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Athènes je t’aime

Datant de l’Antiquité, la Grèce est l’une des plus anciennes civilisations au monde. Avec des vestiges qui ont traversé les siècles, Athènes figure parmi les premières capitales touristiques européennes. Suivez-moi à la découverte de la capitale grecque !

Magnifique rue au coeur d'Athènes à Plaka.
Magnifique rue à Plaka au coeur d’Athènes. CR.

Qui n’a jamais rêvé de visiter Athènes ? La pittoresque capitale grecque attire des milliers de visiteurs chaque année. Découvrir Athènes, est pour moi comme vivre un rêve éveillé. Voici, en 6 points, ce que j’en retiens !

1. Excellent réseau de transport

Que ce soit en bus, en métro ou en tramway, Athènes dispose d’un excellent réseau de transport en commun ! L’aéroport Eleftherios Venizelos d’Athènes (du nom du Premier ministre grec de 1910 à 1915) est très bien desservi. La ligne 3 du métro vous emmène rapidement de l’aéroport au centre ville de la capitale. Le métro athénien est très beau, propre et moderne… avec des escalators qui montent et descendent à quasiment toutes les stations! C’est peut-être un détail, mais pour moi ça veut dire beaucoup, surtout en comparaison au métro parisien où il y a souvent ni escalator, ni ascenseur. Par ailleurs, même s’il y en a, ils sont en panne une fois sur deux !

Autre point positif du transport athénien: le coût. Le prix des tickets de bus ou de métro est très abordable, et nettement plus bas que ceux d’autres capitales européennes. Tous les principaux sites sont facilement accessibles en transport en commun.

Le métro athénien est très beau, propre et moderne. CR
Le métro athénien est très beau, propre et moderne! CR

2. L’Acropole

L’un des sites les plus visités de la planète se trouve à Athènes. Il s’agit de l’Acropole ! Du haut de ses 156 mètres, l’Acropole surplombe la capitale grecque depuis près de 4 000 ans. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Acropole ce n’est pas uniquement l’ensemble de colonnades impressionnantes que l’on retrouve à l’entrée. Outre l’Acropole lui-même, le Parthénon, le Temple de Dionysos et le Temple d’Athéna Nike sont d’autres merveilles qui sont aussi sur le site.

L’Acropole surplombe Athènes depuis près de 4,000 ans! CR
L’Acropole surplombe Athènes depuis près de 4 000 ans ! CR

Visiter l’Acropole était une aventure passionnante ! Il y a eu d’abord toute l’excitation et l’impatience de découvrir ce site exceptionnel. Puis, une fois sur place, l’émerveillement fut total ! Les immenses colonnades de marbre, le Parthénon, les statues et surtout la vue imprenable sur Athènes… tout contribue à faire de ce site un lieu magique, d’une richesse historique exceptionnelle, sur lequel le temps n’a point d’emprise. Et c’est justement ce lien avec ces impressionnants vestiges qui nous sont parvenues de l’Antiquité qui m’a profondément émue !

3. Le tout premier stade olympique

Outre l’Acropole, le tout premier stade olympique est un autre vestige qui nous vient tout droit de l’Antiquité. Il s’agit précisément du Stade panathénaïque, autrement dit du Stade de tous les Athéniens. Cette infrastructure fut construite entre 330 et 329 avant Jésus-Christ. Les Grecs l’ont utilisé pour la première fois lors des grandes Panathénées (festivités et concours sportifs tenus tous les quatre ans pour les habitants de la cité). C’était donc en quelque sorte l’ancêtre des Jeux Olympiques !

Les fameux gradins du Stade panathénaïque! CR
Les fameux gradins du Stade panathénaïque! CR

Impossible de rester de marbre devant le Stade panathénaïque qui est fait de 29.40m3 de… marbre ! Le stade a une capacité de 60 000 spectateurs. La piste toute en longueur, et les imposants gradins nous laissent imaginer ce que furent les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne qui y furent organisés en 1896.

4. Monastiraki, Plaka & Syntagma

Vous l’aurez deviné, Athènes est une ville très touristique et photogénique ! Elle regorge de marbre, de vestiges millénaires et de quartiers pittoresques. En effet, on y retrouve des magnifiques bâtiments, avec de belles façades, des petites ruelles aussi sinueuses que fleuries et au charme unique, et surtout une multitude de…chats!

Parmi les quartiers athéniens qui sont les plus visités par les touristes figurent ceux de Syntagma, Plaka et Monastiraki. Avec son square, ses buildings et ses taxis jaunes, Syntagma m’a beaucoup rappelée Union Square ou encore Bryant Park à New York. Plaka et Monastiraki ont, pour leur part, un charme authentiquement grec. De plus, c’est l’endroit où aller si vous souhaitez acheter quelques petits cadeaux pour vos proches.

Bienvenue à Monastiraki! CR
Bienvenue à Monastiraki ! CR

5. Les souvenirs d’Athènes

Parmi mes principaux souvenirs d’Athènes figurent les ânes, l’œil grec et les objets de forme… phallique ! Selon la tradition antique, l’œil grec est un porte-bonheur qui nous protège contre le mauvais œil. On le retrouve partout, en bijoux, en magnet, sur les sacs, les vêtements etc. Les ânes, pour leur part étaient traditionnellement utilisés en Grèce pour le transport des hommes, des charges et des marchandises. Le pays est particulièrement montagneux, avec des pentes escarpées.

Les ânes, un des symboles d'Athènes et de la Grèce. CR
Les ânes, un des symboles d’Athènes et de la Grèce. CR

Cependant, le plus original des souvenirs demeure pour moi les décapsulateurs et porte-clés de forme phallique ! On retrouve partout à foison !! Après m’être renseignée, j’ai découvert que ces fameux objets colorées rendent hommage à Dyonysos, dieu grec de la fertilité !

Décapsulateurs de forme phallique, avec l'oeil grec! CR
Décapsulateurs de forme phallique, avec l’oeil grec! CR

6. La cathédrale de l’Annonciation

La Cathédrale de l’Annonciation à Athènes. CR
La Cathédrale de l’Annonciation à Athènes. CR

La cathédrale orthodoxe d’Athènes se trouve non loin de Monastiraki. Elle porte le nom de Cathédrale de l’Annonciation. L’intérieur de la cathédrale est vraiment magnifique. En effet, les icônes, les nombreuses dorures, les grands chandeliers et les boiseries créent une atmosphère sereine, propice au recueillement. D’une part la ferveur et la piété avec lesquelles les croyants de tout âge allument leurs cierges m’ont impressionnée. D’autre part, la présence de très nombreux encensoirs qui ornent le plafond de la cathédrale m’a beaucoup intriguée. Je n’ai hélas pas réussi à trouver la signification de leur présence en si grand nombre.

Et c’est d’ailleurs une très bonne raison pour retourner à Athènes ! 😊

 


Georges, Dumas et moi

Alexandre Dumas père est né le 28 juillet 1802. Bien qu’il ne soit jamais venu à l’Ile Maurice, Dumas a consacré un de ces romans à un personnage mauricien. Il s’agit de Georges.

Georges, personnage mauricien d'Alexandre Dumas.
Georges, personnage mauricien d’Alexandre Dumas. Photo: CR.

