jardin Robert Edward Hart, communément appelé le jardin des Salines. En hommage au poète, suivez-moi pour une escapade aux Salines!

« N’y va pas! Il y a des drogués là-bas désormais. C’est dangereux. » Voilà ce que j’ai souvent entendu quand j’ai dit que je me rendais au jardin des Salines. Heureusement que je n’ai pas écouté ces clichés et préjugés, car je serai passée à côté d’un véritable petit paradis verdoyant, au cœur de Port-Louis, la bouillonnante capitale de l’Ile Maurice. Le jardin est beau! De majestueux palmiers royaux dressent une magnifique perspective sur la montagne du Pouce. L’ombre des grands arbres centenaires invite au calme et à la détente.

Perspective de la Montagne du Pouce vue des Salines.

Commençons par un petit voyage dans le temps. Le jardin des Salines tient son nom des anciennes salines qui s’y trouvaient. Nous les devons à Jean Dominique Michel de Caudan, né au Langedoc, en France, en 1700. Saunier de métier, il arriva à l’ancienne Isle de France en mai 1726, et aménagea des salines, les premières de l’île, au sud-ouest de Port-Louis. Jean Dominique Michel de Caudan est entré dans la postérité. Outre le quartier et le jardin des Salines, il a laissé son nom à un pan du front de mer port-louisien, aujourd’hui appelé Le Caudan Waterfront, et au quartier du Caudan.

Le jardin des Salines est un lieu chargé d’histoire. Nous y trouvons bon nombre de stèles et de monuments à la mémoire de personnalités ou d’évènements emblématiques de l’histoire de Maurice. La stèle érigée à la mémoire du Dr Horace Beaugeard, décédé de la variole en 1883, alors qu’il était au service de la quarantaine à l’Ilot Gabriel, m’a beaucoup interpelée. Et oui, à l’époque, les quarantaines se faisaient sur des ilots outremers et non dans des hôtels cinq étoiles comme aujourd’hui, à l’heure du Covid19. Avec le nombre de contaminations au Covid19 qui ne cesse de grimper à l’Ile Maurice, il m’était impossible de ne pas faire le parallèle entre ces deux crises sanitaires…

Stèle en mémoire du Dr Beaugeard.
Monument dédié à Guillaume Dufresne d’Arsel.

Autre monument que j’ai beaucoup aimé : celui qui est dédié à Guillaume Dufresne D’Arsel, Commandant de la marine française qui débarqua à Port-Louis en 1715. Cet événement lancera la première vague de peuplement et de développement de la future Ile Maurice. Avec ses influences françaises, il est étonnant de constater que le jardin des Salines a aussi un petit côté… russe! En effet, l’une des allées du jardin se nomme Allée Yuri Gagarin et bon nombre de visiteurs sont surpris de voir les visages de Lénine et de Pushkin en plein cœur de Port-Louis.

Impossible de passer à côté de cet imposant buste de Lenin.
Statue de Pushkin aux Salines.

Toutefois, ce côté ouvert et rassembleur sied parfaitement à l’ADN du jardin. En effet, le jardin des Salines a longtemps été le lieu favori de rencontre, de socialisation et de détente des Port-louisiens et des Mauriciens de tous bords. Aussi appelé Pleasure Ground, le jardin offrait jadis une belle promenade ornée de canons, longeant la mer, avec une vue imprenable sur la rade.

Vestige de l’ancien Pleasure Ground où les canons donnaient autrefois sur l’océan. Ce qui fut jadis la rade a été comblé pour la construction du Bulk Sugar Terminal.

Nou ti vinn assisé

Jagdev, 67 ans, garde beaucoup de bons souvenirs du jardin. “Nou ti al là-bas, ti bon, un bon coin pour se détendre. A l’époque, il n’y avait pas le Bulk Sugar Terminal ek ti éna enn ti la boutik, enn tavernn pa loin. Nou ti pren enn verre ek gajaks, le bon vieux temps. Pa ti éna oken différence ou préjugés kouma zordi. Bann zenn ti pe dir “Ma, nou pe al ek tonton pou al prend l’air Champ de Mars ek les Salines”. Nou tou ti vinn assisé, nou ti vinn kozé, pren l’air. Li ti extra ”, se remémore t-il, avec nostalgie.

Nou tou ti vinn assisé, nou ti vinn kozé, pren l’air. Li ti extra.

Malheureusement, il se peut que ce havre de paix soit bientôt chose révolue. Avec le projet Les Salines Waterfront, le quartier des Salines sera bientôt appelé à se métamorphoser en une tourbillonnante smart city, avec espaces bureaux, commerciaux, loisirs et résidentiels.

Pour ma part, c’est certain que j’aurais préféré le Pleasure Ground d’antan, avec sa vue sur la rade. Mais j’apprécie aussi ce jardin, tel qu’il est aujourd’hui, et pour tout ce qu’il représente. J’aime ce jardin des Salines, à fleur de sel, à fleur d’histoire.


New York : ma Statue de la Liberté

Happy July 4th! A l’occasion de la fête nationale des Etats-Unis d’Amérique, la France a envoyé un modèle réduit de la Statue de la Liberté à Ellis Island, New York, où elle sera exposée jusqu’au 6 juillet. La statue sera ensuite acheminée vers l’Ambassade de France à Washington, où elle sera dévoilée le 14 juillet. Suivez-moi pour une visite, non pas du modèle réduit, mais bien à l’unique et emblématique Statue de la Liberté!

Statue de la Liberté_Liberty_Oui_New York_Mondoblog

Qui n’a jamais rêvé de visiter la Statue de la Liberté à New York? Et pour cause, classée New York City Landmark et National Monument, elle est l’un des monuments les plus populaires de la planète. Lady Liberty représente aussi l’un des incontournables pour tout New Yorkais et pour chaque visiteur de passage à la Grosse Pomme. Chacun en emporte une petite part en soi, tant l’expérience est magique ! Ma Statue de la Liberté à moi représente la joie, l’aventure, l’excitation, un voyage dans les pas de l’Histoire.