Georges ou Anthony ? Lequel de ces deux romans du grand Alexandre Dumas lire en premier ? La confusion était totale, d’autant plus que je les confondais souvent. Les deux œuvres ont des liens, proches ou lointains, avec l’histoire de l’Ile Maurice. Mais il a fallu choisir, et en ce jour anniversaire de Dumas, c’est Georges qui l’a emporté !

Pourquoi ? Tout simplement parce que Georges, publié en 1843, se déroule à l’Ile Maurice. J’ai souhaité voyager 180 ans en arrière et découvrir mon île telle que l’aurait vue Dumas. Sauf que ce dernier n’est jamais venu à Maurice. Il était d’usage à l’époque pour les grands auteurs d’avoir recours aux services d’écrivains moins connus, que l’on appelait des nègres. Pour de nombreuses personnes, celui qui servit de nègre à Dumas pour Georges se nommait Félicien Mallefille.

L’aigle Mallefille

A qui de Dumas ou de Félicien Mallefille (photo), attribuer la parternité de Georges?
A qui de Dumas ou de Félicien Mallefille (photo), attribuer la parternité de Georges? Photo: Wikicommons.

Pierre Jean Félicien Mallefille était un auteur mauricien né à Pamplemousses, le 3 mai 1813. Il s’était par la suite établit en France pour poursuivre une carrière de romancier et de dramaturge. Mallefille fut aussi diplomate à Lisbonne autour de 1848. Il compte 12 pièces de théâtre et sept romans à son actif. Peu d’éléments biographiques nous sont parvenus sur Mallefille, mis à part les nécrologies signées Alexandre Dumas et Théophile Gauthier en 1868. Et à la question de savoir à qui de Dumas ou Mallefille attribuer la paternité de Georges, je me contenterai de citer qu’a dit Gauthier du Mauricien : 

« C’était un aigle sans doute, et qui avait toujours l’œil fixé sur le soleil, mais son essor était parfois inégal, pénible ; il manquait quelques plumes à cette grande aile fiévreusement palpitante. La nature les lui avait-elle refusées ou avaient-elles été coupées par quelque balle jalouse, tandis qu’il cherchait sa route vers l’idéal ? On ne sait. »

Et on ne le saura jamais. Par contre, ce que l’on sait, c’est que celui qui a écrit Georges connaissait très bien l’Ile Maurice. J’ai ressenti une immense joie à suivre Georges, le héros éponyme, aux abords du Jardin de la Compagnie, du Champ de Mars, de Port-Louis, à Moka en passant par Rivière-Noire, tous ces lieux de mon quotidien. Outre la toponymie, Georges met en lumière un autre aspect de la société mauricienne du 19e : le préjugé de couleur. Autrement dit, le racisme.

Pierre Mulnier contemplant le Port-Louis de la Montagne des Signaux, tout comme moi. Photo: CR.
Je contemple le Port-Louis du haut de la Montagne des Signaux, tout comme Pierre Mulnier. Photo: CR.

Mulâtre

Toutefois, il ne s’agit pas ici du classique racisme-colon-esclave ou blanc-noir, tant de fois écrit, décrit, réécrit. Non, il s’agit ici d’un racisme dont on parle peu, voire presque plus : celui des blancs vis à vis des mulâtres. « Pas de mulâtres avec nous ! Pas de mulâtres ! Cri unanime, universel, retentissant, que tout le bataillon répéta comme un écho ! ». Cet écho a traversé les siècles.

L’origine étymologique du terme mulâtre proviendrait de la mule. Celle-ci est un croisement entre un âne et une jument, soit un hybride entre deux espèces différentes. Le mot mulâtre serait donc une allusion à la progéniture issue d’un croisement considéré à l’époque comme étant contre nature : celui d’un blanc et d’une noire.

Par ailleurs, le suffixe âtre dénote tout le mépris initial voué aux êtres issus de telles origines. Selon l’Office québécois de langue française, le suffixe âtre, exprime « l’approximation ou la dépréciation et il a parfois une valeur péjorative ». Lorsqu’on l’accole à un adjectif de couleur, il permet de créer un nouvel adjectif désignant une couleur approximative, un à peu près, mais pas tout à fait (ex. verdâtre, rougeâtre, blanchâtre etc). Les termes en âtre sont péjoratifs et rarement positifs (ex. marâtre, la méchante belle-mère ou encore douçâtre, d’une douceur fade).

La Rédemption de Cham considéré comme l’un des tableaux les plus racistes du XIXe siècle, montrant la « rédemption » à travers trois générations des personnages qui « blanchissent » au fur que l’on descend dans les générations. Photo: Wikicommons.

Nègres marrons

Georges décrit tout le mépris et la haine qu’éprouvaient les Blancs face aux Mulâtres. Ces derniers étaient pourtant parfois leur égal en termes de richesse, mais ne bénéficiaient pas des mêmes droits. Cette situation força certains Mulâtres à se séparer de leurs enfants et à les envoyer faire leur éducation en France, car l’unique lycée de la colonie (aujourd’hui devenu le Collège Royal de Port-Louis) était jadis réservé aux Blancs. «… je ne pouvais pas les mettre au collège ici. Le collège a été fondé pour les blancs, et nous ne sommes que des mulâtres», se résigne Pierre Munier, l’un des personnages du roman. A la lecture de ce passage, impossible de ne pas penser à la controverse d’un chant raciste, qui a ébranlé le Collège Royal de Curepipe en mars 2023.

Outre les Mulâtres, Georges donne aussi voix à une autre catégorie d’individus que l’histoire mauricienne a tut : les nègres marrons. C’est bien la première fois que je lis avec moultes détails à quoi s’apparentait le périple d’esclaves en fuite. Ces derniers se battaient, au péril de leur vie, pour leur liberté. Ils étaient obligés de se cacher dans les ronces et les denses forêts de la Rivière-Noire, traqués comme du vulgaire gibier par des hommes armés.

Le terme marron proviendrait de l’espagnol cimarrón, qui faisait référence à un animal domestique redevenu sauvage. Cependant, il n’y a rien de sauvage dans la quête de liberté, bien au contraire. J’ai ressenti la tension, la souffrance et le désespoir de ces êtres. Mais j’ai surtout ressenti toute leur résilience, leur combativité et leur profond désir de justice et de liberté!

Georges donne aussi voix aux esclaves. Photo: Sevde Sevan, Shutterstock.

Grasse à point

En sus de celle des esclaves, Georges traite également de la liberté des femmes. Cette incursion dans l’Ile Maurice du début du 19e siècle, m’a permis de découvrir l’étiquette, les usages et les convenances en vigueur pour l’éducation des filles ou pour une demande en mariage. Voici par exemple ce qu’on apprend de Sara de Malmédie : « voilà un père et un fils qui élèvent une héritière comme une caille en mue, pour la plumer à leur aise par un bon mariage, et quand la caille est grasse à point, arrive un braconnier qui veut la prendre pour lui . » Mais Sara, c’est surtout une jeune femme qui apprend à penser et à réfléchir par elle-même. Elle ose aller au-delà des convenances d’une société paternaliste, et s’affirme en tant que femme libre de ses choix.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié Georges. Le roman est certes empreint des pensées et us de son époque, mais il ose aller au-delà de son temps. Cependant, 180 ans après, certains préjugés et injustices décriés par Georges sont hélas toujours présents dans la société mauricienne. « Sa lutte avec la civilisation était finie, sa lutte avec la barbarie allait commencer. » Et nul ne sait quand prendra-t-elle fin.