Pour y aller, direction le fameux Financial District au sud de Manhattan, à quelques blocks de Wall Street! En partant de l’Upper East Side, direction les lignes 4 ou 5 Downtown, arrêt à Bowling Green. Avec son long couloir au carrelage rouge et sa magnifique sortie, Bowling Green est l’une de mes stations préférées de Manhattan. Une fois dehors, le verdoyant Battery Park grouillant d’écureuils, s’offre à nous, sur les rives de la rivière Hudson. Avec ce cadre, on prend une véritable bouffée d’air frais, ce qui change des gratte-ciels du Midtown new-yorkais. On ressent comme une envie de pousser plus loin vers le large.

Validé mon ticket. Vue du haut de la Statue direction l’Atlantique, le dos tourné à New York 🙂
La traversée en ferry de Manhattan :-)
La traversée en ferry de Manhattan 🙂

Traversée en ferry

Et au loin que voit-on? La Statue de Liberté! Ehé, mais pas si vite, car avant d’y aller, il y a un petit parcours obligatoire! Une fois le ticket validé, nous passons par la case sécurité, où tous les sacs et effets sont passés au détecteur de métal. Il s’agit exactement du même protocole appliqué avant d’embarquer à bord d’un avion : enlevez les ceintures, sortez les clés, les téléphones portables et tablettes, etc. Les files sont extrêmement longues, avec une foule immense. Cependant, heureusement que les New Yorkais sont bien organisés et font les choses en grand! Du coup, pas de temps d’attente. Dès que les contrôles de sécurité passés, place au ferry!

La traversée en ferry, de Manhattan à Liberty Island, est l’une des étapes que je préfère. Elle nous offre une vue exceptionnelle sur le sud de Manhattan. A bord du ferry, l’excitation et l’enthousiasme de tout un chacun est palpable! Tous parlent des langues différentes, et tous n’ont qu’une envie: visiter la Statue de la Liberté. Pour moi, cette simple traversée entre Manhattan et Liberty Island me donne l’impression de voguer dans l’Histoire. Et que dire lorsque le ferry accoste l’île? C’est compliqué d’expliquer toute l’émotion ressentie lorsque j’y ai débarqué pour la première fois. Incroyable! Voire cette géante en cuivre patiné, cette Liberté éclairant le monde depuis 1886, ce témoin privilégié de l’Histoire. C’est juste indescriptible!

Rencontrer enfin la Statue de la Liberté! Un moment indescriptible!
Rencontrer enfin la Statue de la Liberté! Un moment indescriptible!
Eté comme hiver, la visite à la Statue de la Liberté est toujours unique Vue sur la Statue et sur le sud de New York!

Evènement exceptionnel

Une fois sur place, la visite peut se faire à différents niveaux/accès: la réserve, le piédestal, ou la couronne de la statue. Il faut prévoire une bonne journée pour effectuer toute la visite et profiter pleinement de ce site unique. Un musée, situé à l’intérieur du piédestal explique en détails la genèse de la Statue. Le site lui même, le projet du sculpteur français Auguste Bartholdi, le contexte du Centenaire de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, tout est couvert! Par ailleurs, il faut en avoir dans les jambes pour monter les 162 marches, sans ascenseur, qui séparent le piédestal de la couronne!

Voici la pierre angulaire du socle de la Statue.
Voici la pierre angulaire du socle de la Statue.
Sous la robe de Lady Liberty!! :-)
Sous la robe de Lady Liberty!! 🙂
Vue de l’intérieur de musée qui se trouve dans la Statue elle-même.

Je partagerai ici une annecdote. Ma première visite à la Statue de la Liberté en 2018 avait été perturbée par un évènement exceptionnel. Un individu avec un drapeau noir avait grimpé sur l’extérieur de la couronne, ce qui est interdit, et ne voulait pas en descendre. Un forcené, une attaque terroriste? Le doute et les hélicoptères de la FDNY planaient.

Cependant, chapeau aux rangers, qui ont fait évacuer l’île en quelques minutes. Ils l’ont fait de manière progressive et systématique, et ce dans un calme et une détermination tout new-yorkais. Alors, qu’il n’y avait presque plus de visiteurs et que les accès à la statue avaient déjà été fermés, je me souviens avoir demandé à un ranger si je pouvais récuppérer mes effets. (Ils étaient dans un casier sécurisé. Les sacs à dos et les aliments sont interdits à l’intérieur de la Statue). Le ranger m’a dit oui. J’ai alors courru les prendre, dans une Liberty Island vide et menacée… j’avais l’impression que je vivais une série !! (clin d’oeil à Pap et Cam, qui ont vécu cette petite aventure avec moi!!).

Liberty Island vidée à l’ordre des Rangers.

Pensée émue

L’aventure dans l’Aventure, la grande. En étant face à la Statue de la Liberté, nous marchons dans les pas de ces milliers d’immigrants qui ont traversé l’Atlantique pour tenter l’aventure du Nouveau Monde. Que ce soit en été ou en hiver, impossible de visiter la Statue de la Liberté sans avoir une pensée émue pour les immigrants européens, les esclaves africains de la traite transatlantique, mais aussi et surtout pour tous les peuples amérindiens dont le destin basculait, lentement, mais irrévocablement. Toutes ces personnes, au fil de leur histoire et de leurs parcours, souvent empreints de douleur et de lutte, ont façonné ce magnifique pays, terre de tous les possibles et de toutes les libertés : les Etats Unis d’Amérique.