L’ex-Hôpital militaire : le plus ancien bâtiment des Mascareignes !

Le doyen des bâtiments des Mascareignes fête en ce mois de juin ses 283 ans. Il s’agit de l’ex-hôpital militaire, construit sous Labourdonnais. Suivez-moi au cœur de Port-Louis, capitale de l’Ile Maurice, à la découverte de ce joyau historique.

283 ans. C’est l’âge de l’ex-hôpital militaire de Port-Louis. Aujourd’hui, il est non seulement le plus ancien bâtiment de l’Ile Maurice, mais aussi celui des îles des Mascareignes (Ile Maurice, Ile de la Réunion et Ile Rodrigues). Inauguré en juin 1740, l’ex-hôpital militaire fait partie des trois premiers bâtiments port-louisiens construits par le Gouverneur Mahé de Labourdonnais (1). D’ailleurs, avant la prise de l’île par les Anglais, l’établissement s’appelait Hôpital du Roy ou Hôpital Labourdonnais.

Mahé de Labourdonnais fut Gouverneur-général des Mascareignes de 1735 à 1746. Il est largement reconnu pour avoir doté l’Ile Maurice d’une capitale digne de ce nom. Labourdonnais modernisa Port-Louis en lui dotant d’excellentes infrastructures portuaires, d’un arsenal et surtout d’un hôpital. En voici ce qu’il détaille dans ses Mémoires Historiques :

« L’île de France n’avait point d’autre hôpital; qu’une cabane construite de pieux en forme de palissade, qui pouvait à peine contenir trente ou trente-cinq lits. J’en fis construire un fort commode où l’on put en placer quatre à cinq cents. L’administration de ces hôpitaux m’a donné des peines incroyables, je me suis vu force de changer la régie cinq ou six fois. Je me suis même assujetti pendant une année à y faire journellement une visite, et malgré mes soins assidus, (…) malgré tous mes efforts pour augmenter nos troupeaux, il n’y avait pas assez de bœufs pour entretenir une boucherie journalière et j’étais souvent dans l’obligation de nourrir les malades de tortues et de gibiers. ».

Plan de l’une des ailes l’ex-hôpital militaire. Photo: CR

Absence d’eau potable

Outre l’approvisionnement en nourriture, Labourdonnais fit également face à un autre énorme problème : l’absence d’eau potable. Mais rien n’était impossible au grand bâtisseur qu’était Labourdonnais. Il fit ainsi construire un canal afin d’approvisionner Port-Louis en eau potable :

« Le seul canal de l’Isle de France qui conduit des eaux potables au port et aux hôpitaux, est de trois mille six cent toises de longueur, au moyen de cet aqueduc, non seulement l’habitant et les malades ont actuellement à leur porte l’eau qu’on était auparavant oblige d’aller chercher a plus d’une lieue ».

Avec l’inauguration de cet hôpital en 1740, Labourdonnais a démontré qu’il était un administrateur avisé et un grand bâtisseur. Aujourd’hui encore, les magnifiques pierres de taille du bâtiment ne laissent personne indifférent. Lors d’une conférence au Centre Culturel d’expression française, l’architecte Thierry de Commarmond, explique que l’ex-hôpital militaire a été construit sur un modèle architectural breton, mais avec du matériel local. Le sable et les coraux, dont le corail rouge, sont ces principaux matériaux. Les angles des bâtiments, le pourtour des portes, des fenêtres et des arches sont en pierre de taille de basalte local. Les remplissages sont en moellon de corail, hourdis et enduits d’argamasse. Celle-ci est une maçonnerie constituée d’un mélange de chaux et de sable corallien. On l’utilisait à une époque où le ciment n’existait pas encore.

Les arches sont en pierre de taille de basalte local et les remplissages enduits d’argamasse. Photo: CR

Nouvelle vie

Les Mauriciens peuvent aujourd’hui encore admirer l’impressionnante architecture de l’ex-établissement hospitalier. J’ai ressenti une énorme émotion en voyant les pierres presque tricentenaires de l’ex-hôpital militaire. Ce dernier était initialement constitué de deux ailes, partagées en deux cours. Deux ailes supplémentaires furent ensuite rajoutées au sud (1780) et au nord (1755). L’hôpital était constitué d’un ensemble de bâtiments: l’hôpital des blancs, celui des noirs, une salle de chirurgie, des salles des malades. Il y avait aussi un magasin, une chapelle, des latrines, un lavoir, entre autres. L’aile sud de l’ex-hôpital militaire a été restaurée il y a quelques années, en vue d’y accueillir un musée, et pas n’importe lequel.

Une aile de l’ex-hôpital militaire non-restaurée.
L’aile sud de l’ex-hôpital militaire après restauration.

Avec le Musée Intercontinental de l’Esclavage, c’est une nouvelle vie qui s’annonce pour l’ex-hôpital militaire. Quelques expositions temporaires y sont organisées, en attendant la grande ouverture du musée. Pour les Mauriciens, à l’instar de Simone, avoir un musée à la mémoire des esclavages était une nécessité. « Je n’arrive pas à croire que des humains ont traité d’autres humains de la sorte. C’est choquant. Sa mem ki zot inn fer zot mieux pou kitt sa la vi-la aller, pour ne pas subir. C’est choquant, mais mo kontan monn vinn isi, guett sa lexposition la.* » Roberto pour sa part aurait aimé voir des vestiges de l’hôpital lui-meme à l’intérieur du musée « Li bien interessant. Bizin konserv sa plas la. Ti bizin gard bann vie zafer, enn vie lili, vie termomet etc.** », propose-t-il.

Apaisement

Le Musée Intercontinental de l’Esclavage, une nouvelle vie pour l’ex-hôpital militaire. Photo: CR.

La symbolique de ce site pour un musée sur l’esclavage est très forte, car l’ex-hôpital est l’un des premiers chantiers sur lesquels les esclaves ont travaillé à leur arrivée à Port-Louis. De plus, l’ex-hôpital a accueilli de nombreux malades et blessés. Qu’ils aient été maîtres, militaires ou esclaves, ils étaient tous soignés dans ce qui était alors l’unique unité de santé et d’hygiène de la colonie. Avoir un musée dédié à l’esclavage dans les locaux de cet ex-hôpital représente symboliquement un pas vers la réconciliation de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage à l’Ile Maurice. Tout comme l’hôpital était un lieu de soin et de guérison, le Musée Intercontinental de l’Esclavage contribuera certainement à l’apaisement des plaies de l’Histoire et à la réconciliation d’un pays avec son douloureux passé.

(1) Les deux autres sont l’Hôtel du Governement (1738) et la Boulangerie du Roy. Cette dernière avait ensuite hébergé l’Imprimerie du Gouvernement. Elle fut démolie en 1991 pour céder la place au siège de la State Bank of Mauritius.

Références :

LABOURDONNAIS, de B. (1827): Mémoires historiques de B.F. Mahé de la Bourdonnais, gouverneur des il̂es de France et de Bourbon: recueillis et publiés par son petit-fils.

TOUSSAINT, A (1936) : Port-Louis, deux siècles d’histoire (1735-1935), La Typographie moderne.

*« Je n’arrive pas à croire que des humains ont traité d’autres humains de la sorte. C’est choquant. C’est pour cela qu’ils ont fait de leur mieux pour quitter cette vie et partir, pour ne pas subir. C’est choquant, mais je suis heureuse d’être venue ici pour voir cette exposition. » 

**« C’est très intéressant. Nous devons conserver ce lieu. Ils auraient dû aussi garder des anciens objets, tels qu’un vieux lit, un vieux thermomètre, etc »


En musique pour la Journée de l’Afrique!

Ce jeudi 25 mai 2023, l’Union Africaine (UA) célèbre la Journée de l’Afrique. Cette journée marque le 60e anniversaire de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui est par la suite devenue l’UA en 2002. L’Ile Maurice est membre de l’UA depuis 1968 et fait pleinement partie du continent africain.

En cette Journée de l’Afrique, je souhaite mettre en avant le lien commun qui nous unit tous, que nous soyons du continent, des îles ou de la diaspora. Et quoi de mieux que la musique pour le faire ? La musique a quelque chose d’universel et d’intemporel, qui traverse toutes les frontières tant géographiques que linguistiques. De plus, la traite négrière a voulu que les rythmes des musiques africaines aient été portés aux quatre coins de la planète.

Rythmes du séga

Il y a quelques mois, j’ai été profondément émue en écoutant le titre Yoga de la vedette nigériane Asake. J’ai ressenti des frissons dans tout le corps en entendant la langue de mon île natale, le créole mauricien, et les rythmes du séga, notre musique nationale, dans la chanson d’Asake. Une énorme fierté, un sentiment indescriptible! Cette langue et ces rythmes qui ont longtemps été minorés dans leur propre pays, avaient enfin une reconnaissance musicale non seulement continentale, mais internationale!

Tout cela ce n’était qu’à l’écoute du single Yoga. Puis, j’ai ressenti l’urgente nécessité d’aller découvrir le clip de la chanson sur Youtube. Que dire? C’était à nouveau une explosion d’émotions… Revoir les couleurs bariolées des car-rapides, les paysages chatoyants de Dakar et ressentir à nouveau l’énergie unique du Sénégal. J’étais émue jusqu’aux larmes en regardant le clip du talentueux Asake:

Formidable musique qui célèbre l’Afrique!

Était-ce la Sénégalaise en moi qui pleurait ? La Mauricienne ? L’Africaine ? Je n’en sais rien. Je sais juste que cette chanson a le don de rassembler, de fédérer et de célébrer l’Afrique. Que l’on soit du Nigeria, du Kenya ou des Seychelles, on ne peut y rester insensible. Le métissage des sons, des langues et des énergies fait que Yoga est à la fois ancestrale, contemporaine, mais surtout panafricaine.

Fierté

Comment expliquer une telle connexion? Une telle transcendance ? C’est sans doute là, l’héritage commun que nous tous, Africains, portons en nous. Héritage d’une infinie richesse dont nous devons être fiers!

Impossible de conclure ce billet sans saluer la mémoire du ségatier mauricien Michel Legris. Il est l’auteur du magnifique séga Mo Capitaine, qui a été repris par l’Australo-Mauricien Jason Heerah et qui a été à son tour samplé par Asake. Vive la musique et vive l’Afrique !

Le grand Michel Legris auteur de Mo Capitaine.
Reprise de Michel Legris par Jason Heerah, qui a été à son tour samplée par Asake.


Sur les traces des Hollandais à l’Ile Maurice

Ce jeudi 27 avril 2023 est jour de fête nationale aux Pays-Bas. Saviez-vous que le Plat Pays était la première nation à avoir établit une colonie de peuplement à l’Ile Maurice ? Suivez-moi sur les traces des Hollandais en terre mauricienne.

Vestiges du fort Frederick Hendrick. Photo: CR.

C’est un bond de 400 ans en arrière que je vous propose ! C’est au début des années 1500 que l’Ile Maurice aurait été découverte par des navigateurs portuguais. Ils l’auraient nommée Ilha do Cirne en raison du grand nombre d’oiseaux qu’ils aperçurent rassemblés sur le rivage, en approchant l’île. Les navigateurs les prirent pour des cygnes, mais tout porte à croire qu’il s’agissait en réalité de dodos.

En 1580, la Hollande est réunie à la couronne d’Espagne sous Phillippe II. En lutte avec les Portugais, pour les Indes, les négociants hollandais décident de former des sociétés pour exploiter l’Orient. Le 18 septembre 1598, une division hollandaise de trois vaisseaux (Amsterdam, Holland et Zealand) sous le commandement du vice-amiral Wibrant-Van-Warwyk arriva à l’Ilha do Cirne. Ils découvrirent un beau port bien clos ( le Port-Sud-Est, aujourd’hui appelé Vieux-Grand-Port). Le vice-amiral Wibrant-Van-Warwyk (vaisseau Amsterdam) prit officiellement possession de l’île pour la Hollande. Il la nomma Mauritius (Maurice), du nom du Prince Maurice Orange de Nassau. Le vaisseau-amiral de l’expédition s’appelait également Mauritius, mais n’était pas arrivé à l’Ilha do Cirne avec les autres. Les trois vaisseaux quittèrent Mauritius le 3 octobre 1598.

Quartier général

L’amiral Wibrant-Van-Warwyk revint sur l’île le 6 avril 1606, avec six vaisseaux. La même année, l’amiral Cornelis Matelief de Jonge introduisit sur l’île citronniers, orangers, plants d’ananas, bannaniers, quelques chèvres et cochons. Cependant, ce n’est qu’en 1638 sous l’administration du Gouverneur Pieter de Goyer (premier gouverneur hollandais de l’île) que les Hollandais établirent leur quartier général au Port-Sud-Est (Vieux-Grand-Port). Ils y construisirent le fort Frederick Hendrick, du nom de Frederic Henri de Nassau, petit frère de Maurice de Nassau. Le fort fut brûlé et détruit par les Hollandais eux-mêmes en 1710. Cette même année, ils abandonnèrent définitivement l’île pour se concentrer sur leur colonie du Cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud).

Des vestiges du fort Frederick Hendrick existent encore aujourd’hui au Vieux-Grand-Port, au sud-est de l’Ile Maurice. Le site abrite un musée qui fut innauguré en septembre 1998 par le Prince Maurits d’Orange-Nassau, dans le cade de célébrations marquant les 400 ans de l’arrivée des Hollandais à Maurice. C’est avec beaucoup d’émotion que nous pouvons y voir les fondations du fort face à la mer, ainsi que quelques pans de mur en pierres qui ont traversé les siècles :

Site historique du Vieux-Grand-Port. Photo: CR.
Frederic Henri de Nassau était le petit frère de Maurice de Nassau. Photo: CR.
Pan d’un ancien mur. Photo: CR.
Vestiges du fort. Photo: CR
Ruines de l’une des plus anciennes constructions de l’Ile Maurice. Photo: CR.