Citoyens

En ce 12 mars 2021, l’Ile Maurice reconfinée célèbre le 53e anniversaire de son indépendance. Si j’ai souvent écrit sur le pays lui-même, force est de constater que j’évoque rarement la principale richesse et les principaux bâtisseurs de l’île : ses citoyens.

Citoyen_Ile Maurice-Mauritius_Mondoblog
Action citoyenne pour la sauvegarde d’une plage à l’Ile Maurice. « Citoyen », ici écrit en créole : sitwayen !

Citoyen. Voilà un mot que nous entendons de plus en plus depuis l’année 2020. Outre la pandémie du Coronavirus, dont l’Ile Maurice traverse actuellement la deuxième vague, le pays a aussi été marqué par de nombreuses marches nommées “marches citoyennes”. Ces évènements sont d’autant plus à être soulignés, du fait que la nation mauricienne est d’ordinaire très calme et que des manifestations de masse dans les rues est un acte rare et inédit pour l’Ile Maurice récente.

Plateforme citoyenne, marche citoyenne, débat citoyen, mobilisation citoyenne, citoyens engagés, activistes citoyens, militants citoyens… Ces expressions font désormais partie du paysage audiovisuel des Mauriciens. Ces locutions marquent une certaine rupture, car nous avions plutôt l’habitude, jusqu’à récemment, d’entendre des expressions telles que simple citoyen, citoyen lambda, voire encore citoyen ordinaire. Cependant, l’ironie de l’histoire veut que le citoyen, dès l’apparition de ce terme, n’ait rien d’ordinaire. Bien au contraire !

En effet, le mot citoyen vient de la Rome antique et du latin « civitas ». Il servait à dénommer ceux qui avaient droit de cité. Un individu libre, ayant des droits et prenant part à la vie religieuse et politique de la cité romaine, contrairement aux esclaves. La notion de participation des citoyens nous renvoie aussi au terme démocratie, qui nous vient du grec ancien demos (peuple) et kratos (pouvoir). Donc, le pouvoir au peuple, par opposition à l’aristocratie, qui est l’exercice d’un pouvoir réservé à une élite (aristos veut dire « meilleur » et kratos « pouvoir »).

Il est pertinent de souligner qu’outre le mot citoyen, les termes citadin, civique et civisme, entre autres, tirent leur racine du même latin « civitas ». Le civisme consiste en l’apprentissage à vivre avec les autres, semblables ou radicalement différents de soi, et à agir et construire pour le bien commun, dans le respect de tous. En France, l’Education Nationale a mis en place un Parcours citoyen. Il « vise à la construction, par l’élève, d’un jugement moral et civique, à l’acquisition d’un esprit critique et d’une culture de l’engagement dans des projets et actions éducatives à dimension morale et citoyenne’‘. Les élèves font ainsi l’expérience du pouvoir d’agir des citoyens.

Le civisme, c’est aussi respecter un ensemble de règles et d’usages admis par le plus grand nombre : la société. L’écrivain français Bernard Epin nous rappelle que le civisme utopique serait une sorte de jeu de société : tous égaux, tous avec le même nombre de cartes, sur la même ligne de départ. Or, la vraie vie n’est pas un jeu de société. Les choses y sont bien plus complexes.

« Les Hommes naisssent libres et égaux en dignité et en droit« ,  indique la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, document fondateur des Nations Unies. Egaux en dignité et en droit peut-être, mais certainement pas en qualité de vie, en accès aux ressources, etc. Certains en profitent plus que d’autres, engendrant ainsi injustices et discriminations qui portent atteinte à la cohésion sociale. Mais la citoyenneté, c’est aussi trouver des réponses et des solutions. Pandémie, récession, chômage, violences faites aux femmes, corruption, drogue, dérèglement climatique, insécurité, pauvreté, les problèmes sont hélas nombreux.

Toutefois, comme l’explique Epin, « au jeu, les règles sont fixées une fois pour toutes. Or, l’histoire de l’humanité montre comment, tout au long des siècles, le fonctionnement des sociétés n’a cessé de se transformer par l’action d’hommes et de femmes à la recherche de plus de bonheur« . Ces hommes et ces femmes, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous, tel que nous sommes. Chacun contribue à la société de demain, chacun façonne et invente aujourd’hui l’Ile Maurice de 2050.

J'ai fièrement mis le quadricolore mauricien dans mon jardin!
J’ai fièrement mis le quadricolore mauricien dans mon jardin!

Par ailleurs, avec la résurgence du Coronavirus et le reconfinement depuis le 10 mars, il revient à chaque Mauricienne et chaque Mauricien de faire preuve de civisme et de respecter les consignes sanitaires, ainsi que les gestes barrières. Avec plus de 90 cas positifs au Covid, nous sommes tous un maillon essentiel, avec une responsabilité immense dans la lutte contre la pandémie.

En ce 12 mars 2021, Fête Nationale d’une l’Ile Maurice troublée et reconfinée, célébrons donc notre principale richesse : nos citoyens ! Ensemble face à l’urgence!


Voyager en 2021, en vain?

Bonjour 2021 ! Ciao 2020, année, la plus irréelle qui nous ait été donnée depuis des lustres ! Comme de nombreuses personnes, j’avais prévu de voyager en 2020, mais le coronavirus en a décidé autrement.

Il y a deux ans à l’aéroport de Newark dans le New Jersey, en attendant mon prochain vol…


Ainsi, c’est la première fois que je ne prends pas le moindre avion, deux années de suite. La sensation est souvent bizarre : un sentiment d’être « coincée » sur une petite île, «isolée » du monde. Un billet ouvert, mais une année 2020 confinée, où les frontières font barrières. Qu’est-ce qui nous attend en cette année 2021 ? Voyager ou pas ? Prendre le risque et accepter de passer par la case quarantaine ?

Une demie journée à attendre mon avion à l’aéroport de Vienne. Duty free fantôme.

Qui a dit qu’on ne pouvait pas voyager en 2021 ? Embarquement immédiat avec moi, sac sur le dos et passeport en main, pour un tour en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique !

1.Dakar mon amour
Le Sénégal, quelle belle aventure ! Le séjour à Dakar avec toute l’équipe de Mondoblog m’a permis de découvrir une ville magnifique, riche en couleurs et en saveurs. Dakar 2015, cela a aussi été une fabuleuse aventure humaine : la vie en groupe, les repas au bol, les trajets en car, les antimoustiques, etc. Inoubliable !

2.Vous avez dit Vieux Continent ?
Non pas du tout ! L’Europe est un continent dynamique où il fait bon vivre…et étudier !! Cependant, les choses sont nettement différentes actuellement, avec l’enseignement supérieur en souffrance à cause du coronavirus et des étudiants qui décrochent. Pour ma part, je garde de merveilleux souvenirs de mes études à Tours, de mon séjour inoubliable en Vendée, de mes escapades à Paris, à Belfort, Londres, Dublin, entre autres. Place à quelques-unes des aventures européennes ici et ici !!

3.L’océan indien et ses paillettes
De l’Ile Maurice, aux Seychelles en passant par la merveilleuse Ile Rodrigues, l’océan indien regorge de beaux territoires, tous uniques. De la Réunion, je n’ai connu que les sièges de l’aéroport Roland Garros et de Madagascar, uniquement ce que m’en disaient mon pote Pov, et les présents de mon oncle Gérard. J’espère bien visiter ces deux beaux pays un jour. Mo kontan mo bann zil !!

4.You’re in New York !

New-York, mon cœur, mon amour.


Ce petit tour de mes péripéties à l’international serait incomplet sans parler de celle qui restera pour moi sans doute la plus belle : New York ! La Grosse Pomme, c’est l’énergie, la découverte, la vitesse grand V, la musique et la liberté ! J’espère vivement y retourner. Des Nations Unies, à Grand Central, en passant par Ground Zero, découvrez pourquoi j’aime autant New York !

Mesdames et messieurs, bienvenue à destination. Nous sommes en 2021 et le coronavirus est toujours là. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une merveilleuse année. J’espère que vous avez fait bon voyage et je vous dis à bientôt, à bord de Mondoblog !


Haro sur le pervers narcissique !

Vous croyez entrer dans une belle histoire d’amour, mais vous en sortez vidée et avec un doctorat sur la personnalité narcissique ! Malheureusement, cela arrive plus souvent que vous ne le pensez, tant les pervers narcissiques sont habiles et cachent bien leur jeu. Zoom sur un phénomène psychologique destructeur.

Ça commence comme une belle histoire d’amour. Le prince est charmant et charmeur, et la princesse est amoureuse, heureuse comme elle ne l’avait jamais été auparavant. Croiser cet homme, sentir un doux frisson à chaque regard échangé, ressentir une connexion venue d’ailleurs, quelque chose d’inexplicable, d’âme à âme. Un sentiment aussi puissant, ça ne peut qu’être le grand amour ! Honnête et sincère, la belle est prête à tout pour son prince.

Et cela, le dit prince l’a bien compris ! C’est justement ce dont il se nourrit : la persévérance et la patience. Même s’il essaie, avec intelligence et habileté, de se faire passer pour l’homme idéal au début, il laisse parfois échapper quelques phrases révélatrices, comme « You’ll have to earn me ». Si la victime peut croire à une petite blague, elle ne tardera pas (ou dans le pire des cas, tardera !) à réaliser que le pervers narcissique était sérieux, et que sa phrase était à prendre au sens littéral.

En effet, tel un vampire ou une sangsue, le pervers narcissique fera tout pour vider sa partenaire/victime. Il demandera et prendra toujours plus, tout en donnant de moins en moins en retour : ni temps, ni affection, ni respect. C’est ainsi que la personnalité narcissique créée une sensation de manque et de dépendance affective. Il joue avec les sentiments et l’espoir de ses victimes : si tu me donnes, peut-être que je pourrais t’aimer. Et la victime amoureuse est prise au piège, elle donne toujours plus, dans l’espoir d’avoir de l’amour en retour… Elle aime, donne, pardonne, patiente, croyant naïvement qu’un amour inconditionnel peut changer Prince Pervers.

Grosse erreur ! Car le pervers narcissique n’éprouve aucun sentiment, aucune honte et aucun altruisme. Il n’y a que lui qui compte, personne d’autre. Il est là pour SE satisfaire et tirer tout ce qu’il peut de sa proie, avant de l’abandonner, émotionnellement détruite et vide. Faire des projets, même à court terme, avec un pervers narcissique ? N’y pensez même pas !

N’ayant aucun affect, donc incapable d’éprouver sympathie ou souffrance, le pervers narcissique détruit et blesse sans remords. Laisser femme et six enfants en bas-âge pour s’installer aux tropiques ? Aucun problème pour le narcissique ! Mentir, duper et tromper son monde sans arrêt ? Retourner sa veste? Les doigts dans le nez pour le narcissique !

« Je n’ai jamais connu de complicité, ni avec ma première femme, ni avec ma deuxième femme », lâche le narcissique, voulant se faire passer pour une victime. « I wish her dead. Je la déteste. Heureusement que je t’ai. ». Si au début le pervers narcissique prenait soin à se maculer en prince charmant, une fois sa proie prise dans ses filets, il se montre sans filtres et sans aucune compassion.
Et là, les phrases peuvent être d’une violence extrême

« Tu as passé une mauvaise journée ? Garde tes problèmes pour toi, je n’ai pas envie de négativité dans ma vie! »

« Je n’ai que des œufs. Si tu veux manger autre chose, vas te l’acheter. Y’a un supermarché au coin de la rue. »

« Tu m’emmerdes avec ton histoire de passer du temps ensemble. »

« Je croyais que tu allais payer le déjeuner. J’aime les femmes qui payent. »

« Tu es une pourriture, un serpent ! Ma vie sera un enfer avec toi !»