Outre le musée Frederick Hendrick, Vieux-Grand-Port est un lieu qui regorge de clins d’oeil au passage des Hollandais. Ces derniers ont certes introduit les citronniers et autres arbres fruitiers, mais ils ont surtout introduit l’incontournable canne à sucre. Celle-ci a été le poumon et clé de voûte de l’économie mauricienne pendant plusieurs siècles. La Chambre d’Agriculture a ainsi érigé un monument pour commémorer l’introduction de la canne à sucre par les Hollandais :

Monument sur l’introduction de la canne à sucre par les Hollandais. Photo: CR

En sus de la canne à sucre, c’est également aux Hollandais que nous devons l’introduction de cerfs, importés de Java (Indonésie). Ces derniers se sont rapidement multipliés et peuplaient jadis les forêts mauriciennes. Malheureusement, les forêts endémiques n’existent quasiement plus et les cerfs vivent aujourd’hui dans quelques chassés ici et là. La Société des Chasseurs de l’Ile Maurice a d’ailleurs érigé une stèle commémorant l’introduction des cerfs à l’Ile Maurice. Les inscriptions, peu lisibles, y sont en français, en anglais et en néerlandais :

Stèle commémorant l’introduction des cerfs à l’Ile Maurice, en français, anglais et néerlandais. Photo: CR.

Si les colons hollandais ont introduit sur l’île plusieurs éléments qui ont par la suite constitué l’identité de l’Ile Maurice (la canne à sucre et le cerf), ils l’ont aussi dépouillée d’un animal unique et emblématique : le dodo. Ce n’est donc point un hasard si la canne à sucre, le cerf et le dodo sont à eux trois les principales figures du blason et des armoiries de l’Ile Maurice.

Noortwyk Vlakte

Par ailleurs, les traces de la période hollandaise ne se trouvent pas uniquement au Vieux-Grand-Port. En effet, le Gouverneur Issac Johannes Lamotius (en poste de 1677 à 1692), fit défricher une quinzaine d’arpents à Noortwyk Vlakte (plaines du nord en néerlandais), où il fit planter de la canne à sucre. Les colons avaient mis au point des pressoirs à main grâce auxquels ils obtenaient du jus de cannes pour leur consommation. C’est d’ailleurs de cette époque et du terme Vlakte que nous est venu le nom Flacq (actuel district se trouvant au nord-est de Vieux-Grand-Port).

Puis vers 1696, les Hollandais décident de fonder divers établissements en forme de camps au Port-Nord-Ouest, à Rivière Noire, et aux Plaines Wilhems. Le nom de « Plaines Wilhems » (autre actuel district de l’Ile Maurice) proviendrait du patronyme de deux frères, les frères Wilhems, qui furent les premiers à mettre ces plaines en culture.

Outre les noms de quelques districts, la montagne du Pieter Both est aussi un héritage de la période hollandaise. Pieter Both, premier Gouverneur des Indes néerlandaises, est considéré comme le fondateur de l’empire hollandais aux Indes. En janvier 1615, le Gouverneur Pieter Both accoste l’Ile Maurice avec quatre vaisseaux pour s’y rafraîchir. Mais deux des vaisseaux, l’un desquels il se trouve, sont repoussés en mer pendant une tempête. Les deux vaisseaux sont ensuite rejetés à la côte. Ils y périssent, avec la moitié de leurs équipages, et parmi eux le Gouverneur Both lui-même. Selon la légende, son corps est retrouvé dans la baie qui reçoit depuis le nom de Baie-du-Tombeau. En homage, son nom fut ensuite donné à la montagne faisant face à la Baie-du-Tombeau.

Pieter Both, premier premier Gouverneur des Indes néerlandaises
Pieter Both, premier premier Gouverneur des Indes néerlandaises. Photo: Du Bois

Nous retrouvons ainsin le nom du premier Gouverneur des Indes néerlandaises dans la toponymie mauricienne. Cependant, force est de constanter qu’aucun des anciens gouverneurs hollandais n’ait laissé son nom à une quelconque ville, bourgade, montagne ou rivière mauricienne. Je concluerai donc ce petit billet avec les noms des gouverneurs hollandais qui ont administré cette colonie, en hommage à ceux qui ont été aux prémisses de l’Ile Maurice de 1638 à 1710 :

  1. 1638 Pieter de Goyer, le premier gouverneur hollandais.
  2. 1649 Adriaan Van der Stel
  3. 1650 Maximilien de Jonge
  4. 1659 Adriaan Nieuland
  5. 1664 Dirk Janszeen Scient
  6. 1668 George Frederic Wreede
  7. 1671 Herbert Hugo
  8. 1677 Issac Joanes Lamotius
  9. 1692 Roelof Diodati
  10. 1705 – 1710 Abraham Mommer Van de Velde, le dernier gouverneur hollandais.
Perspective sur l’histoire et sur ces Hollandais qui ont été aux prémisses de l’Ile Maurice. Photo: CR.

Références:

BONAPARTE, R (1890), Le premier établissement des Néerlandais à Maurice, Paris.

CHELIN, J.M (2020) : Tablisman, histoire de l’industrie sucrière de l’île Maurice, IPC Ltd.

D’EPINAY, A (1890) : Renseignements pour servir à l’histoire de l’Île de France jusqu’à l’année 1810, inclusivement; Nouvelle Imprimerie Dupuy.

DU BOIS, J.P.J (1763) : Vies Des Gouverneurs Généraux: Avec l’Abrégé de l’Histoire des Etablissemens Hollandois Aux Indes Orientales , Pierre de Hondt.


A la découverte du Mont-calvaire de Sombacour

En ce début du mois d’avril 2023, les catholiques du monde entier entreront dans la Semaine Sainte. Il s’agit d’un temps très fort du calendrier liturgique chrétien, qui commencera avec le Dimanche des Rameaux et qui culminera vers la crucifixion et la résurrection du Christ. A cette occasion, suivez-moi pour une visite au Mont-calvaire de Sombacour !

Vue sur le Mont-calvaire de Sombacour.
Vue sur le magnifique Mont-calvaire de Sombacour. CR.

Quel calvaire ! Si ce mot est associé à un supplice, la découverte du Mont-calvaire de Sombacour fut, pour sa part, loin d’être un… calvaire ! Bien au contraire ! Comme son nom l’indique le Mont-calvaire de Sombacour, se trouve sur un mont, soit une colline plus précisément, au cœur du département du Doubs. Le monument date des années 1840s et est aujourd’hui classé Monument Historique.

Le Mont-calvaire de Sombacour est classé Monument Historique.
Le Mont-calvaire de Sombacour est classé Monument Historique.

Selon le Larousse, le mot calvaire tire son origine du latin calvaria, qui veut dire crâne. On en retrouve des traces dans l’étymologie de quelques mots du français usuel, tels que calvitie ou encore chauve. Cependant, en latin ecclésiastique le terme calvaria avait une toute autre signification. En effet, le calvaria était le lieu-dit du crâne, où fut crucifié Jésus. Cette appellation viendrait du grand nombre de crânes qui s’y trouvait, du fait que de nombreux condamnés y furent exécutés. Par métonymie, on donna le nom calvaire aux monuments, composés d’une ou trois croix, reproduisant respectivement la crucifixion de Jésus et des celle des deux larrons morts avec lui.