Le pervers narcissique a la prétention de connaître l’avenir, il se croit omniscient et est très imbu de sa personne. Il n’a nullement envie de soutenir ou de valoriser sa victime. Au contraire, il va s’acharner à la dénigrer, à la faire perdre confiance et à douter d’elle-même. Le narcissique va isoler sa victime, aucune rencontre avec les amis ou la famille de cette dernière n’est envisagée pour lui. Il « aime », mais à SES conditions. C’est soit cela, soit rien.
Même au niveau affectif et sexuel, le pervers narcissique souffle le chaud et le froid, ignorant les sentiments et besoins d’autrui. Alors que la victime pense faire l’amour, le pervers narcissique utilise l’acte sexuel comme une arme :

« Je t’aime. J’ai envie de toi. »

« Tu as un problème avec le sexe. Tu es comme toutes les autres femmes. »

«Heureusement que Rolance et toi n’êtes pas les seules femmes à avoir un vagin. »

« Tu as beaucoup d’amour dans ton coeur. Merci pour ta patience avec moi. »

« Je couche avec plusieurs femmes et j’ai bien l’intention de continuer. »

« Je n’aime que Dieu, toi et mes 8 enfants. »

« R1800. R1, c’est moi, le meilleur, le number one. 8 pour mes 8 enfants. 00 pour les deux trous, mes deux femmes »

« Tu as peur que je te transmette une MST? Va faire le test toi-même ! »

« Les femmes, c’est un vagin, c’est juste un bout de viande. »

« I know you care, thank you for having my back. »

« Je veux tout essayer avec toi. »

Et pire, quand il est confronté à ses propres paroles, le pervers narcissique les dément formellement, insinuant que la victime fabule, invente et exagère. Il est maître dans l’art du gaslighting, c’est-à-dire de faire douter quelqu’un de sa propre réalité. Les exemples sont multiples : il donne des rendez-vous et ne vient pas ; aime et déteste sa victime à sa guise ; elle n’a rien fait de mal, mais c’est à elle de s’excuser. Il y a un gouffre immense entre les paroles et les actions d’un narcissique. En une conversation, il dit vouloir faire sa vie avec vous et être fier de vous tromper (!).

Par contre, en termes d’actions concrètes, le pervers narcissique, vindicatif, est toujours dans l’attaque et la punition. Vous avez osé décaler un rendez-vous d’un jour ? Le pervers vous le fera payer au centuple ! Essayez d’avoir un nouveau rendez-vous avec lui et la réponse sera « Tu as décalé notre déjeuner la dernière fois, alors je ne vois pas pourquoi je devrais te donner un nouveau créneau. ». C’est là que le fameux « You have to earn me » devient plus clair.

Il vous faudra TOUT payer : payer de vos sentiments, de votre corps, de votre psychologie, et de votre âme. Payer de tout ce qui n’a pas de prix. Et c’est là que la victime commence aussi à saisir la connexion si mystique du début. De l’amour ? Non, de la toxicité ! Les narcissiques sont attirés par les empathiques, car ces derniers ont quelque chose de précieux qu’eux n’ont pas: un cœur tendre et généreux. Le empathiques ressentent les choses, alors que les narcissiques n’éprouvent rien. Ils sont vides de l’intérieur et ont besoin de se nourrir des sentiments des autres. Un narcissique prend sans limite et un empathique donne sans limite. Connexion toxique assurée !

La phrase fétiche du pervers narcissique : «Je sais que tu m’aimes ». Il fera donc tout pour aspirer et détruire cet amour, avant d’abandonner sa victime, brisée et vidée ; et d’enchaîner avec une autre proie.

D’Albion, à Birmingham, Cannock, en passant par Montpellier ou Floréal, le pervers narcissique sévit partout, se délectant sans cesse des souffrances qu’il cause.

Un seul conseil, si vous le rencontrez, fuyez ! Que cela prenne un mois, un an ou une décénie, courage, fuyez !


Ile Maurice: marée humaine contre la marée noire du Wakashio

Historique. C’est ainsi que l’on peut peut qualifier la journée d’hier, samedi 29 août 2020, à l’Ile Maurice. En effet, cette journée a été marquée par un énorme mouvement citoyen: une dizaine de milliers de Mauriciens s’est mobilisée dans les rues de la capitale, Port-Louis. Cette mobilisation intervient dans le sillage de l’échouage du navire Wakashio dans les eaux mauriciennes, et dans celui de la fuite d’hydrocarbure et le désastre écologique qui en ont découlé.

Mobilisation des Mauriciens dans les rues de Port-Louis, le 29 août 2020. Crédit photo: Jason Chan.
La marche citoyenne en une des principaux dominicaux mauriciens, en ce 30 aôut 2020.


Une marée noire dans les eaux turquoises du Sud-Est de l’Ile Maurice, la plupart des Mauriciens n’ont jamais imaginé ce scénario, même dans leurs pires cauchemars. Et pourtant, ce cauchemar est bel et bien une réalité. Le MV Wakashio, vraquier japonnais battant pavillon panaméen, s’est échoué sur les récifs au large de Blue Bay, le 26 juillet 2020. Et à partir du 11 aôut 2020, de l’huile lourde a commencé à se deverser du navire, souillant les eaux mauriciennes et menaçant l’écosystème marin du Sud-Est, et ainsi toute une chaîne économique fondée sur la pêche, le tourisme et les resources marines.

Marée noire à l’Ile Maurice, causée par une fuite d’hydrocarbure du vraquier MV Wakashio.

Par ailleurs, coïncidence ou pas, près d’une cinquantaine de dauphins d’Electre morts se sont échoués sur les plages du littoral sud-est depuis mardi 26 aôut. Des scènes d’une grande tristesse et détresse, à la fois humaine et animale.


La catastrophe est sans précédent. La réaction des citoyens Mauriciens l’est tout autant. C’est un véritable élan de patriotisme, de solidarité et de débrouillardise qui a porté les Mauriciens depuis le début du mois d’aôut. Comme ce fut le cas, lors des Jeux des Iles de l’Océan Indien 2019, le peuple mauricien s’est levé et a agit comme un seul homme. L’échouage du Wakashio a ainsi permis au mauricianisme de se manifester et de réagir. A la lumière de ces évènements, voici quelques-uns des éléments, qui, à mes yeux, prennent une toute autre dimension et font partie du mauricianisme:

  1. Canne à sucre ? Présente !
    La canne à sucre fait partie de l’ADN historique de l’Ile Maurice. La culture de cette plante a longtemps rhytmé la vie socio-économique du pays, et même aujourd’hui les Mauriciens aiment les champs de cannes verdoyants, le parfum de la mélasse, etc. Avec la crise du Wakashio, la canne à sucre a pris une toute autre dimension. En effet, nous avons utilisé des résidus de canne séchés, afin de confectionner des bouées artisanales pour absorber l’hydrocarbure. Face à l’urgence, les Mauriciens de tout âge et de toute région se sont mobilisés jour et nuit pour fabriquer ces bouées, aussi appelées boudins.
Je me suis aussi attelée à la fabrication de bouées de bagasse.

Marcher en plein milieu des champs de cannes, et nous voir mes compatriotes et moi même se battre pour protéger notre Ile, et ce à la sueur de notre front et dans une course contre la montre, ne m’a pas laissé insensible. Malgré la course effrenée, le temps était comme suspendu.

2. Kaya : l’homme qui transcende
Qu’on le veuille ou non, Kaya fait partie de l’Histoire de l’Ile Maurice, de l’Histoire avec un grand H. Il n’a eu cesse d’écrire et de chanter le Mauricianisme dans toute sa complexité; de chanter l’amour de son pays et de son peuple. Impossible donc de rester de marbre quand les Mauriciens ont entonné Ras Kouyon lors de la mobilisation d’hier à Port-Louis.

Kaya n’est plus, mais Kaya transcende. Il est des combats d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Kaya était en avance sur son temps, prônant un Mauricianisme au-dessus et au-delà des barrières. L’héritage qu’il nous a légué est immense et cela s’est ressenti lors de la marche d’hier.

3. Le Mauricianisme au-delà des frontières
Il est très rare de voir autant de Mauriciens descendre dans les rues pour contester. De mémoire, c’est bien la première fois qu’un tel évènement se produit. Force est de contaster que cet élan patriotique a dépassé les frontières locales. En effet, qu’elle soit en Australie, au Canada, en France ou en Suisse, la diaspora mauricienne s’est mobilisée en signe de soutien aux Mauriciens au pays. Le quadricolore mauricien a flotté en Europe et ailleurs, preuve d’une solidarité au-delà des frontières. Outre le drapeau, une bouée traditionnelle s’est même trouvée devant le siège genevois de l’ONU, comme un petit clin d’oeil aux bouées de bagasse.

Alors que l’Ile Maurice, essaie de reprendre le rhytme post-déconfinement, voilà un autre coup dur. Selon les spécialistes, nous subirons les conséquences de la marée noire du Wakashio et la catastrophe écolologique en cours sur les dix prochaines années. Face à la marée noire, c’est une véritable marée humaine, rouge-bleu-jaune-vert qui s’est mobilisée. C’est souvent lors de telles situations de crise qu’émergent des êtres charismatiques, des citoyens qui fédèrent, des individus qui n’ont pas peur, qui osent et qui agissent. Chapeau!


Black Lives Matter : quand la musique explique le passé

Comme si le Covid-19 ne suffisait pas, le mois de juin et le mouvement Black Lives Matter ont jeté une lumière crue sur un autre virus qui ronge l’humanité : celui du racisme.

La mort de George Floyd, assassiné sous le genou d’un policier blanc, a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà déversant, et fait déferler la vague Black Lives Matter. En effet, la liste des noirs, des afro-américains tués par des policiers blancs ou par leurs concitoyens blancs est déjà très longue.

Expliquer le passé

Le mouvement a aussi permis de décomplexer un autre regard sur l’histoire des Etats-Unis. De nombreuses statues, en lien avec le passé esclavagiste du pays, ont été déboulonées. Pour ma part, je suis d’avis que les statues font partie de l’Histoire, et à ce titre, il ne faut pas détruire, mais plutôt éduquer et instruire, expliquer le passé.

Force est de constater que la musique peut aussi servir à des fins pédagogiques et historiques. C’est donc tout naturellement que je me suis intéressée à l’effet de Black Lives Matter sur le monde de la musique. Conséquemment, j’ai eu envie de mettre en lumière quelques aspects de l’histoire esclavagiste étasunienne à travers un double prisme, celui de Black Lives Matter et de la musique. Et pour m’aider, deux groupes de country : The (Dixie) Chicks et Lady A(ntebellum).

  1. The (Dixie) Chicks

Composé de trois femmes, The Dixie Chicks est un groupe du Texas très populaire, fondé en 1989. Je les ai beaucoup écoutées au début de mon adolescence et j’avais même choisi Goodbye Earl comme chanson coup de coeur. Figurez-vous qu’après 31ans d’existance, le trio a décidé de changer de nom en 2020, suite à la vague Black Lives Matter. Aurevoir The Dixie Chicks, bonjour The Chicks!