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Finesse et netteté

Le Mont-calvaire de Sombacour est, pour sa part, constitué des quatorze stations du Chemin de croix (parcours de Jésus vers la crucifixion). Elles se visitent au travers d’une ascension en serpentant jusqu’au sommet de la colline où se trouvent un oratoire, ainsi qu’une grande croix. Les stations du Chemin de croix sont en pierre et sous forme d’édicules – il s’agit de petits édifices construits à l’intérieur d’un grand. La finesse et la netteté des sculptures en haut-relief y figurant est impressionnante.

Station du Chemin de croix sous forme d’édicules.
Station du Chemin de croix sous forme d’édicules.

Si l’ascension vers la dernière station peut s’avérer quelque peu éprouvante pour certains, elle en vaut largement la peine ! En effet, la dernière station, mène à une magnifique terrasse avec un oratoire. Celle-ci héberge un grandiose gisant du Christ, impressionnant de réalisme. Plus époustouflante encore est la vue exceptionnelle qui s’offre à nous du haut de la colline. Surplombant le village, le Mont-calvaire de Sombacour nous emporte dans la douceur et la quiétude de la campagne franc-comptoise.

Grandiose gisant du Christ, impressionnant de réalisme.
Grandiose gisant du Christ, impressionnant de réalisme. CR

Vertigineux

Toutefois, attention à la descente, car comme le dit le proverbe, plus on s’élève, plus dure sera la chute… ou plus vertigineux sera le vertige (!) Et pour cause la descente en serpentant les corniches à flanc de colline peut parfois donner le tournis. Mieux vaut s’accrocher.

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Vue exceptionnelle et descente vertigineuse!
Vue exceptionnelle et descente vertigineuse! CR

Au bout du compte, j’en suis redescendue heureuse et sereine. Un dernier regard au haut de la colline pour en admirer la beauté et se dire à bientôt. Le Mont-calvaire de Sombacour est un lieu magnifique, qui a vraiment tout pour plaire !


Si tant, dans l’air du temps

Les langues ont toujours été dynamiques.

Il n’est un secret pour personne que j’adore la sociolinguistique. C’est donc toujours avec le même intérêt et enthousiasme que j’observe la vie des mots, ainsi que leur évolution au sein de la créolophonie et francophonie mauricienne. Ces derniers temps, il y a une expression en particulier qui a attiré mon attention. Il s’agit de « si tant ».

En français, nous avons la locution « si tant est que ». Celle-ci peut servir à introduire une supposition (ex. Le dodo d’or, si tant est qu’il existe, n’a jamais été vu) ; une condition (ex. J’irai à Port-Louis, si tant est qu’ils acceptent de m’y accompagner) ou une concession (ex. J’ai été obligée de manger tout le plat, si tant est que ma cousine a insisté).

En revanche, en créole mauricien, nous avons la locution « si tan », sans le verbe « est » et le pronom relatif « que ». Cette expression, qui existait déjà, a en général la même signification que « tellement » (telmen en creole). Cependant, « si tan » connait depuis quelques temps un regain de popularité face à sa variante « telmen », si bien que l’on l’entend de plus en plus souvent. En voici quelques exemples :

  1. Entendu lors d’une conversation usuelle

« Ayo, si tan lon ?»

« Ohlala, aussi long ?»

2. Extrait d’une publicité pour une banque mauricienne diffusée à la radio (décembre 2022/ janvier 2023)

« Ena ki pou kontan pay par kart si tan zot eksite kone ki pou ena 15 gagnan »

« Il y en a qui seront heureux de payer avec leur carte, tellement qu’ils sont excités de savoir qu’il y aura 15 gagnants »

3. Extrait des paroles d’une chanteuse mauricienne (chanson sortie en décembre 2022)

« Sa lazwa nou propaze, depass tou frontier si tan li voyaze »

« La joie que nous propageons dépasse toutes les frontières, tellement qu’elle voyage »

Les traductions du créole mauricien vers le français sont miennes. Peut-être que d’autres les auraient faites différemment, car « si tan » semble être une expression polysème (qui a plusieurs sens). Aussi, autant, tellement que ? A chacun son interprétation. D’autant plus que les langues ont toujours été dynamiques et les mots et expressions évolueront sans cesse au cours de leur existence.

Par contre, s’il y a une chose qui met tout le monde d’accord, c’est que « si tan » fait partie de l’air du temps, en ce mois de janvier 2023. En effet, son utilisation par les Mauriciens dits lambdas, les publicitaires et les paroliers en est la preuve. Tout comme l’est ce petit billet que vous venez de lire ! 🙂


Philatélie : 250 ans pour la poste mauricienne !

1772 – 2022. Cela fait 250 ans que la poste de l’Ile Maurice existe. Retour sur la genèse de ce qui est aujourd’hui l’un des plus anciens services postaux de l’hémisphère sud toujours en opération.

Le Blue Penny. Qui ne connait pas ce fameux timbre mauricien à l’effigie de la Reine Victoria, l’un des plus rares au monde ? Véritables stars de la philatélie, le Blue Penny et le Orange-Red Penny datent de 1847. Ils sont les premiers timbres émis pour le service postal de l’Ile Maurice, qui était alors une colonie britannique.

Véritables stars de la philatélie, le Blue Penny et le Orange-Red Penny datent de 1847. Photo: Wikicommons

Cependant, l’histoire du service postal mauricien est bien plus ancienne. En effet, elle remonte aux années 1770s, au temps où le pays était une colonie française du nom de l’Isle de France. C’est le 21 décembre 1772 que le Bureau général des Postes et Gazettes ouvrit ses portes à Port-Louis, dans les locaux de l’Imprimerie Royale. La distribution du courrier se faisait alors au moyen de longs et difficiles déplacements à pieds, sur les rares routes de la colonie.

Poste et presse

Par ailleurs, la genèse du service postal est intimement liée à l’histoire de la presse locale. En janvier 1773, Pierre Nicolas Lambert, imprimeur du Roi, publia le premier journal de l’île, intitulé Annonces, Affiches et Avis divers pour les colonies des Iles de France et de Bourbon. Le service des postes assurait alors la distribution du journal imprimé localement et des lettres arrivées par vaisseaux, à destination des particuliers. Cette distribution à domicile était gratuite pour les abonnés au journal. En revanche, les non-abonnés devaient s’acquitter de frais de port après réception du courrier. Le coût variait selon l’éloignement géographique de Port-Louis.

A partir de 1776, les services postaux furent séparés de ceux de l’Imprimerie Royale. Entre 1786 et 1789, un service royal de courrier maritime avec la France fut créé. En 1790, ces services furent réorganisés avec une Poste Générale à Port-Louis et des Bureaux de cantons dans les quartiers. Ces derniers sont des lointains ancêtres de nos districts.

L’Isle de France passa sous administration Britannique en 1810. En janvier 1811, la Poste Générale devint un département civil de l’administration coloniale. Malgré ce changement d’administration, la colonie continua sur sa belle lancée, avec une industrie sucrière en plein essor. Ces profonds et rapides changements nécessitèrent une réorganisation des services postaux. L’objectif était d’améliorer la communication tant à l’intérieur de la colonie, que vers le reste du monde.