Le mot Dixie est donc supprimé. Et pour cause, “dixie” fait référence a la ligne Mason-Dixon qui était la ligne de démarcation entre les états abolitionnistes du Nord et les états esclavagistes du Sud. Et depuis, le mot “dixie” a toujours une connotation négative, en lien avec le Confederacy et les esclavagistes. Il s’agit du racist South, comme le disait mon prof d’Histoire américaine à la fac.

La Ligne Mason-Dixon. Souce: National Atlas of the United States.

2. Lady A(ntebellum)

Je pense que vous connaissez presque tous la belle chanson “Need you now” de Lady A(ntebellum). Par contre, qui d’entre vous savait que le nom “Antebellum” était en lien avec le Confederacy ? En effet, ce terme provient du latin ante bellum, qui veut dire avant la guerre, soit avant la Guerre de Sécession. En conséquence, le groupe Lady A(ntebellum) a changé de nom, et s’appelle aujourd’hui Lady A.

L’esclavage faisait donc partie prenante de l’Antebellum South. Il en a découlé une version romancée de l’esclavage, bien loin des réalités des plantations du Sud.

Plantation de Louisianne. Source: Flickr

Cette image me rappelle celle d’une ancienne plantation mauricienne, aujourd’hui devenue musée, racontant une version romancée de la vie d’antan. Juste avant que la maison ne devienne musée, il y avait eu cette phrase à la seule noire présente: “N’oublies pas de dire bonjour”.

Rappeler à la jeune fille noire qu’elle doit saluer les Blancs, comme si qu’elle ne connaissait pas le b.a.ba de la politesse. Elle l’a vécu comme le reliquat d’une époque où les Noirs étaient considérés comme des sauvages.

De l’Ile Maurice à Minneapolis, le racisme teinte l’Histoire et il est partout présent. Battons-nous : Black Lives Matter !


Covid-19 : le confinement en 4 points

Confinement. En ce 20 avril 2020, cela fait un mois que ce mot fait partie du quotidien des Mauriciens, et de près de trois-quarts de la population mondiale. Le coronavirus est sorti de nulle part, et tel un tsunami, il a tout bouleversé dans son sillage, contaminant et tuant sans distinction, et surtout il nous a contraint à vivre confinés. 

Le confinement est une grande première pour la plupart d’entre nous. Toutes nos habitudes ont été bouleversées, il a fallu s’adapter et s’organiser. Nouveautés et imprévus, voici un survol du confinement en 4 points. 

1. Maux et mots du Covid-19. 

Personne ne me contredira, le Covid-19 a apporté son lot de maux, de décès et de souffrances. De l’Île Maurice, en passant par New York ou encore l’Italie, aucun lieu n’a été épargné. Outre les maux, il y a également les mots du Covid19 ! En effet, c’est un véritable lexique du coronavirus qui a émergé, avec de nouveaux termes qui font désormais partie de notre vocabulaire quotidien. Parmi eux : quarantaine, confinement, déconfinement, pandémie, crise sanitaire, télétravail, distanciation sociale, gestes barrière, isolation, chloroquine, respirateur, continuité pédagogique, test PCR. Malheureusement, il semble que nous utiliserons ces mots pour quelques temps encore, car le coronavirus n’est pas prêt de nous laisser. 

Merci à Camille, 8 ans, pour ce beau dessin!
Le maître-mot de ce confinement est « Restez à la maison! ». Merci à Camille, 8 ans, pour ce magnifique dessin!

2. Confinement et alimentation 

Le confinement dû au Covid-19 a changé notre rapport face à l’alimentation et à la nourriture. Il y a ceux qui ont cédé au achats paniqués du pré-confinement, et qui ont fait des stocks superflus de nourriture. Il y a ceux qui, pendant le confinement, tentent de faire leurs courses aussi normalement que possible. Sur l’Ile Maurice, tous les supermarchés et épiceries avaient été fermés au public avant une réouverture sous conditions très strictes. En effet, les provisions se font par ordre alphabétique pour limiter les contacts et les risques de contamination, et nous avons uniquement 30 minutes pour effectuer nos courses. 

Après une fermeture complète des supermarchés pendant plusieurs jours, les consommateurs ont été authorisés à faire leurs courses, par ordre alphabétique.
Après une fermeture complète des supermarchés pendant plusieurs jours, les consommateurs ont été authorisés à faire leurs courses, par ordre alphabétique.
Respect de la distanciation sociale par les consommateurs, pendant le confinement.
Respect de la distanciation sociale par les consommateurs.

Un autre moyen de se ravitailler tout en limitant le contact est la commande sur internet pour livraison à domicile. En effet, le confinement aura permis, d’une part, à de nombreux Mauriciens confinés de se faire livrer à la maison pour la première fois, et d’autre part la prolifération de sites de livraison de nourriture. Cependant, il est malheureux de constater que certains commerçants ont profité de la situation pour proposer des paniers hors de prix, et ainsi plumer les consommateurs immobilises, donc n’ayant pas vraiment de choix. 

Quoique, les chanceux qui ont un jardin l’ont bel et bien ce choix ! C’est ainsi que le confinement a poussé bon nombre d’entre nous à faire… pousser fruits et légumes ! Puis il y a ceux qui se sont mis à la pâtisserie et la boulangerie. Pains, gâteaux, pizzas, brioche, tarte, choux, tout y passe et Instagram n’en perd ni une miette ni un gramme ! 

3. Technologie : à la mode de chez soi 

Eh oui, qu’aurait été le confinement sans internet et sans les réseaux sociaux? Il faut bien l’avouer la technologie aide grandement à rendre le confinement plus supportable : nous sommes séparés, mais ensemble ! Le contact est maintenu, le lien entretenu. En quelques clics, nous pouvons presque tout faire de chez nous : les devoirs des enfants, les réunions de travail avec les collègues, ou encore l’apéro avec la famille et les amis. La distance géographique n’existe plus. Merci à WhatsApp, Skype, Zoom, Microsoft Teams et j’en passe ! 