Le bal de Lady Gomm

C’est ainsi que Sir William Maynard Gomm, Gouverneur de l’île de 1842 à 1849, instaura une réforme de la poste. Il s’agit de l’ordonnance no13 de 1846. La principale innovation de cette réforme fut l’adoption d’un système de prépaiement grâce au timbre-poste. Cette pratique existait déjà en Grande-Bretagne (avec le Penny Black de 1840, qui est le premier timbre au monde) et au Brésil.

L'ordonnance de Sir William Maynard Gomm sur la réforme de la poste en 1846. Photo: JR
L’ordonnance de Sir William Maynard Gomm sur la réforme de la poste en 1846. Photo: JR

Les premiers timbres de l’Ile Maurice, le Blue Penny et le Orange-Red Penny, furent conçus et imprimés le 20 septembre 1847, dans un contexte très précis. En effet, l’Isle de France nouvellement britannique se trouvait peu d’affinités avec les administrateurs de Sa Majesté. C’est ainsi que Lady Gomm, épouse du Gouverneur de l’île, décida d’organiser un bal à l’Hôtel du Gouvernement, dans le but de réconcilier les populations française et britannique. Le bal était prévu pour le 30 septembre 1847. Lady Gomm demanda de graver deux timbres qu’elle utilisa sur les enveloppes contenant les cartons d’invitation qu’elle envoya aux convives. Ces enveloppes, appelées le Ball Cover, figurent aujourd’hui parmi les objets les plus rares, recherchés et chers de la philatélie.

Blue Penny

L’Ile Maurice devint ainsi la première colonie britannique à éditer les timbres postaux. Le Blue Penny et le Orange-Red Penny furent conçus et imprimés par Joseph Osmond Barnard, originaire de Portsmouth en Angleterre.  C’est d’ailleurs avec beaucoup d’émotion que j’ai découvert sa tombe à Port-Louis.

Tombe de Joseph Osmond Barnard, qui a conçu les premiers timbres mauriciens. Photo: CR.
Tombe de Joseph Osmond Barnard, qui a conçu les premiers timbres mauriciens. Photo: CR.

Toujours dans le cadre de cette réforme, la Poste Générale, qui se trouvait au cœur de Port-Louis, fut transférée au plus proche du port, en 1870. Nicholas Pike, consul américain arrivé à Maurice en janvier 1867, fut témoin de la construction de la Poste Centrale, ou General Post Office pour l’administration britannique. « There is a new Post-Office in the course of erection near the Customs-House. It is to be hoped that the new light and airy place will give a proportionate impetus to the activity of the clerks on mail day», observa-t-il*. Il indiqua aussi qu’un réseau de fils télégraphiques reliait la Poste Centrale à la Montagne des Signaux.

* «Il y a un nouveau Bureau de poste en cours de construction près de la Douane. Espérons que ce nouveau lieu lumineux et aéré donnera une impulsion proportionnée à l’activité des commis le jour du courrier », observa-t-il.

Télégrammes

Ce service de télégrammes était encore disponible pendant les années 1960. «Sa lepok la, pa tou dimounn ki ti ena telefonn. Kan ti ena enn messaz pou fer passer ou si enn zour enn dimounn mor ici Curepipe, nou bizin avoy nouvel-la a Cap Malheureux, mo rapel mo papa ti pe ekrir enn messaz 5 mots ou 10 mots. Li amenn sa lapost. Mo pa rapel combien sa ti koute, mais mem zour bann-la ti gagne nouvel-la », se remémore Roberto.**

**« A cette époque, ce n’était pas tout le monde qui avait le téléphone. Quand on avait un message à faire passer ou si un jour quelqu’un mourrait ici à Curepipe et que nous devrions transmettre la nouvelle à Cap-Malheureux, je me souviens que mon père écrivait un message de 5 ou 10 mots. Il l’emmenait à la poste. Je ne me souviens pas du coût, mais les autres recevaient la nouvelle le même jour », se remémore Roberto.

Le service de télégrammes était encore disponible pendant les années 1960. Photo: CR
Le service de télégrammes, ici au Musée de la poste, était encore disponible pendant les années 1960. Photo: CR

Depuis, les moyens de télécommunications ont certes évolué, mais la Poste Centrale n’a jamais quitté les locaux qu’elle occupe depuis maintenant 152 années. C’est le plus ancien bureau de poste de Maurice et l’un des rares qui ait conservé sa fonction première. Il abrite aussi le Musée de la poste. Véritable bijou architectural, le bâtiment de la Poste Centrale est fait d’imposants bloques de basalte et de poutres épaisses. Il comprend aussi 5 arches sur la façade avant.

Le bâtiment de la Poste Centrale avec ses arches, véritable bijou d’architecture. Photo: CR
Le bâtiment de la Poste Centrale avec ses arches, véritable bijou d’architecture. Photo: CR
Le bâtiment de la Poste Centrale avec ses arches, véritable bijou d’architecture. Photo: CR
Le bâtiment de la Poste Centrale avec ses arches, véritable bijou d’architecture. Photo: CR

Fierté et admiration

C’est avec fierté et admiration que je contemple ce bâtiment quand je suis à Port-Louis. Fierté de faire partie d’une histoire qui date de 250 ans et qui a vu la naissance d’un pays. Admiration devant ces immenses bloques de basalte, immobiles, mais qui ont pourtant voyagé dans l’Histoire et à travers le monde, grâce à des courriers échangés avec les quatre coins d’une planète en constante mutation.

La Poste Centrale a vu défiler tant de gens, a servi à transmettre tant de nouvelles, tantôt bonnes, tantôt mauvaises. Avec l’avènement d’internet, le courrier postal est devenu quelque peu désuet, mais le bâtiment de la Poste Centrale représente pour moi un immuable témoin de l’Histoire, toujours et à jamais en… poste !

Références :

PIKE, N (1873) : Sub-tropical Rambles in the Land of Aphanapteryx, Harper & Brothers Publishers.

ROUILLARD, J (1867) : A Collection of the laws of Mauritius and its dependencies, Vol. V, L. Channell, Rue La Poudrière, Port-Louis.

PS. Clin d’œil à mes chers parents qui m’ont offert mon premier album de timbres quand j’étais enfant. Coucou aussi à mon tonton Pascal pour tous les magnifiques timbres d’ici et d’ailleurs, ainsi que pour ses précieuses explications 🙂


Ile Maurice: Antoinette, visite dans l’histoire

1834 – 2022. En ce 2 novembre 2022, l’Ile Maurice commémore l’arrivée des travailleurs engagés venus d’Inde. A cette occasion, je vous emmène en promenade à Antoinette sur les traces d’hommes et de femmes qui ont voyagé de si loin. Suivez-moi pour une visite dans l’histoire !

 Vue sur la cheminée de l’ancienne usine.
La vue de la cheminée de l’ancienne usine sucrière. Photo: CR

Antoinette. Ce beau prénom est celui d’une ancienne usine sucrière située à Barlow, au nord-est de l’Ile Maurice. Non, il ne s’agit pas d’un hommage à la reine Marie-Antoinette, mais plutôt à Antoinette défunte épouse du dénommé Raoul de Maroussem, propriétaire terrien. Ce dernier aurait ainsi donné ce nom à sa propriété après le décès de son épouse, morte de malaria vers les années 1870s. Le domaine d’Antoinette a cependant une histoire bien plus ancienne.