Autre particularité de ce confinement : nous n’avons jamais été chez autant de gens, qui vivent aussi loin, en un temps aussi court. En effet, on ne compte plus les émissions télé, les reportages et les interviews de chez soi. C’est un peu l’ère d’une mode à la maison décomplexée. Allez, on ne va pas se mentir ! Dans les premiers jours du confinement, on s’est tous baladés dans les moindres coins et recoins de chez nous, avec notre ordinateur ou notre portable, à la recherche de la meilleure lumière, du meilleur fond et du meilleur lieu pour se poser en vue de faire le prochain Zoom. Et puis peu à peu, cette contrainte s’est estompée et on s’est habitué à une forme de “en direct à la maison” qui se veut plus décomplexée. Direct de la chambre à coucher, du salon ou encore de la cuisine, on en aura vu bien des intérieurs !  

4. Nouveaux rapports au temps 

 Le confinement se veut aussi en temps débarrassé de certains diktats et cadences imposés par la société. Coupé de cette société, ainsi libéré du regard des autres, l’individu confiné chez lui est souvent décomplexé. Pyjamas, barbes et cheveux en friche, zéro maquillage, c’est un retour au naturel. Cette “rupture” de la société engendre aussi un nouveau rapport au temps. En effet, calendrier, jours, heures, en retard ou en avance, c’est la société qui donne la cadence à notre temps. Mais en temps de confinement tous ces rythmes s’effondrent. On se retrouve soudainement à avoir le temps, si bien qu’on en devient amnésique du nom des jours qui passent. Ceci étant dit, ça fait tellement de bien d’arrêter de courir après le temps. Ce confinement nous a appris à prendre le temps. 

Le confinement et le ralentissement de l’activité humaine a été une bouffée d’oxygène pour notre planète.
Le confinement et le ralentissement de l’activité humaine a été une bouffée d’oxygène pour notre planète.

En effet, nous avons maintenant le temps – le temps de ralentir, d’observer et de contempler. Et quoi de plus relaxant que d’observer la nature qui nous entoure ? Il est indéniable que le confinement et le ralentissement de l’activité humaine a été une véritable bouffée d’oxygène pour notre planète. C’est une pause plus que salutaire. De plus, les experts s’accordent à dire qu’un retour à une vie pré-confinement est quasi impossible et que l’être humain devra changer ses habitudes de vie et de consommation. Faisons donc de cette crise sanitaire une opportunité à saisir, une sorte de bouton “Réinitialisation » envoyé par la providence, pour sauver notre planète, et nous avec. Réinitialisons !   


Francophonie: en ce 20 mars 2020…

J’aurais voulu vous écrire un super billet sur la francophonie!

 J’imaginais déjà l’angle: les 50 ans de la Francophonie; l’honneur que j’ai eu d’oeuvrer pour cette francophonie aux Nations Unies à New York, la fierté que j’éprouve pour la francophonie mauricienne; et mon amour pour cette magnifique chance qu’est la langue française.

J’aurais voulu… Je l’ai fait plusieurs fois d’ailleurs, d’année en année: ici ou encore  

Et voilà que nous sommes arrivés au 20 mars 2020! Les 50ans de la Francophonie, ça se fête quand même! Sauf que cette date marque fatidiquement le début du confinement de l’Ile Maurice à cause du coronavirus. Et oui, avec 7 cas recensés à l’heure où je vous écris, le territoire mauricien est sévèrement touché par la pandémie et la population locale vit, depuis ce matin, son premier confinement. 

Ce vile virus nous force ainsi à tous rester chez soi. Confinés. Et les Mauriciens ne sont pas les seuls dans ce bateau de la crise sanitaire. Nous y sommes tous, ensemble! Que nous soyons en Afrique, en Asie, en passant par les Amériques ou l’Europe, nous sommes tous contraints à nous barricader, à nous calfeutrer, et à garder nos distances.

C’est dans ce contexte d’urgence sanitaire que j’écris ces quelques lignes de l’Ile Maurice, où je suis confinée. Et vous, qui êtes fort probablement aussi confinés, d’où me lisez-vous? J’entends déjà les réponses de mes comparses blogueurs et de la grande famille Mondoblog.

« Notre Francophonie n’est ni une tour ni une cathédrale. Elle s’enfonce dans la chair ardente de notre temps et ses exigences. », declarait Léopold Sédar Senghor en 1986. L’exigence de notre temps, en ce 20 mars 2020, se nomme hygiène, distance et confinement.

La distance n’est rien. Le confinement n’est rien. C’est ça la magie d’être francophone! Nous sommes éloignés, divers et variés, mais unis par une langue et une communauté de valeurs qui transcendent les barrières et frontières. C’est aussi ça la force de la francophonie! C’est la fierté d’appartenir à un ensemble solidaire et hétéroclyte, défendant la diversité linguistique et culturelle.

J’ai attrapé le virus francophone depuis longtemps déjà. Et en ce 20 mars 2020, où le monde entier lutte contre le coronavirus, je souhaite que nous nous battons! Battons-nous contre les virus de l’unilatéralisme et de l’uniformité culturo-linguistique qui menacent notre société.

Le cornonavirus nous a poussé à une sorte de démondialisation forcée. Est-ce le temps de redécouvrir nos pays respectifs, nos langues et nos identités multiples? Est-ce aussi le temps pour nous, confinés que nous sommes, de ré-apprendre à prendre le temps?

Pour ma part, je prends ce temps de confinement pour vous souhaiter une excellente Journée internationale de la Francophonie! Et pandémie oblige, #RestezChezVous ! 🙂