En effet, c’est en 1770 que Louis Alexandre Chevalier de Chermont, militaire français né en Alsace, obtient une concession au nord de ce qui était alors l’Isle de France. Toutefois, ce n’est qu’en 1783 qu’un dénommé Louis Naud développa la culture de la canne à sucre sur ces terres. Il leur donna le nom de Belle-Alliance. Puis, c’est lors des années 1830s, sous George Charles Arbuthnot, de la société anglaise Hunter Arbuthnot & Co, que Belle-Alliance s’imposa comme l’une des principales usines sucrières du nord-est de l’île. Hunter Arbuthnot & Co possédait alors Belle-Alliance et Petit Bois (futur The Mount). Lors des années 1860s, Belle-Alliance appartenait à Raoul de Maroussem et devint plus tard Antoinette en définitive.

Laboratoire social

Hormis tous ces individus susmentionnés, il y a aussi ceux dont l’histoire n’a malheureusement retenu ni les noms, ni les mémoires. Comme toutes les usines sucrières de l’époque, de l’Ile Maurice à La Louisianne, Antoinette était un laboratoire social, avec des individus issus des quatre coins de la planète. C’était un microcosme de ce qui se faisait de mieux et de pire. D’une part, le développement avec un grand D, et d’autre part, l’enfer de l’esclavage et de l’engagisme.

C’est ce qui fait d’ailleurs la particularité d’Antoinette. Elle a été l’usine sucrière vers laquelle les premiers travailleurs engagés venus d’Inde furent déployés. Ils débarquèrent à l’Ile Maurice le 2 novembre 1834 à bord du navire l’Atlas. A l’entrée de l’ancienne usine sucrière se trouve d’ailleurs une sculpture en ciment, à la mémoire des immigrants indiens. Ce monument en forme de lotus, signé Mala Chummun, fut inauguré le 2 septembre 1984. A côté de cette sculpture se trouve une dalle datant d’avril 2016, où sont inscrits les patronymes de ces immigrants.

Sculpture en ciment, en forme de lotus, à la mémoire des immigrants indiens.
Sculpture en forme de lotus à la mémoire des immigrants indiens. Photo: CR.
Dalle avec les patronymes des immigrants.
Dalle avec les patronymes des immigrants. Photo: CR

Depuis 1984, une particule s’est ajoutée au nom d’Antoinette. Il s’agit du mot « phooliyar ». Ce terme serait une distortion des mots tamouls « pillayar » ou «pulayas », qui signifient Dieu Ganesh (Ghosh, 2019). L’histoire impose souvent ses silences. L’utilisation du mot « phooliyar », serait donc une forme de réappropriation et de reconstruction de l’histoire par les descendants des travailleurs engagés (Ghosh, 2019).

Espoirs

Aujourd’hui, Antoinette se réinvente donc en lieu des mémoires. La paisibilité et la sérénité des lieux m’ont frappée. La vue de la cheminée, des murs en pierre et des ruines de l’usine nous laisse imaginer la splendeur passée des lieux, ainsi que l’existence des personnes qui y vivaient et y travaillaient. Le labeur et la mémoire de ces êtres se trouvent certes à travers les monuments. Mais pour moi, ils se trouvent étrangement à la vue des terres et des vastes champs de canne à sucre qui entourent encore Antoinette.

Terres qui traversent les temps. Terres de déboires, mais surtout terres de tous les espoirs.

Terres et champs de canne à sucre qui entourent encore Antoinette.
Terres et champs de canne à sucre qui entourent encore Antoinette. Photo: CR.

Référence:

GHOSH, B (2019) : Le site de Phooliyar à Maurice : l’empreinte de la mémoire des migrations, Carnets de Recherches de l’océan Indien, Université de la Réunion.


Afrique : Triennale 2022 de l’ADEA à l’Ile Maurice

L’Ile Maurice a accueilli la Triennale 2022 de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique (ADEA), du 19 au 21 octobre 2022. Décideurs politiques, chercheurs, membres d’ONG et représentants de la société civile se sont réunis pour un dialogue de haut niveau autour des systèmes éducatifs africains.

«Réflexion sur l’impact du COVID-19 sur les systèmes éducatifs africains, et comment renforcer la résilience pour soutenir le développement des compétences pour le continent et au-delà. » Tel était le thème de la Triennale 2022 de l’ADEA, qui s’est tenue à l’Ile Maurice, en présence d’Albert Nsengiyumva, Secrétaire Exécutif de l’ADEA. Plus de 300 délégués du continent africain et d’ailleurs ont fait le déplacement pour ce forum de haut niveau sur l’éducation, l’un des plus importants d’Afrique.

La Triennale 2022 s’est tenue en présence d’Albert Nsengiyumva, Secrétaire Exécutif de l’ADEA.
La Triennale 2022 s’est tenue en présence du Secrétaire Exécutif de l’ADEA. Photo: CR

Selon l’ADEA, la Triennale vise à encourager « les interactions continentales, régionales et transnationales dans l’optique de favoriser l’apprentissage et l’échange de connaissances entre pairs. Au-delà de cet événement phare, l’ADEA facilite les processus d’examen par les pairs dans le secteur de l’éducation, y compris les systèmes nationaux d’information de gestion de l’éducation, par le biais des ministères de l’éducation. »

Réinvention

Outre les sessions plénières, plusieurs sessions en groupes ont permis aux participants de la Triennale d’aborder des thèmes critiques au développement et à la transformation des systèmes éducatifs africains. Les axes thématiques de la conférence étaient comme suit : l’Impact du COVID-19 sur les systèmes éducatifs africains; l’Apprentissage fondamental; le Développement des compétences techniques et professionnelles; et la Réinvention de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Le changement climatique, l’équité, l’inclusion et le genre constituaient également des prismes transversaux pour les discussions.

Décideurs politiques, chercheurs, membres d’ONG et de la société civile se sont réunis à la Triennale. Photo: CR
Décideurs politiques, chercheurs, membres d’ONG et de la société civile se sont réunis à la Triennale. Photo: CR

L’Afrique doit apprendre à penser par elle-même. Tel pourrait être le fin mot qui a émergé de ces trois jours de dialogue de haut niveau. Il est en ressorti que chaque pays du continent a ses propres spécificités, ainsi que ses propres défis. Malgré cela, l’Afrique doit réfléchir et avancer de manière coordonnée vers un objectif commun : l’éducation des jeunes Africains pour en faire des citoyens responsables, productifs, résilients et en alerte face aux défis de leur temps. La caractéristique évolutive des systèmes éducatifs a aussi été mise en avant, ainsi que la nécessité pour chacun de toujours se remettre en question, et d’apprendre des échecs et des réussites des pairs du continent.

Plusieurs ministres africains responsables de l’éducation, notamment ceux de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, du Ghana, de l’Ile Maurice, de Madagascar, de la Mauritanie, du Malawi, du Nigeria, de l’Ouganda, du Rwanda et du Zimbabwe, ont participé à la Triennale 2022 de l’ADEA. Celle-ci était organisée en mode hybride. Les deux précédentes Triennales se sont tenues en 2012 et en 2017, au Burkina Faso et au Sénégal respectivement. La prochaine Triennale aura lieu en Ouganda.

L’Afrique doit apprendre à penser par elle-même. Photo: CR
L’Afrique doit apprendre à penser par elle-même. Photo: CR